A la une Idées & théorie politique — 28 février 2013
Parenté, homoparentalité: effets identiques ?

Pour le sociologue Mark Regnerus, de l’Université d’Austin au Texas, auteur d’une étude âprement commentée portant sur la différence des enfants de parents homosexuels*, il est nécessaire de cesser de présupposer que ces enfants se portent bien. Cette tribune a été publiée par Slate.com en juin dernier. Titre original : Queers as Folk (du nom d’une série télévisée populaire outre-Atlantique). Traduit de l’Anglais par Iseult Sicard.

Par Mark Regnerus — Non loin derrière le débat sur l’égalité du mariage, une préoccupation de longue date demeure au sujet des enfants. Parents et défenseurs de tous bords se demandent, et même s’inquiètent, pour savoir si les enfants de parents gays et lesbiens s’avéreront « différents. » Vraiment différents, pas simplement étranges ou marginaux. En particulier, des spécialistes de la famille se sont intéressés de près aux dynamiques familiales spécifiques qui pourraient affecter de tels enfants, comme le nombre et le sexe de leurs parents, leurs relations génétiques, ainsi que les changements de foyer subis par les enfants.

Jusqu’à une période récente, la plupart des spécialistes de la famille affirmaient de façon constante (et publique) la stabilité élevée et les bénéfices sociaux d’un foyer marié, hétérosexuel, biologique et composé de deux parents, par opposition aux mères célibataires, concubins, parents adoptifs ou divorcés, et tacitement aux parents gays et lesbiens. Par exemple, dans leur livre Grandir avec un parent célibataire (Growing up with a single parent), paru en 1994, les sociologues Sara McLanahan et Gary Sandefur écrivaient : « si on nous demandait de concevoir un modèle qui assurerait la satisfaction des besoins de base de l’enfant, nous serions probablement arrivés à quelque chose d’assez proche de l’idéal des deux parents. » Les autres structures familiales étaient toutes largement perçues comme incomplètes – voir très incomplètes — dans un grand nombre de domaines relevant de l’éducation, tels que la réussite scolaire, les problèmes de comportement et le bien-être émotionnel. Alors que beaucoup d’entre nous avaient des preuves anecdotiques ou des expériences personnelles démontrant le contraire, les sciences sociales concernant le sujet étaient claires : quand la mère et le père restent ensemble, l’enfant a tendance à être, selon les mots de Garrison Keilor, « supérieurs à la moyenne ». Les beaux parents et les mères célibataires s’étaient habitués à la rengaine leur répétant que leur travail était rude. Idem pour les parents lesbiens et gays.

Cependant, les choses ont commencé à changer en 2001 avec la publication d’un article paru dans l’American Sociological Review. Bien qu’il semblait y avoir quelques différences entre les enfants de foyers homosexuels et hétérosexuels, celles-ci n’étaient pas aussi nombreuses que les spécialistes de la famille avaient pu s’y attendre. De plus, certaines différences — comme l’inclination vers une expérience homosexuelle —  n’avaient plus à être perçues comme des déficits dans un âge éclairé comme le nôtre. C’est ainsi que la sagesse populaire a affirmé qu’il n’existait aucune différence dans le devenir des enfants de parents de même sexe. Cette phrase est apparue des douzaines de fois dans des études, rapports, dépositions et articles, ainsi que dans d’innombrables emails ou débats Facebook.

« Dix ans plus tard, le discours est allé encore plus loin en suggérant que les parents de même sexe étaient en réalité plus compétents que les parents hétérosexuels. »

Dix ans plus tard, le discours est allé encore plus loin en suggérant que les parents de même sexe étaient en réalité plus compétents que les parents hétérosexuels. Une deuxième recherche a ainsi affirmé que les parents « non hétérosexuels » profitaient, en moyenne, considérablement davantage de leur relation avec leurs enfants que des couples hétérosexuels. Aussi les enfants, dans une famille de parents de même sexe, ne montraient-ils aucune différence dans les domaines de développement cognitif, d’ajustement psychologique et d’identité sexuelle. Un peu plus loin était noté qu’il n’y avait pas d’abus sexuels dans les familles de couples lesbiens. L’information fut largement diffusée.

