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	<title>Le Bulletin d&#039;Amérique</title>
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	<description>Controverses d&#039;Outre-Atlantique</description>
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		<title>Les scandales vont-ils avoir raison d&#8217;Obama ?</title>
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		<pubDate>Mon, 20 May 2013 11:29:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuel Arthault</dc:creator>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Politique et société civile]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;administration Obama est rattrapée par les scandales : entre des organisations conservatrices ciblées par l&#8217;IRS (le fisc américain), des journalistes espionnés et un échec flagrant lors de l&#8217;attaque de l&#8217;ambassade de Benghazi, le Président peine à maintenir son image de [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="wp_wikio_button_capsulewhite" style="float:right; margin-left:10px;"><script src="http://www.wikio.fr/getvote?style=capsulewhite&#038;url=http%3A%2F%2Flebulletindamerique.com%2F2013%2F05%2F20%2Fles-scandales-vont-ils-avoir-raison-de-barack-obama%2F" type="text/javascript"></script></div>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong>L&rsquo;administration Obama est rattrapée par les scandales : entre des organisations conservatrices ciblées par l&rsquo;IRS (le fisc américain), des journalistes espionnés et un échec flagrant lors de l&rsquo;attaque de l&rsquo;ambassade de Benghazi, le Président peine à maintenir son image de président irréprochable.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 13px; line-height: 19px; color: #000000;"><span style="font-size: 13px; line-height: 19px;">Par Emmanuel Arthault &#8212; Entre deux maux &#8212; tyran ou chef d&rsquo;une bureaucratie dépassé &#8211;, le Président a choisi le moindre. </span>La Maison Blanche insiste : Barack Obama n&rsquo;aurait appris ces scandales que par la presse. Les «abus de pouvoirs» de l&rsquo;administration américaine ne seraient pas le fait de celui-ci.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong style="font-size: 13px; line-height: 19px;"><em>Un fisc inquisiteur</em></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Au début du mois de mai, la justice américaine a annoncé l&rsquo;ouverture d&rsquo;une enquête après que l&rsquo;Internal Revenue Service (IRS, le fisc américain) ait reconnu avoir ciblé près de 80 groupes de pression conservateurs, considérés comme appartenant au mouvement Tea Party. Leur demande du statut &laquo;&nbsp;501 (C) 4&Prime;, qui accorde un régime fiscal de non imposition aux ONG ou aux Eglises, ont fait l&rsquo;objet d&rsquo;un examen pour le moins scrupuleux. Pire, les organisations dont le nom comportait le mot «patriote»étaient particulièrement visées.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Barack Obama a qualifié cet acte de &laquo;&nbsp;scandaleux&nbsp;&raquo;. L&rsquo;IRS est officiellement un organisme indépendant. Mais les conservateurs n&rsquo;en démordent pas : pour <a href="http://www.nationalreview.com/corner/348753/seeking-make-obama-pay-irs-scandal-republicans-blast-culture-intimidation-eliana" target="_blank"><span style="color: #000000;">certains</span></a>, Obama mène continuellement campagne pour les discréditer. Or, &laquo;&nbsp;quand les bureaucrates voient le chef [de l'exécutif] agir ainsi, cela ne devrait pas nous choquer de les voir faire de même. Cela semble avoir été ce qui s&rsquo;est passé.&nbsp;&raquo; Cette affaire révélerait donc pour certains la nature même de l&rsquo;administration Obama et, pour d&rsquo;autres, la logique même du <em>Big Government</em> &#8212; de l&rsquo;Etat omnipotent, qui tend constamment vers davantage d&rsquo;intervention.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong><em><span style="font-size: 13px; line-height: 19px;">Des journalistes espionnés</span></em></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Washington voulait contenir les fuites d&rsquo;informations. Ainsi l&nbsp;&raquo;agence de presse américaine Associated Press a t-elle dénoncé une &laquo;&nbsp;intrusion massive et sans précédent&nbsp;&raquo; du département de la Justice. Celui-ci aurait saisi les relevés téléphoniques d&rsquo;une vingtaine de journalistes de l&rsquo;agence. La justice aurait pris cette décision après la publication d&rsquo;une dépêche datant de mai 2012, dans laquelle l&rsquo;agence révélait qu&rsquo;une opération de la CIA au Yémen avait permis de déjouer un projet d&rsquo;attentat d&rsquo;al-Qaida visant à faire exploser une bombe à bord d&rsquo;un avion à destination des États-Unis. La justice américaine aurait eu l&rsquo;intention de traquer l&rsquo;identité des informateurs.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney, a assuré que le président soutenait le premier amendement, garantissant la liberté d&rsquo;expression, tout en soulignant qu&rsquo;un «équilibre» était nécessaire avec l&rsquo;impératif d&rsquo;enquêter sur des pratiques criminelles. Les démocrates sont néanmoins sceptiques. Le sénateur Harry Reid a jugé cette procédure «inexcusable».&nbsp;&raquo;Il n&rsquo;y a aucun moyen de justifier [ce que le département de la justice a fait] », a-t-il ajouté.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong><em>Le drame de Benghazi</em></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Le 11 septembre 2012, Christopher Stevens, l&rsquo;ambassadeur américain en Libye, et trois diplomates étaient tués, à Benghazi. Hillary Clinton, alors Secrétaire d&rsquo;Etat, avait minimisé cette attaque terroriste, un mois avant l&rsquo;élection présidentielle. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Après de nombreuses auditions, les parlementaires républicains dénoncent des failles dans le dispositif de sécurité. La chaîne ABC a de surcroît révélé des courriels prouvant que l&rsquo;Administration Obama était intervenue pour supprimer une référence à al-Qaïda dans un mémo destiné à Susan Rice, ambassadrice à l&rsquo;ONU, alors que celle-ci préparait un entretien à la télévision pour témoigner des débuts de l&rsquo;enquête. Victoria Nuland, alors porte-parole du département d&rsquo;État, s&rsquo;était opposée à la divulgation d&rsquo;informations de la CIA sur une menace islamiste dans l&rsquo;est de la Libye :  «car cela pourrait être utilisé par des membres du Congrès pour attaquer le département d&rsquo;État en l&rsquo;accusant d&rsquo;avoir ignoré les mises en garde».</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><span style="font-size: 13px; line-height: 19px;">Pour Barack Obama lui-même, ces critiques relèvent d&rsquo;une démarche &laquo;&nbsp;politique&nbsp;&raquo;. Pour l&rsquo;instant, l&rsquo;électorat semblerait se désintéresser de ces scandales. Selon un <a href="http://www.politico.com/blogs/politico-live/2013/05/obama-approval-rating-holding-steady-164302.html?hp=l6" target="_blank"><span style="color: #000000;">sondage</span></a> de la chaîne</span><span style="font-size: 13px; line-height: 19px;"> </span><span style="font-size: 13px; line-height: 19px;">CNN</span><span style="font-size: 13px; line-height: 19px;"> (de tendance progressiste), 53% des Américains seraient &laquo;&nbsp;satisfaits&nbsp;&raquo; de l&rsquo;action du président. Mais les candidats démocrates aux élections de 2014 pour le Congrès sont nerveux : au niveau local, les choses pourraient être toutes autres, et la perspective d&rsquo;une reconquête de la Chambre des représentants, aujourd&rsquo;hui à majorité républicaine, semble s&rsquo;éloigner.</span></span></p>
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		<title>Immigration et république</title>
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		<pubDate>Mon, 20 May 2013 08:33:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Aristide Ostracisme</dc:creator>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Idées & théorie politique]]></category>

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		<description><![CDATA[La notion du régime aide à résoudre la question de l&#8217;immigration. Évoquer l&#8217;approche américaine apporterait des éléments particulièrement contre-intuitifs à notre étude. Article publié par Aristide. Par Aristide &#8212; La question de l’immigration hante les démocraties occidentales. Une partie, peut-être [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="wp_wikio_button_capsulewhite" style="float:right; margin-left:10px;"><script src="http://www.wikio.fr/getvote?style=capsulewhite&#038;url=http%3A%2F%2Flebulletindamerique.com%2F2013%2F05%2F20%2Fimmigration-et-republique%2F" type="text/javascript"></script></div>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong>La notion du régime aide à résoudre la question de l&rsquo;immigration. Évoquer l&rsquo;approche américaine apporterait des éléments particulièrement contre-intuitifs à notre étude. Article publié <a href="http://aristidebis.blogspot.fr/" target="_blank"><span style="color: #000000;">par Aristide</span></a>.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Par Aristide &#8212; La question de l’immigration hante les démocraties occidentales. Une partie, peut-être encore minoritaire mais certainement croissante, de la population autochtone voit dans les vagues d’immigration qui se succèdent depuis maintenant une bonne quarantaine d’années une source de troubles majeurs et un risque de dissolution fatale pour les nations qui en sont affectées. Une autre partie, qui domine encore la scène politique et médiatique, affirme au contraire que l’immigration n’est pas un problème et investit une énergie considérable pour faire en sorte que ceux qui la considèrent comme telle ne puissent pas agir en fonction de leurs convictions, ni même exprimer publiquement celles-ci.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Ceux qui en parlent et ceux qui n’en parlent pas, ceux qui s’en plaignent et ceux qui la louent, pour tous ou presque, désormais, la question de l’immigration occupe une place centrale dans leurs convictions politiques, et ceux qui prétendent que nous ne devrions même pas évoquer cette question ne sont pas les moins obsédés par elle.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Les positions sont tranchées, les débats très vifs, et ceux qui se hasardent à prendre position publiquement sur ce thème ne peuvent raisonnablement ignorer qu’ils s’exposent à bien des désagréments, y compris légaux, et qu’il est fortement recommandé de revêtir le gilet pare-éclats et le casque lourd avant de sortir de la casemate. Dans un camp bien plus que dans l’autre, certes.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Pourtant, lorsque chacun rentre en lui-même et s’interroge, dans le silence des passions, il en est sans doute fort peu qui soient de féroces doctrinaires, d’un côté comme de l’autre. Qui donc, par exemple, croit sérieusement que l’immigration ne peut jamais être un problème, c’est-à-dire qu’il ne peut jamais y avoir trop d’immigrés ? Même au Front de Gauche, cette espèce est probablement assez rare.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Si nous mettons de côté ceux, finalement assez peu nombreux, qui ont un intérêt personnel à la poursuite d’une immigration pratiquement sans frein &#8212; permanent des associations « antiracistes », universitaire spécialisé dans les questions de « discrimination », administrations chargées de recenser et de combattre lesdites discriminations, etc. &#8212; beaucoup de ceux qui refusent de considérer l’immigration actuelle comme un problème le font, semble-t-il, pour des raisons qui ne sont pas déshonorantes. Pour le dire en peu de mots : le bon sens, qui nous dit que les êtres humains ne sont ni des briques ni des souches, qu’ils apportent avec eux leurs coutumes, leurs mœurs, leurs modes de vie, leurs religions, et que par conséquent l’immigration peut être un grave problème, se heurte à un principe moral très solidement enraciné : celui de l’égalité fondamentale de tous les hommes. Si nous croyons que « tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits », ou bien si nous tenons « pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur », sur quelle base pouvons-nous refuser l’entrée de notre territoire à ceux de nos semblables qui veulent simplement y exercer leur droit à la « poursuite du bonheur » ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Demander un contrôle strict, voire même un arrêt de l’immigration, semble incompatible avec les principes de base de la démocratie (« non républicain », comme aime à le dire la gauche française). Etrangement, cette conception tend à être confortée par certains de ceux qui s’inquiètent ouvertement des effets de l’immigration. Une partie du camp des « anti » cherche, en effet, à s’appuyer sur des considérations ethnoculturelles pour justifier son refus d’accueillir sans cesse plus de nouveaux venus. On ressuscitera alors, ou on tentera de ressusciter, la question des différences raciales, on présentera les peuples comme des sortes d’organismes vivants qui développent spontanément une personnalité propre, une « culture » qui ne saurait être partagée par ceux qui n’en ont pas été imprégnés dès la naissance. Autrement dit, une partie du camp des « anti-immigration » semble s’accorder avec une partie du camp des « pro-immigration » pour considérer que l’adhésion à la notion de droits de l’homme implique inévitablement l’ouverture des frontières.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Ce faisant, il se pourrait que les « anti », au final, desservent leur propre cause. Les arguments ethnoculturels peuvent, en effet, avoir leurs mérites, d’un point de vue intellectuel, mais il est douteux qu’ils puissent jamais l’emporter, d’un point de vue politique. Quoique l’on pense des droits de l’homme et de la démocratie libérale, un examen impartial de notre situation oblige, semble-t-il, à conclure que l’un et l’autre forment pour nous un horizon indépassable, en ce sens que, à échéance prévisible, nul argument politique ne saurait prévaloir auprès du plus grand nombre dès lors qu’il présuppose un rejet des droits de l’homme et de la démocratie.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Il y a près de deux siècles de cela, Tocqueville écrivait que les peuples démocratiques ont pour l’égalité une passion « ardente, insatiable, éternelle, invincible ; ils veulent l’égalité dans la liberté et, s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage. Ils souffriront la pauvreté, l’asservissement, la barbarie, mais ils ne souffriront pas l’aristocratie. » Il ne parait pas en aller différemment aujourd’hui, bien au contraire. Ne pourrions-nous dire, en paraphrasant Tocqueville, que les peuples démocratiques souffriront au besoin l’immigration de masse et la dissolution de leur nation, mais qu’ils ne souffriront pas une remise en cause du principe de l’égalité fondamentale de tous les hommes ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Ceux qui s’inquiètent des conséquences de l’immigration ne devraient pas s’en attrister, pas plus que leurs adversaires ne devraient s’en réjouir, car l’idée que les droits de l’homme s’opposeraient à une politique migratoire restrictive est tout simplement fausse. Adhérer au principe de l’égalité fondamentale de tous les hommes et être un bon citoyen démocratique n’est, d’un point de vue théorique, absolument pas incompatible avec le fait de refuser l’entrée de son territoire aux migrants ou bien de les sélectionner strictement en fonction de leurs origines. Nulle contradiction en cela, mais au contraire une application rigoureuse des principes du gouvernement républicain.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Il n’est pas bien difficile de le montrer et, qui plus est, de le montrer en s’appuyant sur un exemple particulièrement éminent : celui des Etats-Unis. Les Etats-Unis ne sont-ils pas la nation occidentale qui a, historiquement, été la plus ouverte aux immigrants ? La statue de la liberté ne porte-t-elle pas, inscrit sur son socle :</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #000000;">Give me your tired, your poor,</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #000000;">Your huddled masses yearning to breathe free,</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #000000;">The wretched refuse of your teeming shore.</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #000000;">Send these, the homeless, tempest-tost, to me,</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #000000;">I lift my lamp beside the golden door !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Les Etats-Unis ne sont-ils pas la nation qui a poussé le plus loin l’adhésion au principe de l’égalité fondamentale de tous les hommes ? Ne sont-ils pas le seul pays qui ait jamais été fondé explicitement sur ce principe ? Si, en dépit de cela, les pères fondateurs des Etats-Unis, et des générations d’hommes d’Etat américains après eux, ont pu considérer qu’il était parfaitement légitime de réguler ou de refuser l’immigration, qui donc osera encore prétendre que demander la fermeture de nos frontières n’est « pas républicain » ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Examinons donc, rapidement mais méthodiquement, le cas des Etats-Unis afin de bien nous convaincre que nous n’avons pas à choisir entre adhésion sincère à la démocratie et souci de l’identité nationale. Commençons par le commencement, c’est-à-dire par les principes fondamentaux sur lesquels repose le gouvernement républicain, dans sa version moderne.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">« Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits », « tous les hommes sont crées égaux », ces formules célèbres, et d’autres semblables de la même époque, ont la même signification : tous les êtres humains sont égaux en ce sens très particulier qu’ils possèdent tous les mêmes droits naturels à la vie, à la liberté, à la propriété, et, selon la formule américaine, à la poursuite du bonheur. Les êtres humains ne sont pas plus égaux en intelligence, en vertu, en qualités du caractère, qu’ils ne sont égaux en beauté, en force ou en qualités physiques. Ils ne sont égaux que sur un point, mais un point politiquement très important : ils sont égaux en droits naturels. Ce qui signifie en pratique qu’il est injuste de les gouverner sans leur consentement.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Lorsque les hommes vivent sans gouvernement, dans ce que les philosophes de cette époque appelaient un « état de nature », ces droits ne sont pas protégés. Les forts oppriment les faibles et les faibles, lorsqu’ils le peuvent, c&rsquo;est-à-dire par exemple lorsque leur nombre leur donne la force, se montrent aussi cruels et insatiables que leurs oppresseurs. En d’autres termes, l’état de nature est ou devient rapidement un état de guerre de tous contre tous, un état dans lequel la vie de chaque individu est courte, misérable et brutale (short, brutish, mean and nasty, selon l’expression de Hobbes). Par conséquent, selon les termes de la Déclaration d&rsquo;Indépendance des Etats-Unis : « Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits. »</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">C’est ce qui arrive lorsqu’une partie du genre humain, un peuple, se sépare du reste de ses semblables pour établir une communauté politique, pour se donner des lois et des institutions capables de faire respecter ces lois. Dans cette optique, une communauté politique est constituée essentiellement par le libre choix des individus, elle est un « contrat social ». Si la communauté ne désire pas s’associer avec tel ou tel individu, ou bien si tel ou tel individu ne désire pas s’associer avec le reste de la communauté, les conditions de la citoyenneté ne sont pas remplies. Autrement dit, une conséquence évidente de l’égale liberté naturelle de tous les hommes est que, tant que le contrat initial n’a pas été conclu, chacun est libre de s’associer, ou de refuser de s’associer avec qui il le souhaite.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Bien sûr, il est incontestable que les individus qui s’associent ne le font pas au hasard. Ceux qui s’associent doivent déjà partager beaucoup de choses pour pouvoir former une communauté politique (démocratique) viable. Une grande « ressemblance » est nécessaire entre ceux qui s’apprêtent à se donner une loi commune, sans quoi la confiance mutuelle nécessaire au fonctionnement des institutions et au respect de la loi sera absente, et la communauté politique ne tardera pas à se fragmenter &#8211; avec tous les troubles et les violences que cela implique.