Obama remplace l’effort par un escalator

Barack Obama voudrait offrir aux citoyens américains des « échelles » qui leur permettraient de retrouver des opportunités de travail. Mais ces échelles ressemblent plutôt à des escaliers mécaniques non rentables et contre-incitatifs. (Article publié dans le Sacramento Bee et traduit de l’Anglais par Estelle Devisme pour Le Bulletin d’Amérique. Titre original: The ladder of opportunity vs. the fairness escalator).

Par David Azerrad* — Si 2008 était l’année de l’espoir et du changement, 2012 pourrait bien être l’année des échelles. Oui, des échelles. Le président Barack Obama semble avoir un petit faible pour la métaphore de « l’échelle des opportunités », qui est l’un de ses thèmes de campagne.

Dans un community college [1] de l’Ohio il y a quelques semaines, il a promis une économie « dans laquelle il y aurait des échelles d’opportunités. » Lors d’un rassemblement de campagne à Chicago en janvier dernier, il a appelé ceux qui avaient réussi à en  «faire un peu plus afin que la prochaine génération puisse grimper l’échelle du succès. »

À Osawatomie (Kansas) en Décembre, il nous a offert un discours mémorable : « Et pourtant, au cours des dernières décennies, les échelons de l’échelle des opportunités se sont de plus en plus écartés les uns des autres. » En septembre dernier, il a pressé le Congrès d’adopter l’American Jobs Act pour garantir aux « Américains à faible revenu, qui veulent désespérément travailler, plus d’échelles les sortant de la pauvreté. »

Pourtant, malgré tout ces discours sur les échelles, le président Obama ne semble pas comprendre comment ces engins plutôt simples fonctionnent. Les échelles — qu’elles soit réelles ou symboles d’opportunités — ne font pas automatiquement progresser tous ceux qui posent le pied dessus. Seuls ceux qui font l’effort de grimper arrivent au sommet.

Lorsque le président Obama parle des échelles des opportunités et du succès, il semble en fait avoir à l’esprit les escaliers mécaniques : les gens ont juste à sauter dessus, et tout le monde arrive au même endroit sans effort.

Un terme plus approprié serait celui d’ « escalator du succès » ou, compte tenu de son obsession quant à l’équité, peut-être « l’escalator de l’équité ». Bien sûr, cela ne sonne pas aussi bien que « l’échelle des opportunités. » Donc le président a préféré une image qui résonne instantanément à l’oreille des électeurs.

La remarquable absente de tout ce discours sur les échelles, cependant, est la moindre suggestion sur l’idée que nous pourrions peut-être créer nous-mêmes nos opportunités. Ne sont pas non plus mentionnées les vertus nécessaires à quelqu’un pour gravir les échelons jusqu’au sommet : un travail acharné, de la persévérance, du courage, de la prudence et une réelle volonté d’y parvenir. Après tout, certains peuvent tomber et devront s’y hisser à nouveau.

Au contraire, l’accent est toujours mis sur tous les Américains pauvres sans échelle. Et sur tout ce que l’État fédéral doit faire — de nouvelles dépenses d’infrastructure à de nouvelles dépenses pour l’éducation, sans parler des emplois verts — pour donner à chacune et chacun d’entre nous la solide échelle à laquelle nous avons droit. Par ailleurs, ces discours sont parsemés d’avertissements concernant d’anonymes malveillants qui, étant parvenus au sommet, remonteraient maintenant l’échelle derrière eux.

Comparez ces arguments avec la description des « self-made men » de Frederick Douglass — que celui-ci admirait tant et dont il encourageait l’imitation par d’autres : «S’ils sont montés haut, ils ont construit leur propre échelle. De tels hommes sont souvent venus des affres de la pauvreté.»

Douglass avait un seul message pour ceux qui cherchaient à avancer dans la vie : «LE TRAVAIL ! LE TRAVAIL !! LE TRAVAIL !!! LE TRAVAIL !!!! Pas un effort éphémère et aléatoire, mais un travail patient, endurant, honnête, acharné et infatigable, dans lequel l’on met tout son coeur, et qui, dans les affaires temporelles comme spirituelles, est le véritable producteur de miracles.»

Frederick Douglass (1818-1895): né esclave, il devint l’un des plus célèbres abolitionnistes américains.