Cet argumentaire mena à un nouvel article scientifique portant sur le genre et les parents en 2010. Les sociologues Judith Stacey et Tim Biblarz soutinrent ouvertement que :

« En se basant strictement sur les travaux scientifiques publiés, il serait possible d’affirmer que deux parents femme sont meilleurs en moyenne qu’une femme et un homme, ou du moins qu’une femme et un homme fonctionnant selon une division traditionnelle du travail. Les couples lesbiens semblent surpasser un couple marié comparable et des parents biologiques sur de nombreux points, même en étant privés des privilèges considérables du mariage. »

L’affaire était considérée comme réglée. En réalité, il n’y avait là rien de nouveau pour les psychologues, puisque l’Assocation des Psychologues Américains (APA) avait publié en 2005 un rapport sur la parentalité lesbienne et gay affirmant que « pas une seule étude n’a trouvé que des enfants issus de parents gays ou lesbiens étaient désavantagés en quelque aspect que ce soit par rapport aux enfants de parents hétérosexuels. »

« Le basculement accompli par l’ensemble du discours académique autour de la comparaison des compétences des parents gays et lesbiens (…) est notable et franchement un peu suspecte »

Le basculement accompli par l’ensemble du discours académique autour de la comparaison des compétences des parents gays et lesbiens — passant d’une large acceptation des risques à une reconnaissance d’une absence totale de différences par rapport aux familles classiques — est notable et franchement un peu suspecte. Les vérités scientifiques changent rarement en une décennie. En comparaison, les études sur l’adoption — une méthode courante par laquelle de nombreux couples de même sexe (mais encore plus de couples hétérosexuels) deviennent parents — ont révélé, en moyenne, de façon constante et répétitive, des différences importantes entre les enfants adoptés et les enfants biologiques. Les différences ont été si persuasives et consistantes que les experts de l’adoption insistent maintenant sur le fait que « la reconnaissance de la différence» est essentielle pour les parents et les médecins quand ils travaillent sur des enfants adoptés et des adolescents. Cela devrait donner des raisons à ces scientifiques de marquer un peu le pas, au lieu de suivre cette unanimité croissante. Après tout, de nombreux enfants de parents lesbiens et gays sont adoptés.

« Au lieu de s’appuyer sur de petits échantillons (…) mes collègues et moi avons passé en revue et au hasard plus de 15 000 Américains âgés entre 18 et 39 ans »

Cependant, un plus grand nombre d’entre eux sont des enfants de familles monoparentales, et sont nés selon les méthodes de la vieille école. C’est une des conclusions de l’Etude sur les Nouvelles Structures Familiales (New Family Structure Study), un article de synthèse paru dans le numéro de Juillet de la revue Social Science Research. Au lieu de s’appuyer sur de petits échantillons, ou sur la question de savoir quelle était l’orientation sexuelle des résidents des ménages de ces données de recensements, mes collègues et moi avons passé en revue et au hasard plus de 15 000 Américains âgés entre 18 et 39 ans pour leur demander si leur mère ou leur père biologique avait déjà eu une relation amoureuse avec une personne de même sexe. J’ai réalisé que le fait de n’avoir qu’une seule relation avec une personne de même sexe ne faisait pas nécessairement d’une femme une lesbienne. Mais notre équipe de recherche était moins concernée par les théories compliquées sur l’identité sexuelle que par le comportement homosexuel.

Les principaux résultats remettent en question de simples notions, comme l’idée qu’il n’existe aucune différence, au moins en ce qui concerne la génération qui a quitté le foyer familial. Sur 25 des 40 résultats évalués, les enfants de femmes qui ont eu des relations homosexuelles se conduisent différemment par rapport à ceux qui ont grandi dans une famille stable, biologiquement intacte, composée d’un père et d’une mère. Les chiffres sont à cet égard plus comparables à ceux des familles recomposées et des familles monoparentales. Même après avoir inclus des contrôles d’âge, de race, de sexe, et des faits tels qu’être malmené pendant la jeunesse, ou la degré de sympathie de leur Etat pour les gays [Etat fédéré, ndlr.], les sondés étaient plus susceptibles de déclarer avoir été au chômage, en moins bonne santé, plus déprimés, plus susceptibles de tromper leurs époux(se) ou partenaire, de fumer de l’herbe,  d’avoir des ennuis avec la loi, de dénombrer d’avantage de partenaires sexuels, de subir une victimisation sexuelle… Ils ont aussi tendance à renvoyer une image négative de leur enfance, entre autres.