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">C’est pour cette raison que Publius remarquait, dans le numéro 2 du Fédéraliste : « J’ai souvent observé, avec un égal plaisir, que la Providence s’est plu à donner ce pays, dont toutes les parties sont si bien reliées, à des habitants unis, des habitants issus des mêmes ancêtres, parlant la même langue, professant la même religion, attachés aux mêmes principes de gouvernement, avec des mœurs et des manières semblables, et qui, par la réunion de leur prudence, de leurs armes et de leurs efforts, en combattant côte à côte durant le cours d’une longue et sanglante guerre, ont glorieusement conquis leur liberté commune et leur indépendance. » Sans cette unité substantielle de ses habitants, jamais la république des Etats-Unis n’aurait pu voir le jour</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Mais il n’en reste pas moins que l’association ainsi formée est essentiellement volontaire, en ce sens que nul n’est jamais obligé d’adhérer au contrat initial. Chacun est toujours libre de refuser de contracter avec les autres. La porte est toujours ouverte pour qui veut partir. Il résulte logiquement de cela que, une fois formée, une communauté politique est également libre de refuser de contracter avec qui elle le veut. Une fois qu’un peuple s’est constitué pour se donner un gouvernement, nul n’a le droit de s’y joindre sans le consentement de ceux qu’il veut rejoindre. Un étranger n’a pas plus le droit d’exiger d’être intégré à un peuple déjà existant qu’il n’a le droit d’imposer sa présence dans une maison où il n’a pas été invité. Toute communauté politique est libre d’accepter qui elle le veut, quand elle le veut et selon les critères de son choix.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Mais pourtant, dira-t-on, les étrangers qui veulent s’installer dans notre pays ne sont-ils pas des hommes comme nous, pourvus des mêmes droits naturels ? Dès lors, un gouvernement qui se donne pour tache de protéger les droits naturels des individus ne doit-il pas accepter tous ceux qui viennent se placer sous sa protection ? Les étrangers qui se présentent chez nous n’exercent-ils pas simplement leur « droit à la poursuite du bonheur », tout comme nous ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"> </span><span style="color: #000000;">Certes, nul ne peut leur reprocher de se présenter là où ils estiment que leur vie sera meilleure, mais il n’en reste pas moins que les migrants ne peuvent se prévaloir d’aucun droit à être acceptés. Le gouvernement de la communauté particulière aux frontières de laquelle ils se présentent est chargé de protéger la vie, la liberté et la propriété des individus qui la composent. Il n’est en aucune façon chargé de protéger la vie, la liberté et la propriété de ceux qui n’appartiennent pas à cette communauté.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Dire que les migrants ont un droit à être accueillis là où ils le désirent reviendrait à dire que le gouvernement d’un pays a l’obligation de garantir les droits de n’importe quelle personne dans le monde qui en ferait la demande. Une telle obligation serait par nature à la fois impossible à remplir et injuste. Elle serait une violation des termes du contrat initial selon lesquels nul ne peut être contraint de s’associer avec ceux qu’il n’a pas choisi. Comme le déclare le préambule de la Constitution des Etats-Unis : « Nous, Peuple des États-Unis », établissons une Constitution afin « d&rsquo;assurer les bienfaits de la liberté à nous-mêmes et ànotre postérité ». Pour les rédacteurs de cette Constitution, il allait de soi que le peuple américain n’avait pas plus l’obligation « d’assurer les bienfaits de la liberté » aux Mexicains ou aux Haïtiens que les Mexicains ou les Haïtiens n’avaient l’obligation d’assurer ces bienfaits aux Américains. Il appartient à chaque peuple de protéger par lui-même les droits naturels de ceux qui le composent, et, si nous pouvons compatir avec les malheurs des peuples qui échouent dans cette entreprise difficile, cela ne nous donne pas pour autant l’obligation d’en accueillir tout ou partie sur notre sol.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Bien entendu cela ne nous exonère pas de tous devoirs vis-à-vis des étrangers. Nous devons respecter leurs droits naturels, c’est-à-dire ne pas nous en prendre à leur vie, leurs biens ou leur liberté. Mais nous n’avons pas l’obligation de garantir l’exercice de ces droits, et lorsque nous refusons d’accueillir un migrant nous ne violons pas ses droits, nous ne commettons aucune injustice : nous le laissons simplement dans l’état où il se trouvait avant.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">En bref, l’égale liberté naturelle de tous les hommes signifie à la fois que n’importe quel individu est libre de quitter le pays dans lequel il habite, en emportant ses biens, car il ne saurait être gouverné sans son consentement, mais également que nul ne peut se prévaloir du droit d’être accueilli où que ce soit.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">U</span><span style="color: #000000;">ne fois bien établi que, selon les principes républicains, chaque peuple a le droit imprescriptible de décider si, quand et comment il admettra des étrangers, il reste à déterminer en fonction de quelles considérations ce droit devra être exercé.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Il existe bien entendu une multitude de considérations circonstancielles qui peuvent justifier qu’un peuple exerce son droit à refuser les nouveaux-venus. Les considérations économiques, par exemple, peuvent être parfaitement légitimes et nulle communauté politique n’a le devoir de mettre en danger sa prospérité pour essayer de soulager la misère du monde. Mais le principe fondamental qui devrait toujours guider une politique migratoire démocratique est le suivant : le gouvernement républicain existe pour assurer à ses citoyens les « bienfaits de la liberté », par conséquent le premier devoir de ce gouvernement est d’écarter et de combattre tout ce qui pourrait mettre en péril cette « liberté rationnelle », selon l’expression du Fédéraliste.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Soit, mais quel rapport avec l’immigration ? Le rapport est le suivant. Pour subsister, le gouvernement républicain ne requiert pas seulement des institutions et des lois d’une certaine sorte, il requiert aussi des citoyens présentant certaines qualités particulières.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Contrairement à une croyance assez répandue dans certains milieux intellectuels, la démocratie libérale ne repose pas sur une conception particulièrement « pessimiste » de l’être humain, ni ne prétend remplacer les qualités humaines par une machinerie institutionnelle destinée à faire émerger le bien commun du seul jeu des égoïsmes individuels. Certes, les Constitutions démocratiques modernes, avec leurs systèmes dechecks and balances, visent à « opposer l’ambition à l’ambition », selon les mots du Fédéraliste, ou à faire en sorte que « par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir », selon l’expression célèbre de Montesquieu. Mais ceci n’est pas le fin mot de l’histoire.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Le même Publius, qui explique que la Constitution des Etats-Unis est destinée à « suppléer par l’opposition et la rivalité des intérêts au défaut de sentiments meilleurs », écrit dans le numéro 55 du Fédéraliste : « De même que l’humanité nous offre un degré de dépravation qui nécessite, jusqu’à un certain point, la circonspection et la défiance, de même on trouve dans la nature humaine des qualités qui méritent, dans une certaine mesure, l’estime et la confiance. Le gouvernement républicain suppose plus qu’aucune autre forme l’existence de ces qualités. Si les tableaux, faits par la défiance politique de quelques-uns, retraçaient fidèlement le caractère humain, il faudrait en conclure qu’il n’y a point assez de vertus parmi les hommes pour le self-government ; et que les chaînes du despotisme peuvent seules les empêcher de se détruire et de se dévorer les uns les autres. »</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Autrement dit, la démocratie libérale est un régime qui ne peut convenir qu’à un peuple d’un certain type, possédant, dans son ensemble, certaines convictions, certaines mœurs, certaines qualités de caractère. Quelles sont ces qualités de caractère &#8211; ce que l’on appelait autrefois des vertus ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Elles peuvent être regroupées en deux grandes catégories : la modération et la combativité. Un peuple ne peut se gouverner lui-même, être libre au sens politique du terme, que s’il se compose d’individus capables de se gouverner eux-mêmes au quotidien, c’est-à-dire de maîtriser et d’ordonner leurs passions, d’être tempérants, frugaux, travailleurs, honnêtes, bienveillants envers leurs concitoyens, respectueux de la loi et des institutions, bref modérés au sens noble du terme. Mais ils doivent aussi avoir au fond de leur cœur un profond amour de la liberté, une fierté républicaine qui, comme les signataires de la Déclaration d’Indépendance, les poussera au besoin à engager « nos vies, nos fortunes et notre bien le plus sacré, l&rsquo;honneur » au service de la cause du <em>self-government</em>.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Ce mélange de douceur et de fierté ombrageuse, d’obéissance spontanée à la loi et de vigilance sourcilleuse vis-à-vis de ce qui pourrait menacer votre liberté, est évidemment difficile à obtenir et difficile à conserver. Il est bien des manières de passer la juste mesure et il est par conséquent inévitable que bien des peuples ne présentent pas les qualités nécessaires pour se gouverner eux-mêmes.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Les implications pour la politique migratoire sont évidentes : puisque le caractère des citoyens a une telle importance pour la préservation du gouvernement républicain, il est du devoir des autorités publiques de ne laisser s’installer dans le pays que les étrangers dont l’on peut raisonnablement penser qu’ils présentent les qualités requises pour participer un jour au gouvernement républicain. Et il va sans dire qu’à ces considérations qualitatives pourront être ajoutées des considérations quantitatives sur le nombre de migrants qu’il convient de laisser rentrer.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Mais, dira-t-on immédiatement, comment porter un tel jugement sur les qualités de ceux qui se présentent à nos portes ? Qui donc est capable de lire dans les secrets du cœur humain ? La réponse est bien sûr : personne. Et cependant il est absolument indispensable que les autorités publiques portent un tel jugement, il est de leur devoir imprescriptible d’essayer de discriminer parmi les migrants qui veulent franchir les frontières du pays.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Elles devront donc pour ce faire recourir à des catégories générales, comme la race, la nationalité ou la religion. Très exactement ce qu’on fait les Etats-Unis tout au long de leur histoire et jusqu’à une date très récente.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Lorsque les autorités américaines utilisaient des catégories générales, comme la nationalité, pour décider qui serait autorisé à entrer sur le territoire des Etats-Unis, elles ne le faisaient pas dans l’idée que tous les membres de la nation en question étaient aptes ou inaptes à devenir un jour citoyens de la république américaine. Elles ne pensaient évidemment pas que, par exemple, tous les Hollandais étaient vertueux et tous les Chinois vicieux. Mais elles avaient recours à ces catégories grossières parce que les caractéristiques partagées par un grand nombre d’individus de telle ou telle nationalité ou de telle ou telle origine étaient tenues pour susceptibles d’affecter leur capacité à s’assimiler en tant que groupe à la nation américaine.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">La politique migratoire idéale serait, bien évidemment, une politique basée sur un jugement strictement individuel des qualités de chaque migrant. Mais une telle politique est totalement impossible, par conséquent il est nécessaire, en ce domaine comme en tant d’autres, de recourir à des « idées générales » qui, comme le remarquait Tocqueville, « ont cela d’admirables qu’elles permettent à l’esprit humain de porter des jugements rapides sur un grand nombre d’objets à la fois ». Ces idées sont imparfaites, elles font toujours « perdre en exactitude ce qu’elles donnent en étendue », mais nous ne saurions nous en passer car, « si l’esprit humain entreprenait d’examiner et de juger individuellement tous les cas particuliers qui le frappent, il se perdrait bientôt au milieu de l’immensité des détails et ne verrait plus rien. »</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Ceci est sans doute assez difficile à accepter, pour nous qui professons officiellement une sainte horreur des « amalgames ». Mais un peu de réflexion et de bonne foi nous amènera à reconnaitre qu’il y a là une loi inflexible de la condition humaine. Toute loi, quelle qu’elle soit, repose nécessairement sur ce que Tocqueville nommait des « idées générales » et que nous stigmatisons aujourd’hui injustement sous le nom « d’amalgames » ou de « stéréotypes ».</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Plus difficile à accepter, en revanche, est l’idée qu’il pourrait exister quelque chose comme un « caractère national » et que certains peuples ou certaines communautés pourraient être, en tant que groupes, incapables d’accéder à la liberté politique. Il s’agit pourtant là de conceptions très anciennes, qui ont été soutenues par les plus grands philosophes aussi bien que par les plus grands hommes d’Etat pendant des siècles, que dis-je ! pendant des millénaires, et qui n’ont été remisées dans les placards de la pensée que très récemment, et pour de mauvaises raisons. Non parce que ces conceptions auraient été réfutées, mais parce qu’elles ont été considérées comme malséantes.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Qu’y a-t-il pourtant d’extraordinaire et d’inacceptable dans l’idée que, l’homme étant un animal social et politique, il est affecté dès son enfance par le type d’éducation qu’il reçoit, au sein de sa famille, à l’école, à l’église, à la synagogue ou à la mosquée, dans toutes les institutions chargées de l’amener à l’âge adulte ? Qu’y a-t-il d’extravagant dans l’idée qu’un régime politique d’une certaine sorte, ordonné autour de certaines conceptions du bien et du mal, du juste et de l’injuste, du noble et de l’ignoble, tend à inculquer au plus grand nombre, directement et indirectement, des opinions, des sentiments, des habitudes, des mœurs, qui sont en conformité avec ces conceptions ? Qu’y a-t-il d’absurde ou de contraire à notre expérience courante, dans l’idée qu’une religion d’une certaine sorte tend à produire chez la plupart de ses adeptes un caractère d’une certaine sorte ? En quoi est-il contraire aux règles de la logique ou de la psychologie la plus élémentaire que de dire, par exemple, qu’une religion qui place en son centre l’idée d’un Dieu omnipotent et qui ne se définit par rien d’autre que sa volonté, efface nécessairement la notion de libre-arbitre et encourage le fatalisme chez ses adeptes ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Rien de tout cela n’est absurde, ni stupide, ni immoral. Rien de tout cela n’est contraire ni à la raison ni à l’expérience, dès lors que nous gardons à l’esprit qu’il s’agit là simplement d’idées générales, et que ce qui vaut pour le groupe ne vaut pas pour chacun des individus qui le composent. Non, cela n’est pas même contraire à l’idée de l’égalité fondamentale de tous les hommes. Que les hommes soient égaux en droits naturels ne les empêche nullement de développer certaines opinions, certaines coutumes, certaines mœurs, qui leur rendent l’exercice de leurs droits naturels plus ou moins aisé, et même parfois impossible.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">De cela les fondateurs des Etats-Unis étaient intimement convaincus, et eux qui avaient engagé leurs vies, leurs fortunes, et leur bien le plus sacré, l’honneur, pour les droits naturels des Américains, n’ont jamais hésité à affirmer que certains groupes humains n’étaient pas aptes à se gouverner eux-mêmes et, par conséquent, que l’incorporation des individus issus de ces groupes au sein de la république américaine n’était pas souhaitable. Ainsi, jusqu’en 1870, seuls les individus de race blanche pouvaient accéder à la nationalité américaine. Les Indiens d’Amérique du Nord (les « peaux-rouges ») ne purent accéder à la naturalisation qu’en 1924, et les Chinois en 1943. Ce n’est que dans les années 1950 que furent progressivement levées toutes les restrictions basées sur l’origine nationale.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Avant de condamner comme « racistes » des générations de législateurs américains, rappelons-nous tout d’abord que, jusqu’à une date somme toute assez récente, « Blancs » signifiait en pratique « Européens » et que l’Europe était le berceau de la civilisation occidentale, c’est-à-dire le berceau de cette forme si particulière de gouvernement qu’est la démocratie libérale. Autrement dit, il était raisonnable de penser que seuls des migrants Européens présenteraient les qualités intellectuelles et morales indispensables pour devenir un jour d’honnêtes et productifs citoyens de la république américaine.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Toutefois, il est juste d’ajouter que la préférence pour les migrants d’origine européenne n’était pas toujours uniquement fondée sur des raisons aussi élevées. Benjamin Franklin, par exemple, avouait franchement qu’il préférait les immigrants anglo-saxons, car les autres Européens « sont en général d’un teint basané ». « Mais peut-être », ajoutait Franklin, « suis-je partial envers le teint de mes compatriotes, car une telle partialité est naturelle à l’être humain. » Nous sourions ou nous nous indignons à ce genre de remarque, mais peut-être devrions nous aussi y réfléchir. Car si, comme il n’est guère douteux, une telle partialité est effectivement naturelle à l’être humain, cela n’est pas dépourvu de conséquences politiques, car cette « partialité » signifie que, toutes choses égales par ailleurs, une plus grande mixité ethnique aura pour conséquence une diminution de ce que les sociologues appellent « le capital social », c’est-à-dire la confiance réciproque et spontanée entre les membres de la société. Ce que constate d’ailleurs la science sociale contemporaine[1].</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Mais éloignons-nous de ces rivages dangereux et considérons un exemple qui ne peut manquer de nous tenir particulièrement à cœur : le cas de la France au moment de la Révolution, vu par un homme d’Etat américain éminent.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Les Français, écrivait Gouverneur Morris dans son journal, « tentent d’ériger une Constitution Américaine&#8230; sans réfléchir qu’ils n’ont pas de citoyens américains pour soutenir cette Constitution. » (Gouverneur Morris &#8211; « Gouverneur » était bien son prénom &#8211; fut l’un des membres importants de la Convention de Philadelphie puis s’installa en France pour ses affaires en 1789, où il servit comme Ministre Plénipotentiaire du gouvernement américain de 1792 à 1794. Morris retourna aux Etats-Unis en 1798).</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">« Je désire profondément », poursuivait-il, « vraiment profondément, le bonheur de ce peuple inconstant. Je les aime. J’ai de la gratitude pour leurs efforts au service de notre cause et je regarde l’établissement d’une bonne Constitution ici comme le principal moyen, sous l’autorité de la divine providence, d’étendre les bienfaits de la liberté aux millions de mes frères humains qui gémissent dans les fers sur le continent européen. Mais je ne m’abandonne guère aux illusions flatteuses de l’espoir, car je ne perçois pas pour le moment cette réforme des mœurs sans laquelle la liberté n’est qu’un mot creux. »</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Au jugement de Morris, les Français manquaient, dans leur ensemble, des qualités morales nécessaires à un peuple libre. « Chacun s’accorde à dire qu’il y a ici un total abattement des mœurs, mais cette position générale ne pourra jamais faire sentir à un Américain le degré de dépravation [des Français]. C’est avec un matériau si friable que le grand édifice de la liberté doit être érigé. &#8230; Il y a un principe fatal qui traverse tous les rangs de la société. C’est la parfaite indifférence à la violation de ses engagements. L’inconstance est tellement mêlée au sang, à la moelle, et à toute l’essence de ce peuple, que lorsqu’un homme important et de haut rang rit aujourd’hui de ce qu’il affirmait sérieusement hier, cela est considéré comme étant dans l’ordre naturel des choses. &#8230; La grande masse des gens du peuple n’a pas d’autre religion que ses prêtres, pas d’autre loi que ses supérieurs, pas d’autre moralité que son intérêt. »</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">La suite des événements, bien sûr, a donné raison à Morris puisque la Révolution française, dont les commencements généreux émouvaient même le raisonnable Tocqueville, a rapidement sombré dans la guerre, la terreur et la tyrannie.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Il va sans dire que, sur la base de telles considérations, Morris aurait très probablement conseillé à son gouvernement de refuser d’admettre les émigrants français si ceux-ci s’étaient brusquement présentés en grand nombre aux portes des Etats-Unis. Nul « racisme » ou « francophobie » en cela, simplement une juste appréciation du caractère de la nation française à cette époque, ainsi qu’une profonde compréhension des conditions d’existence du gouvernement républicain. Morris était bien loin de croire que jamais les Français ne pourraient bâtir une république semblable à celle des Etats-Unis. Mais il estimait que les progrès nécessaires à cela ne pourrait être que très progressifs.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">« Du temps est nécessaire pour amener des esclaves aux bienfaits de la liberté. Du temps. Du temps. De l’éducation. Mais qu’est-ce que l’éducation ? Ce n’est pas l’instruction. C’est davantage l’effet de la société sur les habitudes et les principes de chaque individu, le formant dès l’enfance à se conduire ensuite comme un bon citoyen et à contribuer à son tour à la formation des autres. Il en résulte que les progrès vers la liberté doivent être lents. »</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Il en résulte également, bien que Morris ne le dise pas explicitement, qu’il serait vain de croire qu’un quelconque programme « d’éducation » administré par les autorités publiques pourrait aisément transformer des immigrants en bons citoyens du pays qui les a accueilli. Dans la marche vers la liberté ordonnée, la seule qui soit réellement un bienfait, il n’existe pas de raccourcis.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Pour conclure sur ce sujet, nous ne pouvons sans doute guère faire mieux que de citer un peu longuement les propos d’Alexander Hamilton, l’un des trois auteurs du Fédéraliste. Quelques mots de contexte. En 1800, Jefferson est élu président des Etats-Unis à une courte majorité et grâce à l’apport décisif des voix des immigrants les plus récemment arrivés. Dans son premier message annuel au Congrès, Jefferson proposa donc que les étrangers puissent acquérir la nationalité américaine dès leur arrivée aux Etats-Unis, au lieu de satisfaire aux quatorze ans de résidence qui étaient exigés à cette époque. Ce à quoi Hamilton, le vieil adversaire politique de Jefferson, s’opposa fermement.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Toute ressemblance avec la situation française actuelle&#8230; mais écoutons Hamilton expliquer son opposition au projet de Jefferson :</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">« La sûreté de la république dépend de manière essentielle de l’énergie d’un sentiment national commun ; d’une uniformité des principes et des habitudes ; du fait que les citoyens soient exempts d’influences et de préjugés étrangers ; et de l’amour de la patrie que l’on trouvera presque toujours étroitement lié avec la naissance, l’éducation, et la famille. L’opinion avancée dans les Notes sur l’Etat de Virginie [le célèbre ouvrage de Jefferson] selon laquelle les étrangers apporteront généralement avec eux des attachements pour les personnes qu’ils ont laissé derrière eux ; pour le pays de leur naissance, et pour ses coutumes et ses mœurs particulières, est incontestablement correcte. Ils nourriront également des opinions sur la politique en accord avec le type de gouvernement sous lequel ils auront vécu ; ou bien s’ils devaient en venir ici à préférer notre type de gouvernement, n’est-il pas extrêmement improbable qu’ils puissent apporter avec eux cet amour tempéré pour la liberté, qui est si essentiel au vrai républicanisme ? »</span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">En conclusion, écrivait Hamilton :</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">« Dans la recommandation de conférer les privilèges de la citoyenneté américaine à tous les migrants étrangers sans distinction, dès qu’ils sont entrés dans notre pays, se trouve la tentative de briser toutes les barrières qui ont été érigées pour préserver un esprit et un caractère national ; et de laisser rentrer les plus puissants moyens de pervertir et de corrompre à la fois l’un et l’autre. »</span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">En dépit du fait que le parti de Jefferson ait alors dominé le Congrès, celui-ci se rangea à l’avis de Hamilton et rejeta le projet du nouveau Président.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000; font-size: 13px; line-height: 19px;">Nous le voyons par l’exemple des Etats-Unis, l’universalisme des Droits de l’homme, le fait de considérer que tous les hommes sont naturellement dotés des mêmes droits essentiels, n’a nullement pour conséquence de s’abandonner au cosmopolitisme. Bien loin d’être incompatible avec une politique migratoire stricte et « discriminante », le républicanisme vrai exige au contraire une telle politique. Décourager un certain type d’immigration, n’accorder la citoyenneté à ceux que l’on a admis sur son territoire qu’avec parcimonie et prudence, veiller à maintenir et à promouvoir un esprit et un caractère national, font partie des devoirs fondamentaux d’un homme d’Etat républicain. Nous le voyons aussi, ceux qui refusent de considérer de telles questions au prétexte de ne pas « stigmatiser » ou de ne pas alimenter les passions mauvaises font preuve au mieux d’ignorance, au pire de lâcheté, et très certainement ne sauraient être considérés comme de bons républicains. Quant à ceux qui, par calcul, comme a pu le faire Jefferson dans un moment d’égarement, cherchent activement à abaisser toutes les barrières à l’immigration et à la naturalisation, ils ne méritent pas d’autre nom que celui d’ennemi objectif de la république.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"> </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">[1] Robert Putnam : “E pluribus unum : Diversity and Community in the Twenty-first Century”.</span></p>
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		<title>Avortement et mariage homosexuel : des questions distinctes</title>
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		<pubDate>Thu, 16 May 2013 10:08:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Auteurs invites</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le mariage homosexuel a considérablement progressé ces dernières années dans l’opinion américaine (à lire, l&#8217;article de C.Caldwell récemment traduit). Mais cela signifie t-il pour autant que l’Amérique bascule dans le progressisme le plus complet ? Cet article très personnel de Jonah [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="wp_wikio_button_capsulewhite" style="float:right; margin-left:10px;"><script src="http://www.wikio.fr/getvote?style=capsulewhite&#038;url=http%3A%2F%2Flebulletindamerique.com%2F2013%2F05%2F16%2Favortement-et-mariage-homosexuel-des-questions-distinctes%2F" type="text/javascript"></script></div>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong>Le mariage homosexuel a considérablement progressé ces dernières années dans l’opinion américaine (à lire, <span style="text-decoration: underline;"><a href="http://lebulletindamerique.com/2013/05/14/du-placard-a-lautel-la-lutte-pour-le-mariage-gay-par-c-caldwell/" target="_blank">l&rsquo;article de C.Caldwell</a></span> récemment traduit). Mais cela signifie t-il pour autant que l’Amérique bascule dans le progressisme le plus complet ? Cet article très personnel de Jonah Goldberg, chroniqueur de la <em><span style="text-decoration: underline;">National Review</span></em> et conservateur modéré, nous permet de saisir que l&rsquo;opinion américaine devient plus conservatrice sur certains sujets et progressiste sur d&rsquo;autres. En définitive, nous comprenons qu&rsquo;elle devient plus <em>libertarienne</em>. Il est donc nécessaire de mieux distinguer les sujets de société pour saisir les tendances politiques aux Etats-Unis. </strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong>Titre original :  <i><a href="http://www.nationalreview.com/content/abortion-and-gay-marriage-separate-issues" target="_blank"><span style="color: #000000;">Abortion and Gay Marriage: Separate Issues</span></a>.</i> Article traduit de l’Anglais par Emilien Halard pour <em>Le Bulletin d’Amérique</em> avec l’aimable autorisation de la<em> National Review</em>.</strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #000000;"><a href="http://www.nationalreview.com/content/abortion-and-gay-marriage-separate-issues"><span style="color: #000000;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-5856" alt="NRO" src="http://lebulletindamerique.institutcoppet.org/wp-content/uploads/2013/04/NRO-300x34.jpg" width="300" height="34" /></span></a></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Par Jonah Goldberg —Ce n’est pas parce que des choses peuvent être inscrites dans une même liste qu’elles sont nécessairement similaires. Ainsi mon grenier contient-il des milliers de bandes dessinées, quelques puzzles, quelques photos de famille, et un album Frampton Comes Alive! Ces choses sont à peu près dans le même lieu sans pour autant avoir la même valeur, la même importance ni la même utilité.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Je parle de cela pour la simple raison que nous entendons beaucoup de choses sur la position que le parti républicain devrait adopter sur « l’avortement et le mariage homo », comme s’il s’agissait de la même question. Eh bien, figurez-vous que j’entends beaucoup parler de mon chien et de mon emprunt immobilier. Tous deux sont importants – et compliqués, chacun à leur manière – mais ils ne sont pas pour autant identiques.</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><em><strong>&laquo;&nbsp;le raccourci pour évoquer les questions de société était: “God, guns and gays”&#8230; Beaucoup d’analystes pensaient que toutes ces questions évolueraient ensemble&nbsp;&raquo;</strong></em></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Je pense que certains progressistes et certains conservateurs aiment mettre dans le même sac toutes les questions de société, au moins en partie parce qu’ils trouvent incompréhensibles les opinions de leurs adversaires sur ces questions. C’est comme si un extra-terrestre vous montrait un <em>fnerk</em>, un <em>thrampahorn</em> et un <em>zizzenbozzle</em>, on vous pardonnerait de présumer qu’ils ont tous liés entre eux d’une certaine façon.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">En fait, depuis un certain temps, le raccourci pour évoquer les questions de société était: “<em>God, guns and gays</em>” (Dieu, les armes et les gays). Beaucoup d’analystes pensaient que toutes ces questions évolueraient ensemble. Il s’avère que différentes questions de société évoluent indépendamment les unes des autres.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Si vous aviez prédit à la fin des années 80 que l’Amérique deviendrait plus pro-vie, plus pro-armes et plus pro-gay, les experts se seraient moqués de vous. Cela rend fou certains vieux progressistes que de jeunes progressistes soient insuffisamment « pro-choix » et de vieux conservateurs sont vexés que certains jeunes conservateurs soient insuffisamment anti-mariage gay.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Or, je suis moi-même devenu plus pro-vie et mieux disposé envers le mariage homo. J’ai été favorable aux unions civiles homosexuelles depuis plus d’une dizaine d’années – à une époque où c’était considéré comme une position de gauche, et non pas une solution de moindre mal pour la droite. Et je préférerais encore aujourd’hui des unions civiles si ces unions pouvaient bénéficier des mêmes avantages économiques et juridiques que le mariage sans qu’on les appelle « mariages ».</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Pourtant, les homosexuels sont, de façon bien compréhensible, réticents à se contenter de ça, et je pense que le débat sur l’attribution du mot « mariage » aux unions civiles est quasiment perdu, bien qu’il y ait une lueur d’espoir que la décision soit finalement laissée aux Etats (solution que je soutiens).</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Quant à l’avortement, mon évolution a moins à voir avec des arguments religieux qu’avec ma méfiance croissante envers le gouvernement. Qui est, et qui n’est pas un être humain pourvu de droits inaliénables est la plus importante question qui puisse exister. Et le fait qu’en général la réponse est évidente &#8212; ce type oui, cette mouche non &#8212; ne rend la question qu’encore plus importante.</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong><em>&laquo;&nbsp;Le gouvernement a l’obligation de protéger la vie et la liberté du groupe d’êtres humains qu’on appelle « les Américains »&#8230;&nbsp;&raquo;</em></strong></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Le gouvernement a l’obligation de protéger la vie et la liberté du groupe d’êtres humains qu’on appelle « les Américains ». Si vous commettez un crime, cette obligation change, puisque le gouvernement a aussi l’obligation de protéger le reste d’entre nous de ceux qui nous feraient du mal.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Eh bien, je considère le fœtus comme un être humain. Les fœtus ne font pas de mal, et ne commettent pas de crimes punis de mort. Plus important, je n’aime pas que les gouvernements commencent à décider qui compte ou ne compte pas comme un être humain à part entière (cf. l’esclavage aux Etats-Unis, ou l’Holocauste nazi). Il y a peu de domaines où une ligne claire est plus vitale ou nécessaire. (Je parie que la science va bientôt pouvoir nous dire si tel fœtus va devenir gay ou pas. Je soupçonne que soudain les politiques de l’avortement deviendront plus intéressantes.)</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Mais une fois que vous êtes nés, et &#8212; espérons-le &#8212; correctement éduqué, l’obligation du chef du gouvernement est de rester hors de votre chemin &#8212; que vous soyez gay ou hétéro &#8212;  de telle façon que vous puissiez poursuivre le Bonheur tel que vous le concevez &#8212; et non pas tel que disons, Michael Bloomberg ou Pat Robertson le conçoit.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Ce qui me fait revenir au mariage homosexuel. Ses adversaires insistent sur le fait que les gays ont le même droit que n’importe qui d’épouser une personne du sexe opposé. C’est un argument astucieux, mais qui laisse de côté le fait que l’amour romantique est devenu la raison d’être suprême du mariage depuis pas mal de temps. Dire aux gens qu’ils sont libres d’être malheureux n’est pas tout à fait convaincant.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Tout le sens de l’”<em>American way</em>” se trouve dans la vie, la liberté et le recherché du Bonheur. Alors, songeons-y un peu, le mariage homosexuel et l’avortement ont peut-être plus de choses en commun que je ne le pensais.</span></p>
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		<title>Du placard à l&#8217;autel : la lutte pour le mariage gay, par C.Caldwell</title>
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		<pubDate>Tue, 14 May 2013 13:29:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Auteurs invites</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Politique et société civile]]></category>
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		<description><![CDATA[La Proposition 8, amendement à la constitution californienne interdisant le mariage homosexuel votée par référendum, est sur le point d&#8217;être étudiée par la Cour Suprême. Christopher Caldwell* a décrit la situation politique autour du mariage gay dans une recension de [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="wp_wikio_button_capsulewhite" style="float:right; margin-left:10px;"><script src="http://www.wikio.fr/getvote?style=capsulewhite&#038;url=http%3A%2F%2Flebulletindamerique.com%2F2013%2F05%2F14%2Fdu-placard-a-lautel-la-lutte-pour-le-mariage-gay-par-c-caldwell%2F" type="text/javascript"></script></div>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong>La Proposition 8, amendement à la constitution californienne interdisant le mariage homosexuel votée par référendum, est sur le point d&rsquo;être étudiée par la Cour Suprême. Christopher Caldwell* a décrit la situation politique autour du mariage gay dans une recension de l&rsquo;ouvrage <a href="http://www.amazon.com/From-Closet-Altar-Backlash-Struggle/dp/0199922101/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;qid=1368530971&amp;sr=8-1&amp;keywords=from+the+closet+to+the+altar" target="_blank"><span style="color: #000000;"><em><span style="text-decoration: underline;">From the Closet to the Altar: Courts, Backlash, and the Struggle for Same-Sex Marriage </span></em></span></a>(&laquo;&nbsp;<em>Du placard à l’autel: les tribunaux, les contrecoups et la lutte pour le mariage homosexuel</em>&laquo;&nbsp;), de Michael J. Klarman. </strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong>Traduit de l&rsquo;Anglais par Emilien Halard et Estelle Devisme pour <em>Le Bulletin d&rsquo;Amérique</em> avec l&rsquo;aimable autorisation des éditeurs. </strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="color: #000000;"><a href="http://claremont.org/"><span style="color: #000000;"><img class="aligncenter  wp-image-5884" alt="Claremont review of books" src="http://lebulletindamerique.institutcoppet.org/wp-content/uploads/2013/05/Claremont-review-of-books-300x56.png" width="300" height="56" /></span></a></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Par Christopher Caldwell* &#8212; Lorsque la Cour suprême accepta début décembre d’examiner deux affaires concernant le mariage gay, le <em>New York Times</em> salua la « prochaine décision historique sur les droits civiques » et souligna le contraste entre la rapidité de la Cour dans cette affaire et les longues années qu’elle avait mis avant de se prononcer sur le mariage interracial dans le Sud ségrégationniste. Cette comparaison était étrange. Les deux questions n’ont rien à voir l’une avec l’autre, hormis le fait qu’elles contiennent le mot « mariage » et qu’elles ont attiré l’attention de la Cour suprême. Le plus demeuré des membres du Ku Klux Klan des années 60 ne doutait pas du fait que, si ces unions étaient autorisées, les couples interraciaux rempliraient toutes les conditions caractérisant le mariage. La question de la conformité à la Constitution &#8212; une question facile, comme cela s’est avéré &#8212; était de savoir si un pays avec une tradition de liberté d’association pouvait permettre au gouvernement de se mettre en travers du chemin de ces couples interraciaux.</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><em><strong>&laquo;&nbsp;[le mariage homosexuel] a remporté des victoires dans les prétoires, souvent en esquivant les arguments constitutionnels et toujours en écartant les arguments philosophiques&nbsp;&raquo;.</strong></em></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Le mariage homosexuel est quelque chose de différent. La moitié du pays ne peut même pas comprendre sa logique. Il y a environ une décennie, l’opinion publique le considérait presque unanimement comme une plaisanterie. Il a vu sa popularité s’élever au fil des sondages ces dernières années et il a gagné des victoires dans les prétoires, souvent en esquivant les arguments constitutionnels et toujours en écartant les arguments philosophiques. Evan Wolfson, militant du mariage gay, croit que le travail de la Cour sera aisé car « le gouvernement [fédéral] a presque toujours automatiquement respecté les mariages de couples légalement mariés ». Jonathan Capehart du <em>Washington Post</em> affirme avec confiance que la loi fédérale <em>Defense of Marriage Act</em> (DOMA), qui définit le mariage comme étant entre un homme et une femme, est « condamnée » parce qu’elle va à l’encontre de mariages homosexuels déjà contractés.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">La question centrale &#8212; celle de savoir si, déjà, parler de mariage homosexuel est sensé &#8212; est résolue avant même d’avoir été posée.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Vous pourriez penser que, puisque le mariage n’a pas été conçu pour accueillir l’homosexualité et qu’il en a été ainsi à travers des millénaires d’Histoire occidentale, la charge de la preuve pèserait sur les innovateurs. Eh bien non.  Vous pourriez penser que, puisque la principale raison d’être du mariage, au fil des siècles, a été d’accueillir des enfants, et puisque les homosexuels ne peuvent pas en concevoir, alors requalifier la demande comme relevant de l’ « égalité du mariage » sonnerait creux. Eh bien non. Le mariage homosexuel avance en se fondant sur autre chose que les arguments rationnels qu’on était en droit d’attendre.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Assurément, des raisons ont été trouvées afin de justifier après coup le mariage homosexuel.  