Pourquoi des différences si dramatiques me diriez-vous ? Je ne peux que supposer, puisque les informations sont insuffisantes pour en expliquer les causes. Un des thèmes notables cependant, parmi ces adultes ayant grandis dans des familles de parents de même sexe, est l’instabilité du foyer — une grande instabilité. Les enfants de pères ayant eu des relations homosexuelles s’en sortent un peu mieux, mais déclarent rarement avoir vécu avec leur père pour longtemps, et jamais avec leur partenaire pour plus de trois ans.

Alors pourquoi cette étude arrive t-elle à des résultats si différents par rapport aux travaux antérieurs réalisés dans le même domaine ? Et pourquoi une étude devrait-elle tant changer les intuitions précédentes ? Fondamentalement, la raison est que nous avons suivi de meilleures méthodes.

« Les méthodes minutieuses et d’échantillonage aléatoire utilisées en démographie ont été rarement utilisées »

Les méthodes minutieuses et d’échantillonage aléatoire utilisées en démographie ont été rarement utilisées quand il s’agit d’évaluer la façon dont les enfants de parents homosexuels se portent, en raison notamment de la difficulté à localiser et sonder de petites minorités au hasard. A la place, la communauté scientifique a souvent utilisé de petites études non aléatoires, de proximité, portant sur des couples lesbiens diplômés et issus de populations blanches. Les sociologues ont aussi utilisé des données dont les participants savaient qu’ils contribuaient à des études importantes, aux conséquences politiques potentielles, et où la probabilité de quelque chose ressemblant à un « effet Hawthorne » était grande [modification comportementale due au fait de savoir d'être étudié, ndlr.]. Ceci n’est pas vraiment un environnement optimal pour rassembler des informations impartiales. (A leur crédit, il faut souligner que de nombreux chercheurs admettent ces défis.) Je ne prétends pas que toutes les recherches antérieures sur le sujet aient été fausses. Mais les études de petite taille ou non aléatoires ne doivent pas être l’étalon-or de la recherche, d’autant plus lorsque nous avons affaire à un sujet tant lié à l’intérêt public.

« 28% des enfants, aujourd’hui à l’âge adulte, de femmes qui ont eu des relations homosexuelles sont actuellement sans emploi, comparativement à 8% des personnes mariées hétérosexuelles »

Pour améliorer la science et tester la théorie de l’absence de différences, [notre étude] a recueilli des données à partir d’un large panel aléatoire de jeunes adultes américains et leur a posé des questions sur leur vie et sur leur enfance. Lorsqu’ils ont été interrogés simplement et brièvement sur la question de savoir si leur mère et/ou leur père avaient eu une relation sérieuse avec un partenaire de même sexe, 175 ont répondu par l’affirmative pour leur mère et 73 ont répondu de la même façon au sujet de leur père, soit des chiffres beaucoup plus importants que dans les études types dans ce domaine. Nous avons interrogé l’ensemble de ces répondants (et un échantillon aléatoire des autres) sur leur propre vie et sur leurs relations. Nous leur avons aussi demandé leurs avis sur leur vie de famille durant leur enfance. Il s’est avéré que les différences étaient nombreuses. Par exemple, 28% des enfants, aujourd’hui à l »âge adulte, de femmes qui ont eu des relations homosexuelles sont actuellement sans emploi, comparativement à 8% des personnes mariées hétérosexuelles. 40% des sondés avouent avoir eu une liaison alors qu’ils étaient mariés ou en couple, comparativement à 13% des personnes mariées hétérosexuelles. 19% de ces mêmes enfants ayant grandi au sein d’une famille homosexuelle ont dit qu’ils suivaient actuellement ou avaient récemment suivi une  psychothérapie pour des problèmes liés à l’anxiété, la dépression, ou des relations difficiles. Ce chiffre est à comparer avec les 8% d’enfants de couples hétérosexuels se trouvant dans la même situation. Et ce ne sont que 3 des 25 différences que j’ai noté.