Mais on pourrait demander à ceux qui avancent ces raisons : est-ce tout ce que vous avez trouvé ? Les arguments avancés ont tendance à manquer de cohérence d’une façon ou d’une autre. Margaret Marshall, la Juge du Massachusetts qui légalisa le mariage homo dans cet Etat en 2003, justifia sa décision après coup en se référant à l’affaire Quock Walker (1783), qui abolit l’esclavage en raison du fait que la Constitution du Massachusetts déclarait « tous les hommes naissent libres et égaux ». (On se demande comment ce raisonnement avait pu échapper à Oliver Wendell Holmes lorsqu’il était président de la Cour suprême du Massachussetts.) Dans son second discours inaugural, Barack Obama affirma de façon confuse que, &laquo;&nbsp;Si nous sommes vraiment créés égaux, alors assurément l’amour que nous éprouvons envers une autre personne doit être égal lui aussi.&nbsp;&raquo;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Les arguments en faveur du mariage homo sont presque toujours prononcés au nom de l’Histoire – non pas l’Histoire que nous avons vécue mais l’Histoire que nous allons vivre maintenant. Les articles sur le mariage gay citent fréquemment une déclaration que Martin Luther King fit dans un discours de 1985 et que le Président Obama a souvent utilisée depuis : « L’arc de l’univers moral est long, mais il tend vers la justice ». Un écrivain du journal Sacramento Bee prévient les opposants du mariage homosexuel que « l’Histoire est en général sans pitié envers les extrémistes et les oppresseurs ». Ceci est un argument théologique, similaire à ceux faits par le Coran, Calvin ou par le communisme. Il est toujours étrange que des gens qui croient que les noms  des vainqueurs et des vaincus à venir sont déjà inscrits dans le livre de l’éternité prennent la peine de se battre et de faire du prosélytisme. Mais c’est pourtant ce qu’ils font.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Comme l’a écrit Leszek Kolakowski [philosophe polonais, critique du communisme, NdT], ce genre de théologies est une « source de belligérance et de confiance en soi. &laquo;&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: center;" align="center"><span style="color: #000000;">* * *</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><em>Du placard à l&rsquo;autel</em>, le livre de Michael Klarman, accepte cette histoire de prédestination. Klarman, professeur de Droit à Harvard, a écrit plusieurs livres sur la façon dont les tribunaux, les mouvements sociaux et les électeurs ont agi ensemble pendant le mouvement pour les droits civiques des Noirs, et il croit qu’un processus similaire est en cours avec les droits des homosexuels. Il affirme que la demande faite par un leader chrétien de l’Iowa que l’exécutif oppose un veto au mariage homo est « une réminiscence des efforts du gouverneur ségrégationniste d’Arkansas Orval Faubus.&nbsp;&raquo; Ce livre ne porte pas sur la jurisprudence mais sur la politique. Klarman ne rend jamais explicite la base philosophique à partir de laquelle il compare les luttes des homosexuels à celles des Noirs. Il ne lui vient pas à l’esprit non plus que le mariage homosexuel, en tant que cause politique, est moins proche  de la lutte pour les droits civiques que, disons, du prohibitionnisme du 20<sup>ème</sup> siècle ou de l’amendement pour l’égalité des droits (entre les hommes et les femmes) des années 70 &#8212; une lubie idéologique à même de s’éteindre toute seule.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Pour Klarman, les mouvements sociaux insurgés suivent un script, que ces mouvements soient en faveur de l’égalité raciale, de l’avortement ou du mariage homo. Ce script prévoit un rôle de premier plan pour les Juges et les avocats. « Une décision de la Cour suprême en faveur du mariage homo en 2012 ou 2013 diviserait complètement le pays », écrit-il, « Pourtant, étant donné la vitesse à laquelle l’opinion publique évolue en faveur du mariage homo, une telle décision deviendrait probablement une icône dans une décennie ou deux. » Pour jouer ce rôle, un Juge doit se comporter avec suffisamment de circonspection et éviter de provoquer des «  contrecoups », terme que Klarman, sans même sembler s’en rendre compte, utilise dans son livre comme synonyme du mot « démocratie ».</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Cet ouvrage est davantage un dossier qu’un livre. Si nous devons croire les aveux de Klarman, il a été compilé plus qu’écrit, ses recherches ayant été confiées à un nombre incroyablement élevé d’assistants. De nombreux paragraphes sont de simples listes de lois, des énumérations de sondages, ou des chronologies de procès. Et pour cette raison, il offre une chronologie claire qui a une certaine valeur. Il montre à quel point l’enthousiasme pour le mariage homosexuel est récent.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">L’ <em>American Civil Liberties Union</em> (équivalent américain de la Ligue des droits de l’homme, NdT) n’était pas du tout intéressée par la défense des droits des homosexuels en 1957, lorsqu’elle disait que les homosexuels étaient « socialement hérétiques ou déviants ». Sa position a changé en 1973, même si le comité des droits homosexuels de la section de Californie du Sud fit cette année-là une liste de 6 priorités sur le long terme sans intégrer le mariage dans cette liste. En 1983, les leaders homosexuels eurent l’occasion de questionner les candidats à la primaire démocrate Walter Mondale et John Glenn sur les sujets qui leur tenaient à cœur. Ils ne mentionnèrent même pas le mariage. Même en 1991, lorsque le groupe de travail national gay et lesbien demanda à ses membres de classer les questions de droits civiques par ordre d’importance, le mariage ne fut pas évoqué dans ce classement.</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong><em>&laquo;&nbsp;Lorsque les homosexuels commencèrent à agir en justice, ils découvrirent que les juges étaient beaucoup plus réceptifs à leurs demandes que ne l’était  l’opinion publique&nbsp;&raquo;</em></strong></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Cependant, un nombre croissant d’homosexuels en couple stable s’irritaient des problèmes pratiques qu’ils rencontraient. Certains refusaient de payer des droits de succession que des couples mariés n’auraient pas à payer (Cette difficulté est au cœur de U.S. v. Windsor, une des affaires qui sera examinée par la Cour suprême au printemps). Les homosexuels étaient aussi confrontés à de la paperasserie administrative pour obtenir des droits de visite à l’hôpital. Ces deux problèmes devinrent encore plus énervants et encore plus poignants avec  le drame du SIDA à la fin des années 80 et au début des années 90.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Lorsque les homosexuels commencèrent à agir en justice, ils découvrirent que les juges étaient beaucoup plus réceptifs à leurs demandes que ne l’était  l’opinion publique. Cela changea tout. En 1993, un tribunal de Hawaï considéra que limiter le mariage aux hommes et aux femmes était un préjugé, et la Cour suprême de Hawaï confirma cette décision en 1996. A partir de ce moment-là, les lobbies pour les droits des homosexuels commencèrent à recruter des couples pour porter leur cause devant les tribunaux. En 1999, la Cour suprême du Vermont ordonna au législateur de proposer un projet donnant aux homosexuels les droits liés au mariage. D’où le premier projet de loi d’ « union civile » en 2000. Et il y eut un autre facteur qui encouragea ces actions en justice sur le mariage : d’audacieux curateurs commencèrent à attribuer des enfants adoptifs à des couples homosexuels.  Il survint ainsi des affaires dans lesquelles la question que la Cour devait trancher consistait à savoir s’il était préférable qu’un couple homo élevant un enfant soit marié ou ne le soit pas.</span></p>
<p style="text-align: center;" align="center"><span style="color: #000000;">* * *</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Le “contrecoup” du sous-titre de Klarman vise à décrire le processus par lequel presque tous les droits gagnés par les homosexuels  dans les prétoires risquaient d’être remis en cause par les urnes. Cela a été le cas avec les droits homosexuels depuis au moins un quart de siècle, en commençant par le mouvement de la chanteuse Anita Bryant en 1997 visant à abroger un décret de Dade County en Floride, qui interdisait les discriminations anti-homosexuelles.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Le Vermont et Hawaii sont peut-être les deux Etats les plus progressistes du pays, mais dans ces deux lieux l’opinion restait hostile au mariage homo par une majorité d’environ 2 à 1. Après avoir signé la loi sur l’union civile, le gouverneur du Vermont, Howard Dean, commença à porter un gilet pare-balles. Le contrecoup vint en partie de ce que Klarman appela une révulsion viscérale à l’encontre de l’homosexualité. Les « <em>focus groups</em> » (NdT : groupes de personnes sur lesquels des hommes politiques testent une idée afin de voir comment le public réagit) étaient très mal à l’aise en regardant les publicités pro-mariage homo affichant des homosexuels s’embrassant. La simple mention de ce que les enfants apprendraient à l’école envoyait en masse les électeurs dans le camp anti-mariage homo. Mais il y eut plein de raisons, autres qu’une prétendue homophobie,  pour des contrecoups, même si les gens s’élevant le long de l’ &laquo;&nbsp;arc de l’univers moral&nbsp;&raquo; sont trop hauts pour les voir. Le contrecoup signifie le recours au pan démocratique de la Constitution par méfiance envers les décisions de la branche judiciaire. Un refrain répété encore et encore dans le livre de Klarman est celui d’un responsable de la convention des baptistes du Sud : &laquo;&nbsp;Je n’ai jamais vu quoi que ce soit qui regonfle et motive notre base comme cette question, pas même <em>Roe V.Wade</em> ». [La décision en faveur de l'avortement de la Cour Suprême, NdT]</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong><em>&laquo;&nbsp;Selon un membre de l&rsquo;American Foundation for Equal Right, « les droits fondamentaux constitutionnels comme le mariage ne devraient jamais faire l’objet d’un vote du peuple »&#8230;&nbsp;&raquo;</em></strong></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Après les affaires de Hawaï, les opposants au mariage homo réussirent à définir le mariage comme une institution hétérosexuelle dans une douzaine d’Etats, pendant que les partisans du mariage homo cherchèrent à faire déclarer ces mesures inconstitutionnelles par les Juges, ou à bloquer ces mesures par des chicaneries procédurales. Le président du Sénat du Massachussetts, Tom Birmingham, qui a contrecarré tout seul  toute tentative de ses collègues démocrates de légiférer contre le mariage homosexuel, est un cas particulièrement frappant de ces chicaneries procédurales. Mais aux yeux des militants, s’opposer aux décisions résultant d’un vote n’était pas une cause de honte. Selon un membre du conseil d’administration de l’American Foundation for Equal Rights, le groupe sponsorisant Hollingsworth v. Perry &#8212; le recours contre la Proposition 8 de la Californie que la Cour suprême va examiner au printemps &#8212; « les droits fondamentaux constitutionnels comme le mariage ne devraient jamais faire l’objet d’un vote du peuple ». Un déluge d’activisme judiciaire sur une question donnée peut amollir la résistance des électeurs sur d’autres sujets, note Klarman. Les unions civiles étaient une mesure « radicale » lorsque Howard Dean les a proposées en 2000. En 2004, après 4 ans d’agitation médiatique, George W. Bush pût aisément les soutenir comme une option “modérée” ou “de compromis”. Pourtant, le mariage reste une question épineuse. C’est l’aspect du « programme politique gay » auquel les Américains moyens s’opposent le plus fortement.</span></p>
<p style="text-align: center;" align="center"><span style="color: #000000;">* * *</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Klarman s’inquiète de ce que les militants gays auraient agi avec précipitation. En abordant la question du mariage avant que la question ne soit mûre, ils ont retardé la promulgation de lois sur les discriminations sur les lieux de travail. La focalisation sur la question du mariage homo en 2004 aida les campagnes des hommes politiques hostiles aux “droits homosexuels”, y compris celle de Bush, et contribua à la défaite de partisans du mariage gay, tels que le leader de la majorité (démocrate) au Sénat Tom Daschle. Ce scénario suit un modèle que Klarman a remarqué dans d’anciens mouvements sociaux. Bien que Klarman soit aujourd’hui ravi des principes posés dans l’historique affaire <em>Brown v. Board of Education</em> (1954), il croit que la décision de la Cour radicalisa les débats sur les droits civiques pendant une décennie. <em>Roe v. Wade</em> (1973) créa encore plus de dégâts. En accordant un droit inconditionnel à l’avortement à une époque où seulement  quatre Etats l’avaient fait, cet arrêt gela une situation qui aurait pu se diriger d’elle même vers une solution et politisa &#8212; c’est-à-dire corrompit &#8212; la Cour pendant au moins deux générations.</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong><em>&laquo;&nbsp;jamais il n’y avait eu, depuis l&rsquo;avènement de l’ère progressiste, de mouvement social aussi élitiste que celui en faveur du mariage gay.&nbsp;&raquo;</em></strong></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Il s’avère que Klarman s’est trompé, et que c’est le plus audacieux et le plus excessif des militants homosexuels qui avait raison : la contestation en justice du mariage a été une aubaine. Les décisions judiciaires ont entouré le mariage homo d’un halo de normalité qui n’existait pas auparavant. Si ce livre avait été publié après les victoires du mariage gay aux référendums de novembre dans le Maine, le Maryland, et l’Etat de Washington, victoires qui brisèrent une série de trois douzaines de défaites, il est possible que Klarman ait alors défendu une opinion différente. <span style="font-size: 13px; line-height: 19px;">Peut-être l’erreur de Klarman vient-elle de son incapacité à voir à quel point le mouvement pro-mariage gay est différent des autres mouvements sociaux. Ce n’est pas un mouvement en faveur des droits civiques, même si ses leaders le présentent comme tel. Les mouvements en faveur des droits civiques portaient sur une libération. </span>Les vieilles campagnes pour l’abrogation des lois sur la sodomie, correspondaient à cette description du mouvement pour les droits civiques, alors même qu’elles eurent du mal à rallier la majorité de la population. Elles étaient au moins compréhensibles par les Américains moyens qui voyaient l’Histoire de leur pays comme un progrès régulier vers la liberté. Le mouvement pro-mariage homo marche dans une direction opposée. Le mariage est une régulation. Il reconnaît qu’un aspect de la vie sexuelle des gens est si important qu’il est nécessaire que les autorités le contrôlent. Cet aspect est le fait de donner naissance à la génération suivante, une tâche totalement étrangère aux relations homosexuelles.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 13px; line-height: 19px; color: #000000;">Le mariage a de nombreuses dimensions mystiques, collectives et spirituelles. Il peut aussi être un moyen d’offrir aux homosexuels une reconnaissance ou une validation de la société dans son ensemble. Mais pas une libération. </span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 13px; line-height: 19px; color: #000000;">Les mouvements de défense des droits civils naissent pour défendre les opprimés. Mais jamais il n’y avait eu, depuis l&rsquo;avènement de l’ère progressiste, de mouvement social aussi élitiste que celui en faveur du mariage gay. Aucune question ne divise plus radicalement le pays en classes sociales. Les opposants à la Proposition 8 en Californie comptent désormais la quasi-totalité d’Hollywood, Apple, Google, Amazon, et de la Maison Blanche. Le gouverneur de Californie a refusé de prendre la défense des lois de son Etat (et des amendements constitutionnels) interdisant le mariage homosexuel, tout comme la Maison Blanche a refusé de défendre la loi fédérale DOMA (<em>Defense of Marriage Acts</em>). Les tentatives des groupes pro-marriage gay d’utiliser Lloyd Blankfein, le PDG de Goldman Sachs, comme porte-parole &#8212; comme s&rsquo;il y avait quelque chose de «conservateur» dans les innovations financières qui font la réputation de Goldman, et comme si Blankfein était par conséquent la dernière personne que l’on imaginerait favoriser une telle innovation &#8212; sont particulièrement étranges. (Si vous aviez une compréhension biblique de la haute finance et de l&rsquo;homosexualité, vous pourriez effectivement vous attendre à ce qu&rsquo;il soit le premier.)</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><em><strong>&laquo;&nbsp;Le président Obama a longtemps tenu la position la plus absurde de toutes&nbsp;&raquo;</strong></em></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 13px; line-height: 19px; color: #000000;">Jusqu&rsquo;à une période très récente, les partisans du mariage gay n’ont presque jamais défendu le mariage homosexuel en lui-même. Ils ont affirmé croire que le mariage était entre un homme et une femme, puis ont lutté contre la loi DOMA, au motif qu&rsquo;elle «encombrait la Constitution», ou une justification de ce genre. Le président Obama a longtemps tenu la position la plus absurde de toutes, prétendant s&rsquo;opposer au mariage homosexuel tout en affectant au Département de la Justice des avocats qui en font leur croisade. Soit le président était moins franc que les politiciens habituels, soit il était le manager le plus incompétent de l&rsquo;histoire de la bureaucratie occidentale.</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong><em>&laquo;&nbsp;l’invocation en audience de la tradition ou de la moralité est considérée comme le produit d’une haine contre un groupe particulier, et est ainsi délégitimée&nbsp;&raquo;</em></strong></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">La décision du président Obama de déclarer son soutien au mariage gay au printemps dernier fut l&rsquo;aboutissement d&rsquo;un bouleversement complet dans l’attitude des élites. Le rôle directeur de David Boies et Ted Olson, qui s’étaient opposés dans l’affaire Bush v. Gore en 2000, dans le rejet de la Proposition 8, représente probablement le mieux la domination de la position pro-mariage gay parmi toutes les sensibilités de la <em>crème de la crème</em> (NdT : en français dans le texte). Klarman a une idée claire de la façon dont les intérêts de classe et la <em>déformation professionnelle</em> (NdT : en français dans le texte) interagissent pour donner aux partisans du mariage gay un avantage «à domicile» dans toute salle d&rsquo;audience. «Les juges font partie», écrit-il, «non seulement de l&rsquo;élite culturelle, mais également d&rsquo;une sous-culture distinctive &#8212; l’élite juridique &#8212; qui a tendance à être encore plus libérale que le grand public sur des questions telles que l&rsquo;égalité des sexes et des homosexuels.&nbsp;&raquo;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Cet avantage est aggravé par des idées de la profession juridique sur la «haine». De plus en plus, l’invocation en audience de la tradition ou de la moralité est considérée comme le produit d’une haine contre un groupe particulier, et est ainsi délégitimée. En conséquence, écrit Klarman, les avocats plaidant l’interdiction du mariage homosexuel devant un tribunal ont été contraints d’invoquer d&rsquo;autres intérêts publics, qui seraient prétendument servis par l’exclusion des couples homosexuels de l’institution du mariage. Cependant, parce que ces justifications ne sont généralement pas les véritables raisons de l&rsquo;interdiction du mariage gay, elles apparaissent généralement peu convaincantes, voire malhonnêtes.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Les détracteurs du mariage gay sont invités à prédire l&rsquo;avenir, et rejetés tels Elmer Gantrys et les charlatans vendeurs d&rsquo;huile de serpent lorsqu’ils échouent. Klarman décrit et défend la façon dont ce concept de haine oriente le terrain de jeu judiciaire. Il pense que «la principale (bien que souvent implicite) raison d&rsquo;exclure les couples de même sexe du mariage était la perception que c’était un commandement de la Bible.&nbsp;&raquo; C&rsquo;est faux. Le mariage gay est inconcevable dans des pays où la Bible n’a aucune importance. Ce n&rsquo;est que dans les pays d&rsquo;héritage judéo-chrétien que tous les arguments sont prononcés pour le mariage gay. En réalité, les défenseurs du mariage homosexuel s’appuient souvent sur l&rsquo;absence de châtiment divin. Klarman écrit du Massachusetts en Septembre 2004, quatre mois après la légalisation du mariage homosexuel, que «des milliers de couples homosexuels se sont mariés depuis mai sans provoquer aucune perturbation majeure.&nbsp;&raquo; À quoi s’attendait-il ? Au déchaînement de la foudre ?</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: 13px; line-height: 19px; color: #000000;">* * *</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><span style="font-size: 13px; line-height: 19px;">Quand les élites se rallient unanimement à une cause, celle-ci peut devenir opinion commune. Le public influençable des démocraties en vient à imiter ses «supérieurs». Ceux-ci apaisent ses craintes naturelles. Ceux qui n’apaisent pas leurs craintes, par conséquent, passent pour des ratés. Ce bouleversement est notamment dû à une appréhension du type «Lorsqu’ils sont venus chercher les communistes [1]</span><span style="font-size: 13px; line-height: 19px;"> » &#8212; beaucoup de gens inquiets à l’idée de dire quelque chose de politiquement incorrect, supposent qu&rsquo;il y aura toujours quelqu&rsquo;un de plus conservateur, plus insouciant de sa position sociale qu’eux, prêt à affronter l&rsquo;opinion publique. Mais Rush Limbaugh se prononce désormais en faveur des unions civiles et Glenn Beck fait remarquer que le mariage homosexuel &laquo;&nbsp;ne fait de mal à personne.&nbsp;&raquo;</span></span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong><em>&laquo;&nbsp;La pression pour le mariage gay aux Etats-Unis ressemble aux tentatives de l&rsquo;Union Européenne d&rsquo;étendre son influence par le biais de référendums. Par «Oui» et «Non», on entend «Oui, définitivement&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;Non, pour l&rsquo;instant&nbsp;&raquo;&#8230;&nbsp;&raquo;</em></strong></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">La vision de l’élite devient ainsi une prophétie auto-réalisatrice. Les victoires remportées par référendum par le mariage homosexuel dans le Maine, le Maryland et l&rsquo;État de Washington en Novembre sont seulement ses trois premières victoires, mais elles semblent compter davantage que ses trois douzaines de défaites. La pression pour le mariage gay aux Etats-Unis ressemble aux tentatives de l&rsquo;Union Européenne d&rsquo;étendre son influence par le biais de référendums. Par «Oui» et «Non», on entend «Oui, définitivement&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;Non, pour l&rsquo;instant.&nbsp;&raquo; Le débat est étouffé par les tabous dès que le moindre assentiment formel est donné. En réalité, l&rsquo;endurance héroïque d&rsquo;une opposition démocratique ne dure pas longtemps. Lorsqu’ils découvrent que leurs votes s’avèrent inutiles, les gens perdent tout intérêt à voter. Parfois, ils se retournent contre la démocratie. Plus souvent, ils décrochent complètement du système politique.</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong><em>&laquo;&nbsp;Lorsqu’ils découvrent que leurs votes s’avèrent inutiles, les gens perdent tout intérêt à voter. Parfois, ils se retournent contre la démocratie. Plus souvent, ils décrochent complètement du système politique.&nbsp;&raquo;</em></strong></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: 13px; line-height: 19px; color: #000000;">* * *</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 13px; line-height: 19px; color: #000000;">Là où le point de vue de l’élite sur le mariage gay n’est pas adopté spontanément, il peut être imposé. L&rsquo;État de Californie interdit maintenant les thérapies qui visent à réorienter les homosexuels vers l&rsquo;hétérosexualité, au motif que cela leur est psychologiquement préjudiciable. Le fait que ces thérapies remettent en cause la conception qu&rsquo;il n&rsquo;y a que deux orientations sexuelles, «homosexuel» et «hétérosexuel», d’une constance inébranlable, est une objection plus probable. Cette conception est fausse. En fait, le mouvement des droits des homosexuels a lui-même utilisé la polymorphie de la sexualité humaine, au temps où le mouvement était davantage axé sur la libération. Mais le mouvement a désormais des besoins rhétoriques différents, notamment celui de convaincre les parents que les enfants n’ont pas de danger de subir un prosélytisme à l&rsquo;école.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">L’aspect le plus troublant du mouvement pour le mariage gay est que, plus que tout autre mouvement social, plus que le féminisme à son apogée lors du «<em>bra-burning</em>» dans les années 1970,  il n’aspire pas à encourager un débat animé mais à l&rsquo;éteindre. La grossièreté est devenue une norme. En avril 2009, Carrie Prejean, Miss Californie, a déclaré à un juge de Miss America qu&rsquo;elle pensait que le mariage devrait être conclu entre un homme et une femme et s&rsquo;est fait traiter de &laquo;&nbsp;<em>dumb bitch</em>&nbsp;&raquo; sur le site internet de ce juge. S’il est maintenant plus facile de traiter les gens de «<em>dumb bitches</em>», alors cela n&rsquo;a aucun de sens de vanter le mouvement pour le mariage gay comme un progrès moral.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Le débat peut être plus efficacement étouffé maintenant qu’Internet a résolu les problèmes d&rsquo;organisation des groupes. Toute personne qui exprime le moindre doute sur le mariage homosexuel peut faire l&rsquo;objet de boycotts, listes noires, et tentatives de licenciement. La chaîne de restaurants Chick Fil-A a été boycottée lorsque son chef des opérations a spéculé que le mariage homosexuel pourrait attirer «la colère de Dieu». Un directeur de théâtre à Sacramento a démissionné de son poste après qu’il a été révélé qu’il avait été donateur pour instaurerla Proposition 8. Le cabinet d&rsquo;avocats King &amp; Spalding a refusé à Paul Clement la permission de défendre la loi DOMA au nom de la Chambre des représentants. Défendre O.J. Simpson ne vous fera pas renvoyer de votre entreprise, mais la défense d&rsquo;une loi fédérale le pourra. La plupart des entreprises sont probablement assez courageuses pour défendre la liberté d’opinion de leurs employés, mais la lâcheté montrée par King &amp; Spalding devient la norme.</span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: 13px; line-height: 19px; color: #000000;">* * *</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 13px; line-height: 19px; color: #000000;">Ce goût de l&rsquo;intimidation reflète-t-il simplement un excès de zèle parmi les quelques vrais convaincus, étourdis par leur succès ? Ou constitue-t-il un pan crucial de l&rsquo;idéologie pro-mariage gay, sans lequel elle serait inefficace et s&rsquo;essoufflerait ? Un épisode révélateur concerne le Rhode Island, le plus catholique des États américains, dans lequel les législateurs ont inclus certaines exemptions religieuses dans un projet de loi  de 2011 sur les unions civiles. Le gouverneur de l&rsquo;État​​, Lincoln Chafee, s&rsquo;est plaint de ces exemptions lors de sa signature. Elles pourraient être menacées par une contestation judiciaire. Klarman demande, comme si cela était une véritable question : &laquo;&nbsp;Un photographe de mariage ou un fleuriste opposé au mariage gay pour des motifs religieux devrait-il être exempté de la loi de l&rsquo;État interdisant la discrimination fondée sur l&rsquo;orientation sexuelle dans les lieux publics ?&nbsp;&raquo; On ne peut que s’extasier devant ce qui semble être une invasion pure et simple du droit des gens à agir comme ils l’entendent. Un groupe de catholiques dévôts non-affiliés à une église a-t-il le droit d&rsquo;exclure une famille gay de sa garderie ? Peut-être pas. Que diriez-vous pour un groupe d&rsquo;athées moralistes? Très certainement non. Un journal serait-il passible de poursuites pour discours de haine s’il évoquait le mariage homosexuel comme le «mariage» homosexuel ?</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">En une dizaine d&rsquo;années, le mariage gay est passé de la plaisanterie au dogme. Il est certainement intéressant de se demander pourquoi, s’il s’agit d’un mouvement de libération, il se manifeste aujourd&rsquo;hui, à une époque qui n’acquiert pas la réputation d&rsquo;être une apogée de la liberté. Depuis 2009, si les estimations de Klarman sont correctes, le soutien pour le mariage gay a augmenté de 4 points par an. L&rsquo;opinion publique ne change pas si rapidement dans les sociétés libres. Soit l’opinion ne change pas aussi vite qu&rsquo;elle semble le faire, soit la société n&rsquo;est pas si libre que cela.</span></p>
<div style="text-align: justify;"></div>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div style="text-align: justify;">
<p><span style="color: #000000;"><span style="font-size: 9.090909004211426px;">[1] </span>Poème (1942) du pasteur allemand Martin Niemöller, opposant à Hitler.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">_____________________________</span></p>
<p><span style="color: #000000;">*Christopher Caldwell est un journaliste américain, éditorialiste aux <em>Financial Times</em>, au <em>Weekly Standard</em> et au <em>New York Times</em>. Il a publié en Français <a href="http://www.amazon.fr/Une-r%C3%A9volution-sous-nos-yeux/dp/2810004447/ref=sr_1_sc_1?ie=UTF8&amp;qid=1368531433&amp;sr=8-1-spell&amp;keywords=christopher+calswell" target="_blank"><span style="color: #000000;">Une révolution sous nos yeux</span></a>, aux éditions Toucan (2012).</span></p>
</div>
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		<title>La puissance et la faiblesse revisitées, par Ken Weinstein</title>
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		<pubDate>Fri, 10 May 2013 11:06:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Auteurs invites</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Geopolitique & geoeconomie]]></category>
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		<category><![CDATA[La puissance et la faiblesse]]></category>
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		<description><![CDATA[Pour Kenneth R. Weinstein*, Président de l&#8217;Hudson Institute, les rôles se sont inversés entre l&#8217;Europe et les Etats-Unis ces dernières années. Ce qui n&#8217;est pas sans risque pour l&#8217;Occident. Titre original : Venus and Mars Revisited. Publié par le Wall [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="wp_wikio_button_capsulewhite" style="float:right; margin-left:10px;"><script src="http://www.wikio.fr/getvote?style=capsulewhite&#038;url=http%3A%2F%2Flebulletindamerique.com%2F2013%2F05%2F10%2Fla-puissance-et-la-faiblesse-revisitees-par-ken-weinstein%2F" type="text/javascript"></script></div>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong>Pour Kenneth R. Weinstein*, Président de l&rsquo;Hudson Institute, les rôles se sont inversés entre l&rsquo;Europe et les Etats-Unis ces dernières années. Ce qui n&rsquo;est pas sans risque pour l&rsquo;Occident. Titre original : <span style="text-decoration: underline;"><a href="http://hudson.org/index.cfm?fuseaction=publication_details&amp;id=9559" target="_blank"><span style="color: #000000; text-decoration: underline;"><em>Venus and Mars Revisited</em></span></a></span>. Publié par le <em>Wall Street Journal</em>.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Il y a une dizaine d&rsquo;années, le lancement d&rsquo;une deuxième guerre menée par l&rsquo;Amérique contre Saddam Hussein exposait brutalement au grand jour les différences de tempérament et de philosophie à l&rsquo;intérieur même de l&rsquo;OTAN. La divergence de points de vues entre les deux côtés de l&rsquo;Atlantique était si saisissante que l&rsquo;analyste Robert Kagan &#8212; dans un essai pour <em>Policy Review, </em>devenu célèbre à juste titre, puis dans un livre intitulé <em>Of Paradise and Power</em> [en Français : <em>La Puissance et la Faiblesse</em>]<em> &#8211;</em> fut convaincu que l&rsquo;Europe et les Etats-Unis en étaient venus à habiter deux planètes totalement différentes.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Les Américains étaient encore &laquo;&nbsp;de Mars,&nbsp;&raquo; suggéra t-il : l&rsquo;effort traditionnel, par l&rsquo;Alliance, du maintien entre la réalité et la potentialité d&rsquo;une projection de force demeurait un outil décisif dans les affaires internationales. Les Européens, en revanche, étaient désormais &laquo;&nbsp;de Vénus&nbsp;&raquo; : leurs dirigeants se dirigeaient délibérément &laquo;&nbsp;au-delà de la puissance, vers un monde fait de lois et de règles, de négociations et de coopération transnationales&nbsp;&raquo;. Cette métaphore était frappante, et la description magistrale des subtilités sous-jacentes par Kagan  continue d&rsquo;influencer la façon par laquelle les décideurs politiques des deux continents se considèrent mutuellement.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Le seul problème est qu&rsquo;aucun continent ne s&rsquo;est comporté, ces dernières années, comme il était censé le faire. Avec Barack Obama, les Etats-Unis ont un président qui, clairement, ne vient pas de la planète Mars. Ses politiques étrangère et de défense &#8212; le retrait progressif des troupes d&rsquo;Irak et d&rsquo;Afghanistan, les tentatives de négociations diplomatiques avec l&rsquo;Iran, etc. &#8212; sont guidées par des préoccupations qui ont pu être décrites comme « européennes » : une présomption pour le moins sceptique à l&rsquo;égard de la puissance militaire, et une préférence instinctive pour le multilatéralisme et la diplomatie.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Initialement présentée comme une restauration tardive d&rsquo;un «équilibre» et d&rsquo;un «partenariat» au sein des relations transatlantiques, la politique opérée par le président est en réalité beaucoup plus dramatique. «L&rsquo;Amérique ne peut pas se replier sur soi», proclamait Obama, alors Sénateur, lors d&rsquo;un discours en juillet 2008 à Berlin. Il semble nous avoir sous-estimé.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Car l&rsquo;Amérique est parvenue à se replier sur elle-même avec un désir de revanche presque vénusien. Aujourd&rsquo;hui, ce sont les Européens qui doivent sans cesse aiguiller Washington pour qu&rsquo;elle se joigne à une intervention humanitaire en Libye contre Mouammar Kadhafi. Ce sont ces mêmes Européens qui tentent, sans y parvenir, d&rsquo;enrôler les Etats-Unis dans un effort pour armer la résistance anti-gouvernementale en Syrie. Les Européens &#8212; en l&rsquo;occurrence, l&rsquo;ancien Président français Nicolas Sarkozy &#8212; doivent faire pression sur le Congrès américain pour faire adopter des sanctions plus sévères contre Téhéran. Les Européens &#8212; François Hollande, le successeur socialiste de M. Sarkozy &#8212; prennent, seuls, les décisions pour des déploiements de troupes au Mali.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Les conseillers du président Obama aiment décrire leur style comme un &laquo;&nbsp;<em>leadership</em> de l&rsquo;arrière-front&nbsp;&raquo; [<em>leading from behind</em>]. Mais à Londres et à Paris, et ailleurs sur le continent, derrière des portes closes, loin des micros et des caméras, les Européens l&rsquo;appellent autrement.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Ce n&rsquo;est pas seulement la substance des récentes politiques qui a surpris et peiné nos alliés européens. Paradoxalement, &laquo;&nbsp;l&rsquo;unilatéralisme&nbsp;&raquo; &#8212; ce grand et tragique défaut attribué par ses détracteurs à la présidence George W. Bush &#8212; est la seule impulsion retenue par son successeur.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Le premier choc a eu lieu à Varsovie, au début du premier mandat de M. Obama : le gouvernement polonais a obtenu le préavis, seulement quelques heures avant que Washington ne décide d&rsquo;annuler la mise en place d&rsquo;un système de missiles de défense péniblement négocié parce qu&rsquo;il irritait Moscou. Puis vint en décembre 2009 le discours du président sur l&rsquo;Afghanistan &#8212; annonçant des initiatives de coalition et des listes d&rsquo;engagements sur lesquels les Européens n&rsquo;avaient été  consultés que nominalement. Puis le conseil de la Maison Blanche pour que M. Obama viennent rompre avec la tradition et n&rsquo;assiste pas au sommet UE &#8211; Etats-Unis de Madrid en 2010. Les représentants de l&rsquo;UE n&rsquo;en furent pas informés à l&rsquo;avance.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 13px; line-height: 19px; color: #000000;">Ainsi l&rsquo;Alliance atlantique demeure t-elle plus fissurée que jamais, mais pour des raisons nouvelles et très différentes. Les Européens, désormais, ne se plaignent pas auprès des visiteurs Américains d&rsquo;être malmenés par la Maison Blanche. Ils se plaignent d&rsquo;être ignorés. Ce n&rsquo;est pas une question de politique <em>per se</em>, mais plutôt un sentiment général d&rsquo;aliénation : une impression qui s&rsquo;accumule à travers le continent que l&rsquo;Europe libérale et démocratique, à la fois comme idée et priorité pratique, glisse hors du champ de vue de Washington.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Il y a davantage en jeu ici que des vanités blessées. Les réponses européennes varient devant ce récent <span style="font-size: 13px; line-height: 19px;">retrait</span><span style="font-size: 13px; line-height: 19px;"> </span><span style="font-size: 13px; line-height: 19px;">du </span><em style="font-size: 13px; line-height: 19px;">leadership</em><span style="font-size: 13px; line-height: 19px;"> traditionnel américain. Les Français et les Britanniques semblent enclins à combler le vide, occasionnellement</span><span style="font-size: 13px; line-height: 19px;"> et si les circonstances économiques le leur permettent. Les Allemands et les Polonais semblent préférer des initiatives plus modestes, des accords bilatéraux de commodité, par exemple à l&rsquo;égard de la Russie. Néanmoins, le résultat est en fin de compte le même : la vitalité de «l&rsquo;Occident», comme point de repère pour la sécurité mondiale s&rsquo;estompe.</span></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Nos décideurs à Washington pourraient bien ne pas l&rsquo;avoir remarqué, du fait de tendances isolationnistes au sein des deux principaux partis. Mais le reste du monde, non-occidental, est attentif et attendent avec impatience un terrain de jeu dans lequel des réponses cohérentes et vigoureuses de l&rsquo;OTAN ne seraient plus assumées par quiconque.</span></p>
<p><span style="color: #000000;">__________________</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">*<strong>Kenneth R. Weinstein</strong> est Président et CEO de  l’Hudson   Institute. Ses articles ont été publiés dans de nombreuses revues:  <em>The  New Republic</em>, <em>The Wall  Street Journal </em>ou encore <em>Le Figaro </em>ou le  <em>Bungei-Shunju</em>(Japon). Francophile, il est    Chevalier dans  l’ordre  des  arts  et des lettres. Il a été élève d’Allan Bloom à  l’Université de Chicago, étudiant à Sciences Po’ (DEA d’études soviétiques) puis diplômé d’un Ph.D à Harvard &#8212; il a rédigé sa thèse de doctorat sur Pierre Bayle, un philosophe français du XVIIème  siècle.</span></p>
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		<title>L&#8217;Amérique dans la pensée de Maritain</title>
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		<pubDate>Wed, 08 May 2013 08:13:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Auteurs invites</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Idées & théorie politique]]></category>
		<category><![CDATA[Jacques]]></category>
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		<description><![CDATA[La revue catholique La Nef a publié ce mois-ci un dossier remarquable sur Jacques Maritain (1882 &#8211; 1973), à l&#8217;occasion du 40ème anniversaire de la mort de ce philosophe encore trop méconnu. Figure centrale du thomisme au XXème siècle, Maritain fut [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="wp_wikio_button_capsulewhite" style="float:right; margin-left:10px;"><script src="http://www.wikio.fr/getvote?style=capsulewhite&#038;url=http%3A%2F%2Flebulletindamerique.com%2F2013%2F05%2F08%2Flamerique-dans-la-pensee-de-jacques-maritain%2F" type="text/javascript"></script></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>La revue catholique <span style="text-decoration: underline;"><a href="http://www.lanef.net/" target="_blank"><em>La Nef</em></a></span> a publié ce mois-ci un <span style="text-decoration: underline;"><a href="http://www.lanef.net/" target="_blank">dossier remarquable</a></span> sur Jacques Maritain </strong><strong>(1882 &#8211; 1973)</strong><strong>, à l&rsquo;occasion du 40ème anniversaire de la mort de ce philosophe encore trop méconnu. Figure centrale du thomisme au XXème siècle, Maritain fut d&rsquo;abord maurassien avant de s&rsquo;en détourner quand le Saint Siège mit en garde l&rsquo;Action française. En Amérique pendant le second conflit mondial, il devint en 1956 Professeur à l&rsquo;Université de Princeton. </strong><strong>Selon le Professeur Philippe Bénéton, les Etats-Unis ont joué un rôle déterminant dans sa pensée du politique :</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>(Source : &laquo;&nbsp;<span style="text-decoration: underline;"><a href="http://www.lanef.net/t_article/maritain-et-la-democratie-philippe-beneton-25740.asp?page=2" target="_blank"><em>Maritain et la démocratie</em></a></span>&nbsp;&raquo; , <em>La Nef</em>, mai 2013, pages 29-30.)</strong></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;A première vue, les rapports de Jacques Maritain avec la démocratie ont quelque chose de paradoxal : il n’a cessé de s’opposer à la philosophie moderne et pourtant il est devenu un philosophe de la démocratie. Faut-il alors distinguer plusieurs Maritain ? Certains interprètes ont opposé le jeune Maritain – conservateur, « antimoderne », compagnon de route de l’Action Française – et le Maritain d’après 1930, converti à la démocratie moderne. Il est indéniable que cette analyse comporte une part de vérité. Confronté aux éléments dramatiques des années 1930 et 1940, profondément marqué par son long séjour aux États-Unis, Maritain a approfondi sa réflexion politique et révisé sa position sur la question du régime. Cependant, si l’on regarde de plus près, on observe une profonde continuité de pensée.</p>