Alors que nous savons que de bonnes choses peuvent se produire, à la fois à court et à long terme, quand les gens construisent des ménages qui durent, les parents qui ont eu des relations homosexuelles étaient, selon l’étude, les moins susceptibles de présenter une telle stabilité. Les jeunes adultes ayant été enfants de femmes engagées dans des relations lesbiennes passent plus de temps en famille d’accueil que la moyenne (14% du total, comparé à 2% dans le reste de l’échantillon). 40% vivent une partie du temps chez leurs grands-parents (par rapport à 10% du reste), 19% vivent seuls avant l’âge de 18 (contre 4% chez le reste de la population.) En fait, moins de 2% de l’ensemble des répondants ayant dit que leur mère avait eu une relation avec une personne de même sexe ont déclaré avoir vécu avec leur mère et sa partenaire durant les 18 ans de leur enfance.

« La stabilité est possible et essentielle, mais rare. »

Bravo à ces parents gays, comme ceux de Zach Wahls, qui ont fait un travail remarquable en éduquant ces enfants qui sont désormais de jeunes adultes. Je suis sûr que les défis ont été importants et le soutien social souvent modeste. Il existe, dans les statistiques, des personnes comme Zach, mais fort peu. La stabilité est possible et essentielle, mais rare.

« Les chercheurs en sciences sociales, les parents et leurs défenseurs feraient bien maintenant d’éviter de supposer simplement que leurs enfants se portent bien. »

Il existe des limites à cette étude, bien sûr. Nous n’avons pas trouvé autant de familles gays et lesbiennes intactes que nous l’espérions, même si elles servent de façade dans le débat public sur l’égalité du mariage. Mais ce n’était pas par manque d’effort.

Permettez-moi d’être clair : je ne prétends ni que l’orientation sexuelle est ici en cause ni que je connais la vie des enfants qui sont actuellement élevés par des parents homosexuels. Leurs parents peuvent être en train de forger des relations plus stables, à une époque qui accepte et qui soutient davantage les couples gays et lesbiens. Mais ce n’est pas le cas de la génération précédente. Les chercheurs en sciences sociales, les parents et leurs défenseurs feraient bien maintenant d’éviter de supposer simplement que leurs enfants se portent bien.

Cette étude a été publiée alors que les médias faisaient leur une de nombreux drames relatifs au mariage homosexuel, qu’il s’agisse de DOMA [les Etats fédérés ne sont pas tenus de reconnaître le mariage homosexuel accordé dans un autre Etat], des changements d’opinion du Président Barack Obama, de la Proposition 8 [reconnaissance constitutionnelle du mariage traditionnel en Californie] et des initiatives référendaires passées et futures.

Le message politique à retenir de l’étude reste flou cependant. D’une part, l’instabilité détectée pourrait se traduire par un appel à étendre la sécurité relative offerte par l’institution du mariage aux couples gays et lesbiens. D’autre part, elle pourrait suggérer que l’instabilité d’un tel foyer est simplement trop répandue pour permettre un pari social, consistant à dépenser un capital économique et politique non négligeable, pour soutenir cette nouvelle (mais minuscule) structure familiale, alors que les Américains continuent de fuir le modèle stable du couple hétérosexuel marié, qui est encore — selon les données au moins, — le lieu le plus sûr pour un enfant.

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A lire :

Réflexions sur le féminisme, par Harvey Mansfield,

La révolution sexuelle, par Harvey Mansfield,

La théorie du genre décryptée : note de synthèse de l’IFP.

 

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A lire également

(11) Commentaires

  1. Merci pour cette traduction. En effet le message politique final est flou mais il faut dire que les conclusions de l’étude le sont tout autant.

  2. « 28% des enfants, aujourd’hui à l’âge adulte, de femmes qui ont eu des relations homosexuelles sont actuellement sans emploi, comparativement à 8% des personnes mariées hétérosexuelles »

    et « La stabilité est possible et essentielle, mais rare. »

    … mais vous trouvez quand même les conclusions « floues » ?!?