<p style="text-align: justify;">En quel sens ? Comment concilier l’opposition de Maritain à la pensée moderne avec son engagement en faveur de la cause démocratique ? La réponse est la suivante : la démocratie dont Maritain s’est fait l’avocat est un régime dont les fondations, dont l’inspiration sont étrangères à la philosophie moderne. C’est là, semble-t-il, l’une des principales contributions de Maritain à la philosophie politique : il a ouvert la voie, parfois en tâtonnant, à une importante distinction entre deux versions de la démocratie.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>La démocratie et le ferment évangélique</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">S’agissant de sa réflexion politique, le séjour de Maritain aux États-Unis joua sans doute un rôle important. Dans cette Amérique des années 40 et 50, profondément religieuse et profondément démocratique, Maritain découvrit en quelque sorte le bon côté de la modernité. Il découvrit que le monde moderne n’est pas un ensemble homogène, qu’il faut distinguer en son sein le bon grain et l’ivraie.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle est l’ivraie ? Sur ce point Maritain n’a jamais varié. L’ivraie, c’est bien entendu la pensée moderne, ancrée sur l’idée de l’émancipation de la volonté : la raison humaine est la mesure des choses, l’histoire est humaine de part en part, nous sommes enfin libérés de ces idées qui nous mettaient en tutelle, l’ordre de la nature, le plan de Dieu. Autant d’erreurs dont Maritain à plusieurs reprises a écrit la longue histoire, de Machiavel à Hegel, via Luther, Descartes et Rousseau.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce n’est là qu’une partie de l’histoire. De son expérience américaine, Maritain tira l’idée que le bon grain est aussi de la partie. Il s’agit de distinguer soigneusement les philosophies modernes du contenu réel de la démocratie, c’est-à-dire de cette conscience partagée, de cette expérience morale commune qui sont à l’origine de son avènement au sein du monde moderne. Selon Maritain, un processus historique profond a été à l’œuvre que l’on a associé à tort avec des philosophies non-chrétiennes ou même anti-chrétiennes. Pour le malheur et la confusion du monde moderne, Rousseau et Kant ont revêtu la pensée démocratique de leurs formules sentimentales et philosophiques. En réalité, ce processus historique a eu pour principe générateur l’influence de l’Évangile. Les Pères Fondateurs américains en étaient conscients. Et Maritain de citer Bergson : le sentiment démocratique est profondément un sentiment évangélique, son moteur est l’amour, son objet, la fraternité.</p>
<p style="text-align: justify;">Quels ont été alors les effets de ce travail obscur, souvent méconnu, parfois défiguré, de l’inspiration évangélique ? La conscience profane du monde moderne y a gagné ceci : la conscience de la dignité de chaque personne humaine qui, tout en faisant partie de l’État, transcende l’État ; la reconnaissance des droits de chaque homme en tant que personne, en tant que citoyen, en tant que « travailleur » ; le sens de l’égalité première entre les hommes et de l’égalité relative que doit établir la justice ; la conviction que l’autorité politique ne peut être légitimement exercée que par les vicaires ou les représentants de la multitude&#8230; Cependant, écrit le Maritain de 1943, la pratique reste en retrait : « La tragédie des démocraties modernes est qu’elles n’ont pas réussi encore à réaliser la démocratie » (Christianisme et démocratie, 1943, II).</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>La vraie démocratie</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Dans les années ultérieures, et en particulier dans L’homme et l’État (1951), Maritain s’est efforcé de préciser les caractères de cette démocratie, droitement entendue. Le premier est celui-ci : toute démocratie saine doit s’insérer dans l’ordre naturel voulu par Dieu. L’égalité et les droits de l’homme sont partie prenante d’un monde où la volonté de l’homme n’est pas la source première du sens. Il suit que l’idée de la souveraineté du peuple est une idée fausse et dangereuse : « L’État n’est pas souverain. […] Ni le peuple. Dieu seul est souverain. »</p>
<p style="text-align: justify;">En second lieu, cette démocratie se doit d’être personnaliste et communautaire. Elle s’oppose à la démocratie individualiste qui réduit la société à un simple agrégat d’individus, ignore les « corps intermédiaires » et finalement abolit le bien commun. La personne est un tout mais non pas un tout fermé sur lui-même, elle incline de par sa nature à la vie sociale et à la communion.<br />
S’agissant du troisième trait, Maritain affrontait une difficulté majeure : comment accorder le principe du pluralisme démocratique avec l’unité d’inspiration du régime. Il s’efforça de trouver la solution dans l’idée d’un pluralisme limité par une « foi » séculière pratique. Les divisions à propos des questions ultimes n’empêchent pas une forme de consensus sur les conclusions pratiques pourvu que les hommes en question révèrent semblablement « la vérité et l’intelligence, la dignité humaine, la liberté, l’amour fraternel et la valeur absolue du bien moral ».</p>
<p style="text-align: justify;">À cette époque, Maritain tablait sur l’esprit d’après-guerre en Europe : comment après de telles horreurs ne pas s’accorder sur la nécessité d’un ordre politique nouveau fondé sur un noyau commun de « valeurs démocratiques » ? Mais si consensus il y eut, il ne dura pas. Maritain avait sous-estimé les divisions profondes que recouvrait l’apparente « unité de la conscience morale » qui suivait la victoire contre le nazisme.</p>
<p style="text-align: justify;">D’autres désenchantements suivirent. La grande transformation des sociétés occidentales quelques années plus tard – la révolution morale des années 1960 – creusa le fossé entre sa vision de la démocratie et les démocraties réelles à l’Ouest. Le dynamisme de l’égalité et des droits de l’homme prit une direction contraire à celle qu’il espérait. En 1966, il exprima sa profonde déception dans Le paysan de la Garonne. Le livre ne fut pas bien reçu. L’esprit du temps lui était contraire, et puis s’ajoutait un malentendu. Maritain avait utilisé un vocabulaire – la démocratie, l’égalité, les droits de l’homme – qui était aussi celui de ses adversaires. On n’avait pas toujours bien vu qu’il donnait à ces termes des acceptions toutes différentes.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Deux versions de la démocratie</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Jacques Maritain était un philosophe. L’analyse politique n’était pas son domaine et ses propositions pratiques ont parfois manqué de réalisme. Sa force n’était pas là. Elle était dans un alliage entre les raisons données par saint Thomas et de profondes intuitions. La philosophie politique y a gagné et notamment sur ce point : il a jeté les bases d’une distinction essentielle entre deux versions de la démocratie : une démocratie vide de sens, fondée seulement sur des procédures (la « démocratie procédurale ») et une démocratie où le pluralisme ne se confond pas avec le relativisme, où les hommes ont plus en commun que le simple respect des règles du jeu (la « démocratie substantielle »). Aujourd’hui, la démocratie procédurale triomphe avec pour rançon l’émiettement de la communauté politique, la crise morale, le déclin de la politique. Pour travailler à rectifier les choses, ne faut-il pas suivre la voie ouverte par Jacques Maritain ?&nbsp;&raquo;</p>
</blockquote>
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		<title>Des filles et des flingues</title>
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		<pubDate>Thu, 18 Apr 2013 20:30:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Auteurs invites</dc:creator>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Geopolitique & geoeconomie]]></category>

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		<description><![CDATA[Le gouvernement américain a levé, au début de cette année, l’interdiction qui s’imposait aux forces armées de placer les femmes soldats dans des situations de combat. Jusqu&#8217;à présent, il était en effet interdit aux femmes de servir dans les unités [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="wp_wikio_button_capsulewhite" style="float:right; margin-left:10px;"><script src="http://www.wikio.fr/getvote?style=capsulewhite&#038;url=http%3A%2F%2Flebulletindamerique.com%2F2013%2F04%2F18%2Fdes-filles-et-des-flingues%2F" type="text/javascript"></script></div>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong>Le gouvernement américain a levé, au début de cette année, l’interdiction qui s’imposait aux forces armées de placer les femmes soldats dans des situations de combat. Jusqu&rsquo;à présent, il était en effet interdit aux femmes de servir dans les unités de l&rsquo;infanterie, des blindés ou des forces spéciales destinées à participer aux combats en première ligne. Désormais et les femmes vont donc pouvoir, en principe, accéder à ces postes qui leur étaient jusqu’alors fermés.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong>Publié par <em>The Weekly Standard</em> et traduit de l&rsquo;Anglais par <span style="text-decoration: underline;"><a href="http://aristidebis.blogspot.fr/" target="_blank">Aristide</a></span>. Titre original : <span style="text-decoration: underline;"><em><a href="http://www.weeklystandard.com/articles/coed-combat-units_697822.html" target="_blank">Coed Combat Units</a></em></span>. Publié par Le Bulletin d&rsquo;Amérique avec l&rsquo;aimable autorisation des éditeurs.</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong><br />
</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Mackubin Thomas Owens* &#8211; Depuis plus de deux décennies j’ai argumenté contre l’idée de placer les femmes américaines en situation de combat ou bien dans des positions de soutien directement associées avec le combat terrestre. Je base ma position sur les facteurs suivants. Premièrement, il existe des différences physiques substantielles entre les hommes et les femmes qui désavantagent nettement ces dernières dès lors qu’il est question de combat terrestre. Deuxièmement, les hommes traitent les femmes d’une manière différente de celle dont ils traitent les autres hommes. Cela peut saper la camaraderie dont dépend la cohésion des unités qui est nécessaire pour le succès sur le champ de bataille. Troisièmement, la présence des femmes aboutit à l’existence d’un système de deux poids deux mesures qui nuit gravement au moral et à la performance. En d’autres termes, les hommes et les femmes ne sont pas interchangeables.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">En moyenne, une femme soldat, marin, aviateur et Marine est à peu près 13 centimètres (5 inches) plus petite que son homologue masculin et a une force du haut du corps moitié moindre, des capacités aérobies inférieures (au sommet de sa forme physique, entre 20 et 30 ans, une femme a en moyenne la capacité aérobie d’un homme de 50 ans), et 37% de masse musculaire en moins. Son squelette est plus léger, ce qui signifie que les pressions exercées sur son organisme par le fait de porter les lourdes charges qui sont le lot du fantassin peuvent provoquer des dommages permanents.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Mais ne serait-il pas possible de réduire ces différences ? Par le passé, la politique en faveur de l’égalité des sexes a rendu difficile &#8211; voire impossible &#8211; le fait de déterminer exactement ce qui pourrait être fait pour améliorer les performances des femmes, parce que les avocats de cette politique comprennent qu’établir des critères objectifs en matière de force physique nuirait grandement à leur revendication que les rangs de l’infanterie soient ouverts aux femmes. Il y a de cela plusieurs années, l’armée de terre avait essayé d’établir de tels critères et des tests préliminaires pour chaque catégorie d’emploi militaire, mais ces efforts furent abandonnés lorsque les études montrèrent que trop peu de femmes réussiraient les épreuves proposées pour un grand nombre de ces emplois. A la suite de cela, les crédits nécessaires pour financer une étude sur les moyens d’améliorer la force physique des femmes furent refusés.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Les différences anatomiques entre les hommes et les femmes sont aussi importantes que leurs différences de force physique. Une femme ne peut pas uriner debout. Et le plus important, elle a tendance, particulièrement si elle a moins de trente ans, (ce qui est le cas de 60% du personnel militaire féminin) à tomber enceinte.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">En fait, chaque année, entre 10 et 17% des femmes servant dans l’armée tombent enceinte. Dans certains endroits le chiffre est encore plus élevé. L’ancien sénateur James Webb faisait remarquer que, lorsqu’il était secrétaire à la Marine en 1988, 51% des femmes célibataires servant dans l’Air Force et 48% des femmes célibataires servant dans la Marine stationnées en Islande étaient enceintes. Durant sa grossesse (à supposer qu’elle ne quitte pas purement et simplement le service) une femme doit progressivement être exemptée de plus en plus de tâches courantes, telles que les marches, l’entrainement sur le terrain, et les tests de natation. Une fois que le bébé est né, davantage de problèmes se posent, comme le montrent les milliers de mères servant sous l’uniforme et dont aucune d’entre elles ne pourrait raisonnablement être appelée un soldat de première ligne.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Les femmes souffrent également d’un taux d’attrition plus élevé que les hommes du fait de problèmes de santé et, à cause du turnover, sont un investissement plus coûteux. Les femmes ont une probabilité quatre fois plus élevée de se déclarer malade et le pourcentage de femmes indisponibles pour raisons médicales est, à n’importe quel moment, deux fois plus élevé que celui des hommes. Si une femme ne peut pas faire son travail, quelqu’un devra le faire pour elle.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Si certains ne me croient pas, peut-être devraient-ils jeter un oeil à un article écrit par un officier des Marines, la capitaine Katie Petronio, et paru dans le Marine Corps Gazette, la revue professionnel du Corps des Marines (« </span><a href="http://www.mca-marines.org/gazette/article/get-over-it-we-are-not-all-created-equal" target="_blank"><span style="color: #000000;">Faites vous une raison ! Nous ne sommes pas tous crées égaux !</span></a><span style="color: #000000;"> »). Elle remarque la détérioration de sa condition physique dont elle a souffert durant son déploiement en Afghanistan en tant qu’officier du Génie :</span></p>
<blockquote><p><span style="color: #000000;"> « Il était évident que le stress et la dégradation musculaire affectaient tout le monde quelque soit son sexe ; cependant, ma dégradation était notablement plus rapide que celle des Marines hommes et était aggravée par des problèmes médicaux spécifiques aux femmes. A la fin de mon 7ème mois de déploiement&#8230; j’avais perdu presque 8 kilos (17 pounds) et on m’avait diagnostiqué une polykystose ovarienne (qui a eu pour conséquence l’infertilité définitive, mais cela n’est pas une tendance générale dans ma famille) provoquée par les changements physiques et chimiques subis durant mon déploiement. En dépit de la détérioration de ma condition physique j’ai connu une très grande réussite durant mes deux rotations, servant aux côtés de mes frères d’armes de l’infanterie et gagnant le respect de chaque unité que j’ai soutenu. Néanmoins, je suis sûre à 100% que, en dépit de ce que j’ai accompli, je n’aurais jamais pu supporter les exigences physiques imposées aux fantassins aux côtés desquels j’ai travaillé, leur charge de combat et leur cycle de déploiement constant m’auraient obligé à quitter l’armée pour raisons médicales bien avant l’âge de la retraite. Je comprends bien que chacun est affecté différemment, cependant je suis persuadée que si le Corps des Marines devait essayer d’intégrer pleinement les femmes dans l’infanterie, notre institution aurait à faire face à une augmentation colossale des problèmes médicaux invalidant les femmes ou mettant fin à leur carrière. »</span></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"> La clef du succès sur le champ de bataille est la cohésion des unités, qui a été identifiée par toutes les recherches comme un facteur absolument critique. Les partisans de l’ouverture de toutes les spécialités militaires aux femmes ont tenté de changer la définition de la cohésion au cours des années, mais la meilleure reste celle du rapport de la Commission Présidentielle sur l’Affectation des Femmes dans les Forces Armées, publié en 1992 : « la relation qui se développe dans une unité ou un groupe où 1) les membres partagent des valeurs et une expérience commune 2) les individus dans le groupe se conforment aux normes et au comportement du groupe afin d’assurer la survie et les objectifs du groupe 3) les membres perdent leur identité en faveur d’une identité de groupe 4) les membres se focalisent sur les activités et les objectifs du groupe 5) les membres de l’unité deviennent totalement dépendants les uns des autres pour achever leur mission ou survivre, et 6) les membres du groupe… remplissent tous les normes de performance et de comportement afin de ne pas menacer la survie du groupe. »</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Le ciment qui fait la cohésion d’une unité est ce que les Grecs appelaient philia – l’amitié, la camaraderie, ou l’amour fraternel. Dans Warriors : reflection on men in battle, J.Glenn Gray décrit l’importance de la philia : « un nombre incalculable de soldats sont morts, plus ou moins volontairement, non pas pour la patrie, ou l’honneur, ou la foi ou n’importe quel autre bien abstrait, mais parce qu’ils ont réalisé qu’en fuyant et en se sauvant eux-mêmes, ils exposeraient leurs camarades à un plus grand danger. Une telle loyauté envers le groupe est l’essence du moral en situation de combat&#8230; des camarades sont loyaux les uns envers les autres spontanément et sans avoir besoin d’aucune raison. »</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Les Grecs identifiaient une autre sorte d’amour : éros. A l’inverse de la philia, éros est individuel et exclusif. Eros se manifeste sous la forme de la compétition sexuelle, d’une attitude protectrice, et du favoritisme. La présence de femmes dans l’espace confiné d’une unité de combat libère éros au détriment de la philia. Comme le faisait remarquer feu Charles Moskos, le grand sociologue militaire : « lorsque vous mettez ensemble des hommes et des femmes dans un environnement confiné et que vous secouez vigoureusement, il ne faut pas être surpris que se nouent des relations sexuelles. Lorsque l’institution militaire dit qu’il ne doit pas y avoir de relations sexuelles entre un supérieur et son subordonné, cela va tout simplement à l’encontre de la réalité. Vous ne pouvez pas baser un principe sur un mensonge. » Mêler hommes et femmes et ainsi introduire éros dans un milieu basé sur la philia crée une dangereuse forme de tension au sein de l’institution militaire.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Les effets destructeurs des relations amoureuses sur la cohésion des unités ne peuvent être niés que par des idéologues. Un supérieur va-t-il ordonner à sa ou son bien-aimé de se mettre en danger ? Si il ou elle fait preuve de favoritisme, quelles sont les conséquences pour le moral et la discipline de l’unité ? Que se passe-t-il lorsque la jalousie fait son apparition ? Ce sont là des questions de vie ou de mort.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Les féministes affirment que ces manifestations d’éros sont seulement le résultat d’un manque d’éducation et de considération envers les femmes, et qu’elles peuvent être éradiquées par l’endoctrinement. Mais toute l’ingénierie sociale du monde ne peut changer le fait que les hommes traitent les femmes différemment de la manière dont ils traitent les autres hommes.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Les différences physiques entre les hommes et les femmes ont, malheureusement, trop souvent conduit l’institution militaire à mettre de côté, en pratique, l’essence même de la philia : l’impartialité et l’absence de favoritisme. C’est là le nœud du problème. Comme le faisait remarquer Webb : « dans un environnement militaire, l’impartialité n’est pas seulement cruciale, elle est véritablement la clef de voûte de l’édifice. » L’éthos militaire dépend de la conviction que les critères pour allouer le danger et la réputation, à la fois positivement et négativement, sont essentiellement objectifs.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Le favoritisme et le deux poids deux mesures sont fatales à la philia et aux phénomènes qui lui sont associés – la cohésion, le moral, la discipline – et qui sont essentiels pour le succès d’une organisation militaire. Sans surprise, le deux poids deux mesures engendre du ressentiment de la part du personnel militaire masculin, ce qui à son tour génère un cynisme général à propos du personnel militaire féminin, cynisme qui n’épargne pas celles qui n’ont pas bénéficié d’un traitement de faveur et qui remplissent brillamment leurs devoirs.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">L’institution militaire a crée deux types de deux poids deux mesures. Le premier réside dans la tendance à laisser les femmes, mais pas les hommes, tirer partie des différences sexuelles. Ainsi par exemple, le moral, la confiance et la cohésion ont souffert de ce que les hommes avaient l’impression que les femmes pouvaient tomber enceintes pour éviter certaines obligations ou pour éviter d’être envoyées en opération. Il y a quelques années, une vive controverse avait surgi à propos de l’allégation selon laquelle certaines femmes avaient été autorisées à poursuivre leur formation de pilote en dépit de performances pour lesquelles un homme aurait été renvoyé.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Le second type de deux poids deux mesures repose sur des exigences physiques différentes. La semaine dernière, après que le Secrétaire à la Défense Léon Panetta eut annoncé qu’il serait mis fin à l’interdiction de placer les femmes en situation de combat, mon ami le général de l’Air Force en retraite Charlie Dunlap, un ancien JAG et le directeur du Duke Law School’s Center on Law, Ethics and National Security, est intervenu : « la décision du Secrétaire Panetta de lever l’interdiction d’employer les femmes dans certaines positions de combat ne peut être raisonnable que pour autant que les exigences, physiques ou autres, pour servir à ces nouveaux postes ne sont pas abaissées. »</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Le problème est que le désir d’avoir des opportunités égales se transforme habituellement, en pratique, en une revendication d’avoir des résultats égaux. Par conséquent, il y a eu un abaissement des exigences pour s’adapter aux capacités physiques généralement plus faibles des femmes. Cela a eu deux conséquences.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">En premier lieu, les exigences ont été tellement réduites que, dans nombre de cas, les membres des forces armées ne sont plus préparés aux conditions pénibles auxquelles ils devront faire face dans l’armée ou dans la flotte. En second lieu – et ceci est encore plus fatal au moral et à la confiance – lorsque les exigences ne peuvent être changées et que les tests ne peuvent être éliminés, les scores à ces tests sont « sexo-normés » afin de dissimuler les différences qui existent entre les hommes et les femmes. Tous les services ont des normes physiques plus basses pour les femmes que pour les hommes. Deux décennies plus tôt, l’Académie militaire des Etats-Unis avait identifié 120 différences physiques entre hommes et femmes, sans même parler des différences psychologiques, ce qui avait débouché sur l’instauration d’un programme d’entrainement physiquement moins rigoureux à West Point afin de s’adapter aux cadets femmes.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Par exemple, le « Rapport de l’Académie Militaire sur l’Intégration et les Performances des Femmes à West Point » préparé en 1992 pour le Comité Consultatif de la Défense sur les Femmes dans les Forces Armées avait révélé que les scores pour les exercices physiquement exigeants étaient « sexo-normés » à West Point : une femme pouvait recevoir un A pour une performance qui aurait valu un D à un homme. Les femmes, dans la Marine, peuvent réaliser le score minimum au test d’aptitude physique en accomplissant 11% d’abdominaux en moins, 53% de pompes en moins  et en courant 2,5 km 27% plus lentement que les hommes. La pression politique est énorme pour éviter que les femmes n’échouent même avec ces exigences réduites.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Plaider contre la présence des femmes dans les unités de combat ne signifie nullement nier la contribution significative que celles-ci ont apporté à la défense de la nation. Au cours du siècle dernier, les femmes ont servi honorablement, avec compétence et bravoure, dans les guerres de ce pays. Mon expérience est que la grande majorité des femmes qui servent aujourd’hui dans les forces armées sont très professionnelles et ne veulent rien avoir à faire avec les deux extrêmes du féminisme que Jean Bethke Elshtain décrivait, il y a quelques années, dans Real Politics : at the center of everyday life, et que l’institution militaire passe son temps à essayer d’apaiser : « les féministes victimaires » et les « androgynistes répressives. »</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Je ne crois pas qu’il existe une forte demande de la part des femmes soldats pour rejoindre les rangs de l’infanterie. La capitaine Petronio fait le même constat. La pression vient plutôt de féministes professionnelles qui vivent encore dans les années 70 et d’un petit nombre de femmes officiers qui pensent que servir dans l’infanterie augmentera leurs chances d’être nommées général. Mais le Pentagone lui-même souligne que les femmes militaires sont déjà promues à des rythmes égaux ou plus rapides que ceux des hommes.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">En résumé, il n’existe aucune raison d’opérer un tel changement. Il ne rend pas l’institution militaire plus forte et risque au contraire de l’affaiblir en sapant les facteurs essentiels de l’efficacité en combat.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">___________</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">*Mackubin Thomas Owens est un ancien colonel des Marines, vétéran du Vietnam. Il est aujourd&rsquo;hui doyen associé et Professeur de Strategy à l&rsquo;école navale américaine. </span></p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
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		<title>Qui sont les Américains les plus riches ? Par Bernard Zimmern</title>
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		<pubDate>Wed, 17 Apr 2013 08:00:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Auteurs invites</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Vilipendés ou admirés, les entrepreneurs américains sont-ils pour autant connus ? Bernard Zimmern* s&#8217;est attaqué au mythe, dans un article initialement publié sur Emploi 2017, le blog de l&#8217;Institut de la Démographie des Entreprises (IRDEME). Contrairement aux croyances largement répandues, [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="wp_wikio_button_capsulewhite" style="float:right; margin-left:10px;"><script src="http://www.wikio.fr/getvote?style=capsulewhite&#038;url=http%3A%2F%2Flebulletindamerique.com%2F2013%2F04%2F17%2Fqui-sont-les-americains-les-plus-riches-par-bernard-zimmern%2F" type="text/javascript"></script></div>
<p style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #000000;">Vilipendés ou admirés, les entrepreneurs américains sont-ils pour autant connus ? Bernard Zimmern* s&rsquo;est attaqué au mythe, dans un article initialement publié sur <em><a href="http://www.emploi-2017.org/" target="_blank">Emploi 2017</a></em>, le blog de l&rsquo;Institut de la Démographie des Entreprises (IRDEME).</span></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Contrairement aux croyances largement répandues, le centile le plus riche des Américains n’est pas constitué des financiers de Wall Street mais aux trois quarts d’entrepreneurs individuels, à la tête d’entreprises non incorporées.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Ils ont débuté leurs entreprises sans s’embarrasser de statuts et sont parvenus dans le premier centile des plus riches par leur travail et en économisant. Mais ils possèdent plus de la moitié de la fortune industrielle des États-Unis et c’est donc d’eux que dépendent la croissance et l’emploi. Ceci peut expliquer la faible reprise de l’activité américaine malgré les vannes du crédit ouvertes par la Banque Fédérale si ces entrepreneurs n’ont pas confiance dans leur gouvernement et ne veulent plus prendre de risques.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #000000;">Un débat clé pour l’avenir de nos sociétés occidentales</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Ce débat a agité et continue d’agiter l’Amérique puisque Barack Obama réclame une taxation spéciale des millionnaires et qu’il est même question d’instituer aux USA un impôt sur la fortune.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #000000;">Un débat qui concerne la France</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Il n’aurait en effet guère d’incidence s’il s’agissait seulement de couper le superflu et, comme le suggèrent rien moins que deux prix Nobel, de punir les plus riches qui vivraient, au mieux d’une rente, au pire de l’exploitation de la sueur et du sang des plus pauvres.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Le hic, c’est que ce sont précisément les plus riches qui sont responsables de plus de la moitié de l’investissement dans les entreprises et l’emploi. Comme dans probablement la quasi-totalité des pays de l’Ouest. Et que comme l’a fort bien rappelé l’OCDE, la lutte contre les inégalités commence par un travail : « L’emploi est la voie la plus prometteuse pour réduire les inégalités. Le principal défi consiste à créer des emplois plus nombreux et de meilleure qualité, offrant de bonnes perspectives de carrière et des chances réelles d’échapper à la pauvreté » [1].</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #000000;">Les très riches Américains sont aux trois quarts, des entrepreneurs individuels, non incorporés.</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Pour savoir qui sont réellement ces super-riches, accapareurs ou fainéants, Il est intéressant de se plonger dans les travaux d’un chercheur, Edward N.Wolff, qui figure parmi ceux qui traque les inégalités depuis près de 20 ans.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Pour chiffrer la fortune des Américains et sa composition en fonction du niveau de fortune, il s’appuie sur les enquêtes du Survey of Consumer Finances effectué par le Federal Reserve Board, publiées tous les 2 ans et portant sur environ 5.000 ménages (avec échantillonnage spécial sur les ménages les plus riches pour tenir compte de leur petit nombre). Un des intérêts de ces enquêtes est qu’elles se sont répétées depuis 1983 et que le chercheur les commente et les analyse tous les 2 ans depuis 1994.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Ses travaux sont d’autant plus crédibles que Wolff appartient plutôt au clan des égalitaristes, comme d’autres membres de son université semble-t-il, qu’au clan des entrepreneurs.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Dans un rapport de 2010, il dévoile que 73,8% du patrimoine du 1% les plus riches [2] sont dans des « unincorporated business » [3], que nous croyons pouvoir traduire par entreprises individuelles, ces entreprises que leur fondateur n’a même pas constituées en sociétés à leur création mais tout simplement débuté en offrant ses produits ou services et qui sont restées sans statuts.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Le grand public non averti pourrait penser que la fortune industrielle américaine est dans les grandes entreprises cotées, les Google, General Electric, les 40 entreprises du Dow Jones ou les 100 du Nasdaq. Erreur. Elles ne constituent que 11,8% du patrimoine total américain et 16,8% si l’on inclue les actions indirectement détenus à travers les fonds de pension, les OPCVM, etc. contre 20,1% [4]pour le patrimoine représenté par les entreprises individuelles. Plus de la moitié du patrimoine industriel américain est donc dans des entreprises non incorporées. De même d’ailleurs qu’en France.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Dans son rapport 2010 sur les patrimoines 2007, Wolff confirme que les très riches américains sont ces créateurs d’entreprises individuelles, par cette phrase remarquable : « a somewhat startling 74 percent of the very rich reported owning their own business » [5].</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #000000;">Pourquoi les entrepreneurs individuels représentent 75% des plus riches Américains</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">C’est que la plus grande partie de la richesse d’une nation n’est pas créée par des élèves de grandes écoles ou universités, qui cherchent généralement des carrières sures au sein de grands groupes mais par des autodidactes qui, flair ou accident, débutent une activité en affichant simplement un panneau et ne s’embarrassent pas de statuts beaucoup trop compliqués ou coûteux. À force de travail et d’économies, leur activité grandit et ils finissent, aux USA, par constituer plus de 50% de l’actif industriel.</span></p>
<p style="text-align: justify;">On en trouve confirmation dans les travaux d’un autre chercheur [6].</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">C’est qu’un entrepreneur individuel ne peut généralement compter que sur lui-même – et son entourage familial –, pas sur les institutions financières, pour survivre en cas de retournement de la conjoncture économique et qu’il est donc conduit à accumuler de la richesse, à épargner, à s’enrichir au maximum, en vivant s’il le faut chichement, comme Sam Walton, le fondateur de la plus grande chaîne de distribution Wallmart qui roula dans sa vieille Ford plus de 20 ans, jusqu’à sa mort.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="color: #000000;">Les entrepreneurs individuels, le facteur clé de la croissance, qui manque actuellement</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">En 2007, c’est pourtant ce 1% des plus riches qui représente 49,3% de toutes les actions et fonds communs de placement, 60,6% des placements financiers, 62,4% du « business equity » [7], donc représente plus de la moitié de la fortune industrielle américaine. Page 19 de son édition 2012, Wolff va même plus loin et rappelle que « comme montré tableau 6, les foyers du centile le plus riche (rangés par patrimoine) investissaient plus des trois quarts de leurs économies dans la propriété immobilière, les entreprises, des actions de sociétés et des placements financiers ».</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Ce qui nous conduit à penser que si la reprise américaine est si lente et si hésitante malgré les vannes de crédit largement ouvertes par la Federal Reserve, ce n’est pas que les circuits bancaires manquent de capitaux, c’est que les principaux agents de la croissance qui sont ces entrepreneurs américains, qui ont fait leur fortune généralement en partant de rien, ces riches américains n’ont plus confiance dans leur gouvernement et gardent leur fortune plutôt que de la risquer.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">______________</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">*Bernard Zimmern, X et ENA, a fondé la Fondation iFRAP et l&rsquo;IRDEME. Il est l&rsquo;auteur de nombreux ouvrages, dont La dictature des syndicats (Albin Michel, 2003). A lire : &laquo;&nbsp;<em><a href="http://lebulletindamerique.com/2011/06/03/bernard-zimmern-think-tanks-et-business-angels-sont-les-deux-cles-de-lamerique/" target="_blank">Philanthropie et politiques publiques : entretien avec Bernard Zimmern</a></em>&laquo;&nbsp;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">______________</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">[1]  OCDE (2011) &laquo;&nbsp;Toujours plus d’inégalité : Pourquoi les écarts de revenus se creusent&nbsp;&raquo; www.oecd.org/els/social/inegalite</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">[2] Pour éviter toute ambiguïté, il écrit lui-même que les très riches sont les 1% les plus riches, pas les 10% ou tout autre décile.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">[3] table 6 page 49« Recent Trends in Household Wealth in the United States » 2010 Edward N. Wolff. Levy Economics Institute of Bard College</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">[4] page 16, ibid</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">[5] page 16, même document</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">[6] « Entrepreneurship, Business Wealth, and Social Mobility » par Gabriel Basaluzzo UT Austin / ITAM</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">[7] table 9 ibid</span></p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
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		<title>USA: bilan après 3 années d&#8217;Obamacare</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Apr 2013 09:02:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Auteurs invites</dc:creator>
				<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Politique économique]]></category>
		<category><![CDATA[CATO]]></category>
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		<description><![CDATA[Trois ans après avoir été lancée, l&#8217;Obamacare déçoit : destructrice d&#8217;emploi et de la qualité des services, elle coûte très cher au contribuable américain. Article traduit par Lucas Heslot pour Le Bulletin d’Amérique avec l&#8217;aimable autorisation des éditeurs. Titre original [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="wp_wikio_button_capsulewhite" style="float:right; margin-left:10px;"><script src="http://www.wikio.fr/getvote?style=capsulewhite&#038;url=http%3A%2F%2Flebulletindamerique.com%2F2013%2F04%2F03%2Fusa-bilan-apres-3-annees-dobamacare%2F" type="text/javascript"></script></div>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><strong>Trois ans après avoir été lancée, l&rsquo;Obamacare déçoit : destructrice d&rsquo;emploi et de la qualité des services, elle coûte très cher au contribuable américain. Article traduit par Lucas Heslot pour <em>Le Bulletin d’Amérique</em> avec l&rsquo;aimable autorisation des éditeurs. Titre original : <em><a href="http://www.nationalreview.com/articles/344033/three-years-broken-promises-michael-tanner" target="_blank">Three Years of Broken Promises</a></em>.</strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.nationalreview.com/articles/344033/three-years-broken-promises-michael-tanner"><span style="color: #000000;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-5856" title="NRO" src="http://lebulletindamerique.institutcoppet.org/wp-content/uploads/2013/04/NRO-300x34.jpg" alt="" width="300" height="34" /></span></a></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Par Michael D. Tanner* &#8212; La Loi pour la protection des patients et des soins abordables, alias <em>Obamacare</em>, fêtera ses trois ans cette semaine. Mais contrairement au bon vin, elle vieillit mal. Un torrent d’études et de rapports ont récemment fourni de nouvelles preuves — comme si nous en avions encore besoin — pour rappeler qu’à peu prêt tout ce qui a pu en être dit était faux.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Comparez ces promesses à ce que nous avons découvert sur cette loi ces deux derniers mois :</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">“<em>Si vous aimez votre médecin, vous pourrez garder votre médecin, c’est tout. Si vous aimez votre assurance santé, vous pourrez garder votre assurance santé, c’est tout</em>.” — Président Obama, le 15 juin 2009.</span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Il est de plus en plus difficile pour les citoyens de faire ce que le Président a promis. Selon le cabinet californien de conseil en soins de santé <em>HealthPocket</em>, dans une étude publiée ce mois-ci et portant sur plus de 11 000 contrats d’assurance du marché des particuliers, moins de 2% des contrats actuels sont conformes aux exigences de prestations de la loi. Alors que ceux-ci sont techniquement des droits acquis, autorisant pour l’instant les gens à les garder, n’importe quelle révision ou changement dans le contrat exige de la couverture de se conformer à la loi, même si cela implique une hausse de prix incluant de nouvelles prestations inutiles. Par ailleurs, puisque les contrats non-conformes ne peuvent accepter de nouveaux clients, la plupart des couvertures existantes vont sûrement disparaître, obligeant leurs actuels clients à en changer.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">La même chose s’applique à la plupart des contrats professionnels, particulièrement pour les employeurs de petites entreprises. Dans une enquête se penchant sur les PME, la Fédération Nationale des Entreprises Indépendantes (NFIB) a découvert que 12% des sociétés ont déjà été averties du fait que leur couverture actuelle sera annulée ou non renouvelée pour non respect des exigences de l’<em>Obamacare</em>.