  3. « Cette étude a provoqué un tollé dans le monde de la recherche, parce qu’elle est, elle, pour le coup très biaisée. Tout d’abord, c’est justement une étude qui ne s’intéresse pas à l’homoparentalité ! Sur les 15.000 participants, il n’y a que 40 individus qui ont pendant un court laps de temps vécu avec un de leurs parents et un conjoint du même sexe. Un seul seulement qui a vécu avec son père et le compagnon de celui-ci… En fait, Regnerus a mis dans le même sac tous les enfants déclarant que l’un de leurs parents avait eu une relation homosexuelle, et il a tout mélangé, les familles monoparentales, les enfants adoptés, les enfants nés par insémination. En face, il a comparé avec des enfants issus de couples hétéros stables. Cela n’a pas de sens ! Et puis on ne peut pas se baser seulement sur ce que dit l’enfant de ses parents, sans avoir des données fiables sur le contexte familial. Mais ce qui est intéressant, c’est que cet article est sorti en plein dans la campagne d’Obama, qui avait pris position en faveur du mariage gay. C’est un coup politique. L’étude a été d’ailleurs financée par le Witherspoon Institute, à hauteur de 700.000 dollars, un institut qui ne cache pas ses liens avec des lobbys religieux contre le mariage gay. » Olivier de Vecho.

  4. Vous semblez abuser de rhétorique :

    1. Le premier argument tient difficilement : une étude qui concerne la parenté dans son ensemble n’empêche pas de parvenir à des conclusions sur l’homoparentalité.

    2. Idem, le fait de « les mettre dans le même sac » comme vous dites révèle au contraire un traitement plus exhaustif. Avec un tel vocabulaire, dévaloriser devient aisé ;

    3. Peut-être est-il nécessaire de s’appuyer sur le contexte mais votre commentaire en viendrait presque à minimiser le ressenti du premier intéressé : l’enfant ;

    4. Enfin, argument habituel de politisation : « pendant la campagne »? cela n’a pas de sens : le mariage homosexuel et ses conséquences sont un objet de campagne de manière continue depuis 10 ans ou plus aux USA ! Il y aura toujours un évènement politique permettant d’accuser une telle étude de partialité !

    • ouaif : « Enfin, argument habituel de politisation […] ».

      C’est pourtant ce que montrent de manière frappante les documents que le journal The American Independent a réussi à se procurer grâce à une Freedom of Information Act request, à laquelle le “General Attorney” du Texas vient de donner suite (ça date de quelques jours).
      Pour info, l’Université du Texas (qui emploie Regnerus) se refusait à la communication de ces documents ; il s’agit pour l’essentiel de nombreux courriels échangés par Regnerus avec pas mal de gens, parmi lesquels son principal mécène le Witherspoon Institute, dirigé par Luis Tellez (numéraire de l’
      Opus Dei).

      De l’examen de ces courriers ressort la nécessité de produire une étude scientifique susceptible d’influencer les décisions de la Cour Suprême dans les affaires concernant le mariage homosexuel.
      Tellez écrit par exemple, dans un courrier à la Bradley Foundation, l’autre mécène conservateur de NFSS (le projet de Regnerus) :

      “As you know, the future of the institution of marriage at this moment is very uncertain. It is essential that the necessary data be gathered to settle the question in the forum of public debate about what kind of family arrangements are best for society. That is what the NFSS is designed to do.”

      Le même Tellez, dans un courrier à Regnerus :

      “It would be great to have this before major decisions of the Supreme Court but that is secondary to the need to do this and do it well. I would like you to take ownership and think of how would you want it done, rather than someone like me dictating parameters but of course, here to help.”

      Dans un mail daté du 23 août 2011 (soit 4 jours seulement après avoir commencé sa collecte de données…) Regnerus écrit, dans un mail où il discute la stratégie de communication à la presse de ses futurs résultats :

      “We’d rather the blogosphere fire up after the release than to be prepared in advance for it.”

      Il sait donc à l’avance que ce qu’il finira par trouver enflammera la blogosphère !
      Fortiche.

      Par ailleurs de nombreux mails que Regnerus a échangés avec L. Tellez et d’autres membres du Witherspoon Institute montrent de façon claire que c’est bien ces derniers qui ont piloté le projet.

      Quelques éléments d’information ici :
      http://www.huffingtonpost.com/2013/03/10/supreme-court-gay-marriage_n_2850302.html

  5. Tout ce que vous parvenez à démontrer, c’est que des « conservateurs » ont mené des recherches sociologiques pour accroître la connaissance du grand public avant les décisions de la Cour Suprême.

    Vous échouez à montrer que leurs recherches sont erronées.

    Que cela vous plaise ou non, l’impact politique n’est pas inconciliable avec le vrai. Surtout aux US, où la démocratie a justement été pensée comme la délibération d’avis opposés.

    Vous pourrez lâcher toutes les accusations d’opus deï, rien n’y fera : ce n’est pas parce que Benoit XVI dit que le ciel est bleu que nous devrons dire qu’il est rouge !

    • Vous reprochiez à votre interlocuteur précédent d’user d’un « argument habituel de politisation », mais vous convenez dans ce dernier message que l’étude de Regnerus a bien été pilotée par des mouvements conservateurs (comment le nier, du reste, devant l’évidence des nombreux mails échangés entre Regnerus et son principal sponsor ?).
      Le problème, voyez-vous, c’est que l’on sait désormais que Regnerus a délibérément menti ; il écrit, dans son article :

      The NFSS was supported in part by grants from the Witherspoon Institute and the Bradley Foundation. While both of these are commonly known for their support of conservative causes—just as other private foundations are known for supporting more liberal causes—the funding sources played no role at all in the design or conduct of the study, the analyses, the interpretations of the data, or in the preparation of this manuscript.

      Or de nombreux mails échangés avec Brad Wilcox témoignent exactement du contraire.
      Et quand on sait que c’est ce même Wilcox qui propose à Regnerus que son article paraisse dans Social Science Research, arguant du fait qu’il siège au comité éditorial de la revue, j’espère que vous percevez le léger conflit d’intérêt, et que cela fait un peu désordre…

      Et, comme vous l’écrivez si bien : ce n’est pas parce que Regnerus prétend — à la surprise générale ! — que le ciel est devenu jaune qu’on est tenu de le croire sur parole.

      Encore un peu de lecture ?
      http://americanindependent.com/218834/goal-of-ut-parenting-study-was-to-influence-scotus-decisions-on-gay-marriage-docs-show

      P. S. : ce que je dis sur l’affiliation de Tellez à l’Opus Dei n’est pas une « accusation » mais un fait avéré.

  6. Vous utilisez un procédé très simple de dialectique : la diabolisation (opus dei, « conservateurs », bouh ça fait peut, ou je-ne-sais-quelle fondation américaine).

    Mais pouvez-vous répondre spécifiquement sur le fait que l’étude elle-même est fausse ?

    Vous voulez entrer dans la logique des conflit d’intérêts ? Alors laissez-moi rire : votre source s’appelle « The American Independent » ?

    Les deux « seniors reporters » ont pour centre d’intérêt premier les mouvements conservateurs, et les droits LGBT… tout en étant eux-mêmes actifs dans la communauté LGBT. Sont-ils donc militants ou journalistes ? Bref, votre site ne semble lui n’a d’ « indépendant » que le nom !

    Cf : http://americanindependent.com/meet-the-team

    • Manifestement vous préférez vous concentrer sur de supposées inclinations idéologiques des journalistes que sur les documents dont ils nous proposent la lecture.

      Si j’ai voulu mentionner l’affiliation de Tellez à l’Opus Dei, c’est pour qu’il soit établi clairement aux yeux de chacun de quel côté se situe le Witherspoon Institute. Mais, si vous avez davantage de temps à disposition, n’hésitez pas à lire l’une de leurs professions de foi, assez édifiante.
      Il n’y a là aucune « diabolisation », les opinions conservatrices ont parfaitement droit de cité. En revanche, la fabrication d’études falsifiées aux fins de servir un agenda politique, j’ai la faiblesse de penser que c’est nettement moins respectable.

      Sur la piètre validité de l’étude, disons simplement que l’habituellement discrète American Sociological Association, forte de 14 000 membres (parmi lesquels un certain… Mark Regnerus) vient de désavouer catégoriquement la prétention de Regnerus à pouvoir conclure quoi que ce soit de pertinent sur l’homoparentalité.
      (N’oubliez pas de cliquer sur amicus brief pour connaître les détails…)

      Presque concomitamment, d’autres associations professionnelles ou sociétés savantes — parmi lesquelles l’American Medical Association (~ 217 000 médecins), ou l’American Psychiatric Association — ont rédigé un rapport allant dans le même sens.