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Dans le même temps, le Bureau au Budget du Congrès (CBO) a revu ses prévisions du nombre d’Américains qui se verront séparés de l’assurance maladie de leur employeur, les  faisant passer de 4 à 7 millions.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Et cela pourrait aussi devenir de plus en plus difficile de garder votre médecin, ou au moins de pouvoir le voir assez rapidement. Parce que la Loi restreint les possibilités de remboursement au médecin, la médecine pourrait devenir une profession moins attrayante. Une </span><a href="http://www.deloitte.com/assets/Dcom-UnitedStates/Local%20Assets/Documents/us_lshc_PhysicianPerspectives_121211.pdf" target="_blank"><span style="color: #000000;">recherche</span></a><span style="color: #000000;"> sur les médecins conduite par Deloitte a trouvé que 59% d’entre eux s’attendaient à voir certains docteurs partir en retraite anticipée à cause de la loi sur l’assurance maladie, ainsi que voir les autres réduire leurs heures.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Au même moment, en augmentant les couvertures, l’<em>Obamacare</em> va augmenter la demande pour les services d’assurance santé. Il n’est pas nécessaire d’être un génie en économie pour prédire ce qui arrive si vous augmentez la demande tout en réduisant l’offre dans un marché où le prix ne peut s’ajuster : vous obtenez des pénuries. Mais si vous désirez une preuve, regardez le Massachusetts, où, sous <em>Romneycare </em>(N.d.t : le projet de santé mis en place par le Gouverneur et candidat à la présidentielle 2012 Mitt Romney), la moyenne du temps d’attente pour voir un médecin de premiers-soins est passé de 33 à 55 jours.</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">“<em>Cette loi va faire baisser les prix et rendre la couverture plus abordable pour les familles et les petites entreprises</em>.” — Président Obama, le 22 juin 2010.</span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">On peut pardonner au président Obama d’avoir déclaré dans un des débats présidentiel de 2008 que la réforme de la santé ferait économiser à chaque famille 2 500 dollars par an en prime d’assurance. Cette loi, avec tous ses compromis, peut être différente de ce qu’il aurait imaginé à ce moment là. Mais comme le montre la citation ci-dessus, le Président a prononcé des déclarations similaires depuis que la loi est passée.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Les prix de l’assurance santé ont en effet augmenté moins vite ces trois dernières années, un fait que l’administration a crié haut et fort. Mais presque tous les observateurs attribuent ce ralentissement à la récession. La plupart des analystes, mêmes ceux du gouvernement, s’attendent à ce que les prix des assurances santé augmentent beaucoup plus fortement à l’avenir.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Et malgré le ralentissement général de la hausse des prix, les primes s’apprêtent à monter en flèche. Selon le <em><a href="http://online.wsj.com/article/SB10001424127887324557804578374761054496682.html" target="_blank">Wall Street Journal</a></em>, les assureurs nous préviennent que la promulgation de certaines dispositions de la loi l’an prochain pourrait doubler les primes de certaines personnes ou petites entreprises. Bien-entendu, ce sont les scénarios les plus pessimistes, mais il n’y a aucun doute sur le fait que cette loi augmente les primes des petites entreprises ou de ceux qui souscrivent eux mêmes à leur propre assurance. Les jeunes en bonne santé (et les entreprises avec de la main-d’oeuvre jeune et en bonne santé) </span><a href="http://www.contingenciesonline.com/contingenciesonline/20130102#pg33" target="_blank"><span style="color: #000000;">subiront</span></a><span style="color: #000000;"> les plus augmentations les plus importantes.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Bien sûr, les défenseurs de cette loi pointent le fait qu’une partie de l’augmentation du prix sera compensée par les nouvelles subventions que celle-ci prévoit. Mais cela ne fait que déplacer le fardeau des clients vers le contribuable. Le coût moyen prévu d’une subvention augmentera en 2014 de 700 dollars (comparé aux estimations de l’année dernière), et dépasse maintenant les 5 500 dollars. En effet, selon le Bureau au Budget du Congrès, le prix total des subventions d’<em>Obamacare</em> a augmenté de 125 milliards d’une année sur l’autre, par rapport aux estimations initiales.</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">“<em>Cette législation va aussi baisser les prix pour&#8230; le gouvernement fédéral, réduisant notre déficit de prêt de 1 000 milliards dans les deux prochaines décennies. C’est payé. C’est financièrement responsable</em>.” Président Obama, sur sa signature du <em>Affordable Care Act</em>.</span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">On se demande comment les défenseurs de l’<em>Obamacare</em> peuvent continuer à déclarer de telles choses tout en restant sérieux. Il est évident, depuis longtemps, que les coûts du projet de loi ont été grossièrement sous-estimés, laissant de côté plus de 115 milliards de dollars de coûts de mise en oeuvre, ou par exemple le comptage en double des économies sur <em>Medicare</em>, et en s’appuyant sur des économies que même les analystes du gouvernement pensent peu probables.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Le sénateur Jeff Sessions, dans une analyse basée sur des informations fournies plus tôt ce mois-ci par le service d&rsquo;audit du Congrès (le <em>Government Accountability Office</em>), a découvert que l’<em>Obamacare</em> augmenterait la dette nationale de 1 400 milliards dans les dix prochaines années, et de 6 200 milliards sur 75 ans. C’est vrai, comme l’a fait remarquer le GAO, que ce n’est qu’une interprétation des données (bien qu’ils la considèrent “raisonnable”), mais le scénario que le sénateur Sessions énonce reflète les préoccupations exprimées par les agents liés à <em>Medicare</em>. Le Bureau au Budget du Cognrès et le bureau du président des actuaires admettent que les mécanismes visant à limiter les coûts liés à la loi sur l’assurance maladie ne tiendront pas au fil du temps. Même si l’analyse du sénateur Sessions est invalidée par quelques centaines de milliards, il est exagéré d’appeler l’<em>Obamacare</em> “financièrement responsable”.</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">“<em>C’est pour l’emploi&#8230; Cette loi va créer 4 millions d’emplois, et 400 000 emplois quasi-immédiatement</em>.” Nancy Pelosi, le 25 février 2010.</span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Pendant ce temps, les preuves continuent de tomber, démontrant que l’<em>Obamacare</em> est destructeur d’emploi. Par exemple, une nouvelle étude de la Fédération Nationale des Entreprises Indépendantes prédit que l’<em>Obamacare</em> se résultera par une perte de 146 000 à 262 000 emplois dans le secteur privé d’ici 2022, avec 59% des pertes venant des petites entreprises. C’est approximativement 20 000 emplois perdus en plus que ce que la NFIB avait précédemment prévue, en 2011.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Une autre étude récente, de l’<em>International Franchise Association</em>, prévient que l’Obamacare met plus de 3,2 millions d’emplois en situation précaire, particulièrement dans les secteurs de la restauration. Jusqu’à un tiers des emplois franchisés dans chaque État pourrait être détruit, les plus touchés étant la Californie, la Floride et la Pennsylvanie.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Encore pire, l’édition de mars du “livre beige” de la Réserve Fédérale, une compilation de sondages régionaux liés à l’économie, signale que les employeurs continuent de citer l’<em>Obamacare</em> et l’incertitude sur la hausse du coût de l’assurance maladie comme une raison de ne pas embaucher à la suite de la récession. “Les employeurs de plusieurs districts,” nous dit le rapport, “ont cité les effets inconnus de l’<em>Affordable Care Act</em> comme une explication aux licenciements prévus et à leur réticence à engager plus de main d’oeuvre.”</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Il est difficile d’imaginer comment l’<em>Obamacare</em> pourrait un jour créer de l’emploi, considérant l’énorme fardeau qu’il fait porter au secteur privé. Selon une étude publiée cette semaine par l’<em>American Action Forum</em>, la loi sur l’assurance maladie a déjà pour résultat d&rsquo;ajouter plus de 111 millions d’heures en paperasse administrative aux entreprises américaines, et au prix de plus de 30 milliards de dollars. Ce sont 30 milliards qui ne seront pas consacrés à la création d’emploi.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Bien sûr, cela ne prend pas en compte les effets des 1 000 milliards de nouvelles taxes que l’<em>Obamacare</em> impose dans les dix prochaines années.</span></p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">“<em>Une assurance maladie abordable et de qualité pour tous les Américains</em>” — Premier intitulé du <em>Patient Protection and Affordable Care Act</em></span></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Tous les Américains? On en est loin. Les dernières estimations du Bureau au Budget du Congrès suggèrent qu’en 2023, plus de 30 millions d’Américains seront toujours dépourvus d&rsquo;assurance. Pour tout le dérangement et les coûts causés par l’<em>Affordable Care Act</em>, plus de la moitié des non assurés d’aujourd’hui ne le seront toujours pas dans dix ans. De plus, seulement 25 millions d’entre eux bénéficieront d’une assurance décente (et subventionnée). Les 12 millions restant sont tout simplement renvoyés à <em>Medicaid</em>, pas vraiment connu pour la qualité de ses soins (les bénéfices des patients de <em>Medicaid</em> sont en fait, selon certaines mesures, pires que ceux des non assurés). D’après le CBO, d’ici la fin de la décennie, près de 11 millions d’américains ne bénéficieront plus d’une assurance maladie privée et non subventionnée.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">Une fois encore, on nous a dit qu’il fallait faire passer cette loi pour savoir ce qu’elle contenait. Alors que l’<em>Obamacare</em> prend de l’âge, nous découvrons la réponse : des promesses non tenues.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">__________________________</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;">*Michael D. Tanner est <em>Senior Fellow</em> au CATO Institute. Il est l&rsquo;auteur de plusieurs ouvrages, notamment </span><a title="http://www.catostore.org/index.asp?fa=ProductDetails&amp;method=cats&amp;scid=43&amp;pid=1441337" href="http://www.catostore.org/index.asp?fa=ProductDetails&amp;method=cats&amp;scid=43&amp;pid=1441337" target="_blank"><span style="color: #000000;"><em title="http://www.catostore.org/index.asp?fa=ProductDetails&amp;method=cats&amp;scid=43&amp;pid=1441337">Leviathan on the Right: How Big-Government Conservatism Brought Down the Republican Revolution</em></span></a><span style="color: #000000;"> (2007).</span></p>
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		<title>La dette américaine sera t-elle réduite ?</title>
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		<pubDate>Wed, 27 Mar 2013 07:58:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lucas Heslot</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La dette américaine avoisine 17 000 milliards de dollars. Alors que l&#8217;administration Obama tergiverse et accentue le déficit, plusieurs plans ont été élaborés par des élus républicains Par Lucas Heslot &#8212; Les questions budgétaires divisent l’Amérique. Certes, depuis 2011, de [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<div class="wp_wikio_button_capsulewhite" style="float:right; margin-left:10px;"><script src="http://www.wikio.fr/getvote?style=capsulewhite&#038;url=http%3A%2F%2Flebulletindamerique.com%2F2013%2F03%2F27%2Fla-dette-americaine-peut-elle-etre-reduite%2F" type="text/javascript"></script></div>
<p style="text-align: justify;"><strong>La dette américaine avoisine 17 000 milliards de dollars. Alors que l&rsquo;administration Obama tergiverse et accentue le déficit, plusieurs plans ont été élaborés par des élus républicains</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Par Lucas Heslot &#8212; Les questions budgétaires divisent l’Amérique. Certes, depuis 2011, de minces coupes dans les dépenses ont été mises en œuvre, mais cela reste insuffisant à contrecarrer l’augmentation du poids de l’Etat, devenu un boulet à la cheville des producteurs. Ces coupes révèlent cependant une austérité de plus en plus incontournable —et nécessaire, si l’on ne veut pas sacrifier la croissance à long terme—, et les voix de quelques républicains commencent à se faire entendre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Paul Ryan, l&rsquo;équilibre budgétaire en dix ans</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le républicain <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Ryan">Paul Ryan</a>, colistier de Mitt Romney aux élections présidentielles de 2012 et membre de la chambre des représentants, a proposé aux sénateurs un plan de réformes ramenant le budget à l’équilibre d’ici 2023 (<a href="http://budget.house.gov/uploadedfiles/pathtoprosperity2013.pdf">voir le PDF</a>), grâce notamment à la refonte des programmes Medicare/Medicaid et à l’abrogation de l’Obamacare. Malgré cette bonne volonté affichée, le plan Ryan présente de nombreux défauts, échouant à établir un consensus dans un sénat à majorité démocrate.</p>
<p style="text-align: justify;">Premièrement, le plan prévoit une croissance de 3% par an. Une prédiction très optimiste ayant peu de chances de se réaliser, remettant potentiellement en question toute la crédibilité de son agenda. Deuxièmement, ses concessions déplaisent à de nombreux républicains, notamment l&rsquo;acceptation des 600 milliards de hausses d’impôts héritées du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9cipice_fiscal_des_%C3%89tats-Unis">fiscal-cliff</a>, et le fait que les dépenses fédérales ne soient pas à proprement parler réduites, mais seulement ralenties.</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré cela, le plan Ryan refuse toute augmentation d’impôts dans les prochaines années, et inclut une réforme fiscale &laquo;&nbsp;pro-croissance&nbsp;&raquo; qui réduirait les taux tout en élargissant l’assiette. Cela représente 1 000 milliards de taxes en moins sur 10 ans que la politique d’Obama. Alors que les acteurs de l’économie ont besoin de stabilité, ces points ne sont pas négligeables et s’inscrivent dans un ensemble apportant direction, cohérence et clarté <a href="http://blog.heritage.org/2012/01/20/1000-days-without-a-budget-facts-on-the-senates-failure/">que le sénat échoue à apporter depuis 5 ans</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces mesures viennent aussi en opposition au projet des démocrates, <a href="http://edition.cnn.com/2013/03/23/politics/senate-budget-bill/index.html">tout juste adopté par le sénat</a>, qui augmente <a href="http://blog.heritage.org/2013/03/21/senate-budget-tax-plan-slowing-opportunity-for-americans-to-grow-income/">tout simplement les impôts</a> plutôt que de réfléchir à une réduction des dépenses. Toutefois, à trop vouloir contenter tout le monde, Paul Ryan risque bien de ne contenter personne, et des visions beaucoup plus radicales et déterminées émergent.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Un plan de réforme radical : Rand Paul</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Rand Paul, fils du désormais célèbre Ron Paul, sénateur républicain et libertarien, a présenté son plan de rigueur ce mois-ci au Sénat (<a href="http://www.paul.senate.gov/files/documents/FY2014Budget.pdf">voir le PDF</a>). Au programme : réforme des programmes fédéraux, suppression pure et simple de ministères comme l’éducation, le commerce ou l’énergie, instauration d’une <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Imp%C3%B4t_%C3%A0_taux_unique">flat tax</a> — baisse des taux d’impositions, élargissement de l’assiette fiscale et suppression de la progressivité de l’impôt—, privatisations, réforme des réglementations pour libérer le commerce et même gel des aides internationales. Ainsi l’équilibre serait atteint en seulement cinq ans, arrivant même à un excédent de 17 milliards en 2018. La dépense fédérale serait ramenée à 19% du PIB, et la dette serait déjà réduite de 1 800 milliards dans dix ans.</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré le <a href="http://www.theglobaldispatch.com/rand-pauls-fy2014-budget-a-clear-vision-to-revitalize-america-doesnt-pass-the-senate-with-a-vote-of-18-81-22921/">rejet</a> de son plan par le Sénat, Rand Paul devrait être pris très au <a href="http://www.politico.com/story/2013/03/5-reasons-why-you-should-take-rand-paul-seriously-89105.html">sérieux</a>. Après s&rsquo;être fait remarqué pour avoir <a href="http://lebulletindamerique.com/2013/02/20/rand-paul-rend-600-000-au-tresor-americain/">remboursé</a> 600.000 $ d&rsquo;économies sur son budget de Sénateur au Trésor américain et après avoir prononcé un discours dit de &laquo;&nbsp;piraterie parlementaire&nbsp;&raquo; [<em>filibuster</em>] de 13 heures à la chambre haute pour attirer l&rsquo;attention du public sur l&rsquo;utilisation de drones sur le territoire américain, Paul est arrivé en tête du &laquo;&nbsp;vote de paille&nbsp;&raquo; de l’édition 2013 de la très populaire Conférence conservatrice (<a href="http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Monde/article/detail/1598065/2013/03/17/Rand-Paul-et-Marco-Rubio-recoivent-les-preferences-des-republicains.dhtml">CPAC 2013</a>). Il fait aujourd&rsquo;hui figure de favori du mouvement conservateur pour la présidentielle de 2016. Celui-ci a récemment déclaré sur <em>Fox News</em> être &laquo;&nbsp;intéressé&nbsp;&raquo; par une éventuelle <a href="http://www.foxnews.com/politics/2013/03/24/rand-2016-sen-paul-signals-interest-in-presidential-run/?test=latestnews">candidature</a>: &laquo;&nbsp;j&rsquo;ai toujours dit avoir envie de participer au débat national&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>En attendant 2016</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Indéniablement, la politique américaine ne cesse de se polariser. La mésentente entre républicains et démocrates autour de la réduction du déficit laisse intact le poids de l’Etat fédéral et met en péril la croissance de l’économie américaine — et mondiale. Les prochaines échéances électorales refléteront deux visions profondément antagonistes, l’une interventionniste et dépensière, et l’autre libérale-conservatrice.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant, l’Amérique ne peut s’offrir le luxe de fuir l’urgence, la dette US ayant dépassée 100% du PIB, et la dépense publique en drainant 41%. Or, la première commence à peser durablement sur la croissance au-delà de 90%, et la deuxième perd sérieusement de son efficacité au-delà de 40% (à voir, les études <em><a href="http://fr.scribd.com/doc/25734670/Reinhart-Rogoff-Growth-in-a-Time-of-Debt">Growth in A Time of Debt</a></em> et <em><a href="http://ec.europa.eu/economy_finance/publications/publication11902_en.pdf">The Effectiveness and Efficiency of Public Spending</a></em>).</p>
<p style="text-align: justify;">Des pistes sont à étudier, comme la possibilité de tailler dans des programmes inefficaces car contre-productifs : les subventions à l’agriculture, à l’énergie, à l’immobilier ou à l’éducation représentent 116 milliards de dollars par an, et feraient économiser plus de 1 000 milliards sur dix ans. Les privatisations de secteurs publics comme la poste, le contrôle du trafic aérien ou les transports ferroviaires (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Amtrak">Amtrak</a>) sont aussi des pistes à envisager – d’autant plus qu’elles ont été réalisées avec succès en Nouvelle-Zélande, en Allemagne ou au Canada.</p>
<p style="text-align: justify;">À long terme, une bonne chose à faire serait d’imposer au Congrès de supprimer chaque année les programmes fédéraux inutiles et de restructurer ceux restants, ce qui permettrait de faire des économies durables et de pallier à l’augmentation quasi inéluctable de la dépense publique. Il est aussi nécessaire d’ouvrir un débat national sur le rôle de l’Etat, comme l’ont fait les conservateurs en 1996 pour aboutir à la réforme de l’Etat-providence.</p>
<p style="text-align: justify;">Les travaux de parlementaires comme Paul Ryan et Rand Paul vont dans le bon sens et sont de grandes avancées dans la crise budgétaire que traverse les Etats-Unis. Ils dévoilent l’état d’esprit des Républicains ainsi que leurs priorités, et montrent que le parti prend la mesure de ses responsabilités pour les décennies à venir.</p>
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