      • Il est rappelé dans ces documents que Regnerus n’a pas étudié d’enfants effectivement élevés par des couples de même sexe, ainsi qu’en témoigne un examen minutieux de ses données ; ou du moins ceux qui s’y trouvent sont en quantité inférieure aux études qu’il se permet de critiquer pour le faible effectif des sujets étudiés !

      Of all participants in the “lesbian mothers” category, only two were actually raised by a lesbian couple from age 0 to 18.
      Regnerus did not report the corresponding number with respect to the 73 participants in the “gay fathers” » category. Given that only 23% lived with the father and father’s partner for even four months of their first 18 years (and fewer than 2% for at least 3 years), presumably the number who spent all 18 years in such a family is extremely small, if not zero.

      • Il y est aussi rappelé que l’orientation sexuelle des parents de participants qu’il a catalogués comme LM (mère lesbienne) ou GF (père gay) n’a jamais été déterminée, faute… d’avoir pris la peine d’interroger les intéressés.
      Pour une boulette, c’est une sacrée boulette !

  7. Vous êtes l’arroseur arrosé : vous niez les « inclinaisons idéologiques » des journalistes que vous citez mais reprochez les mêmes inclinaisons idéologiques au sociologue en question.

    Appliquez à vous-même la rigueur que vous voudriez voir chez les autres !

    Sinon, toujours la même chose : vous doutez de la méthode mais ne parvenez pas à contredire la conclusion de la recherche : « Les chercheurs en sciences sociales, les parents et leurs défenseurs feraient bien maintenant d’éviter de supposer simplement que leurs enfants se portent bien. »

    • Mais non, mais non, je ne nie pas les éventuelles inclinations idéologiques des journalistes. Et comment le pourrais-je ? Je ne les connais pas…
      Et puis, qu’un article sur la fraude supposée de Regnerus/Witherspoon paraisse dans un média qui s’occupe notamment de questions LGBT n’a rien d’étonnant ; ce qui le serait c’est que ces révélations soient faites dans Modes & Travaux ou dans Auto-Moto Magazine !

      Et ici, ne vous en déplaise, il n’y a pas symétrie.
      Nous avons d’un côté une étude élaborée dans le but de servir un but politique ; et il est alors parfaitement normal et instructif de connaître l’arrière-plan idéologique de ceux qui ont conçu ce plan.
      De l’autre côté, nous avons des journalistes qui débusquent le caractère déloyal de l’entreprise, et qui met au jour les preuves de la fraude ; dans ce cas seule compte la validité des éléments de preuve exposés, et l’orientation idéologique (avérée ou supposée) de ceux qui opèrent le dévoilement n’a pas grande importance dans l’histoire….

      Sur votre phrase :
      « vous […] ne parvenez pas à contredire la
      conclusion de la recherche »
      Avez-vous remarqué ? L’American Sociological Association, l’American Psychological Association, l’American Academy of Pediatrics et toutes les autres déjà mentionnées plus haut le font déjà très bien. ☺

      Mais je vais vous dire autre chose : ce que je pense personnellement n’a pas grande importance ; que je vous convainque ou non n’en a pas beaucoup non plus.

      En revanche sont pendantes devant la Cour Suprême deux affaires importantes pour les droits des homosexuels : Hollingsworth v. Perry (26 mars), et USA v. Windsor (27 mars).
      Ces derniers mois, les opposants aux droits LGBT ont déposé de nombreux rapports d’experts (amicus briefs) devant la Cour Suprême, et qui invoquaient les « conclusions scientifiques » du papier de Mark Regnerus pour discréditer, plus ou moins habilement, l’homoparentalité.
      Parmi ces nombreux opposants, une coalition d’Évangéliques/Baptistes/Mormons/…, la Conférence des évêques catholiques US, le “Beverly Lahaye Institute”, l’“Institute for Marriage & Public Policy”, Helen Alvaré (du Witherspoon Institute), etc.
      Et, voyez-vous, que des preuves apparaissent en ce moment que l’étude de Regnerus avait pour objectif d’infléchir les décisions de la Cour Suprême — au mépris de l’éthique scientifique — risque de ne pas être très très apprécié par les juges…