Considérant l’ampleur de l’injustice subie par Douglass, et les profondeurs desquelles il est remonté, il est frappant de constater à quel point il a peu demandé aux autres et beaucoup exigé de lui-même.

Rien ne pourrait être plus éloigné du message de M. Obama. Plutôt que de nous encourager à agir, il conforte la quiétude que nous attendons des échelles distribuées par l’État. Plutôt que de s’inspirer de ceux qui l’ont fait, il favorise le ressentiment en appelant le succès «inégalité». Quelle vision consternante pour un pays connu dans le monde entier comme le pays des opportunités.

Pire encore est la triste ironie d’un président qui parle tellement de mobilité mais n’a rien fait pour résoudre l’imminente crise budgétaire qui la menace. En revanche, il a augmenté la dette de la prochaine génération de cinq mille milliards de dollars. C’est une charge rudement lourde à porter lorsque vous vous efforcez d’arriver au sommet.

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[1] Une université de premier cycle locale et publique.

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*David Azerrad est directeur-adjoint du B.Kenneth Simon Center for Principles de l’Heritage Foundation (Washington DC) et Doctorant en science politique à l’Université de Dallas, où il rédige une thèse sur les fondements de la philosophie politique de John Locke. Lire ses articles.

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David Azerrad

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(6) Commentaires

  1. C’est bien connu : aucun esclavagiste blanc n’empêchait les Nèg… les Noirs de monter à l’échelle. S’ils restaient tout en bas, c’est entièrement et uniquement de la faute de ces fainéants. Et aucun abolitionniste ou antiségrégationniste blanc, ni Schoelcher, ni Garrison, ni Kennedy, ni Johnson ne leur a tendu d’échelle…

  2. Vous amalgamez situation d’esclavage et de citoyen.
    Votre ironie vous fait mordre votre propre queue: on en déduit que les afro américains ne pourraient pas s’extirper de leur condition sans aide. Bien souvent, les plus racistes ne sont pas ceux que l’on pense…

  3. Bien souvent, la mauvaise foi n’est pas celle que l’on pense. Comme vous l’aviez parfaitement compris, il était sous-entendu que les Noirs se sont sortis de l’esclavage et de la ségrégation et par eux-mêmes (je vous fais grâce d’une liste), et grâce aux blancs qui n’acceptaient pas leur situation intolérable, et sans qui leur calvaire aurait été encore plus long. Si vous considérez l’Américain qui travaille dans les entrepôts d’Amazon pour 7 euros de l’heure, et qui accumule deux autres jobs pour régler ses factures sans y parvenir, vous pouvez aussi considérer que les heureux gestionnaires et actionnaires qui lui refusent l’accès au premier échelon (quelques euros de plus et une couverture médicale ?) pourraient partager un peu, sans mettre l’entreprise en danger, et que la distinction entre « situation d’esclavage et de citoyen » n’est pas forcément pertinente sur le sujet (à votre tour faites-moi la grâce de ne pas me faire dire qu’il s’agit d’un esclave). Monoprix, qui vise « 50 % de croissance sur les trois prochaines années », selon Patrick Oualid interviewé hier, ne pourrait-il pas viser 49 % ou même, soyons fou, 40 %, et faire en sorte que ses vêtements ne soient plus fabriqués par des enfants au Bengladesh ? Notez que dans ce dernier cas, on s’éloigne un peu de la notion de citoyens… Le problème, c’est qu’il y a deux caricatures : ceux qui pensent que tout est la faute de ceux qui sont en haut de l’échelle, et ceux qui, comme vous, pensent qu’on n’est pauvre que parce qu’on le mérite (du moins est-ce qui ressort à la lecture de votre article). N’ y a-t-il pas, entre les deux, un juste milieu ? Je ne suis pas, comme vous, un spécialiste de John Locke, mais ne défendait-il pas plutôt la troisième option ?

    • Raté: je ne suis pas l’auteur de l’article en question.

      Ne prétendez pas à la modération, alors que votre commentaire reflète au mieux un sentimentalisme irrationnel ou au pire une dialectique incapable de dérouler autre chose qu’une litanie à l’encontre des zaaafreux capitalistes.

      Sans eux, les employés de Monoprix n’auraient pas d’emploi. C’est déjà pas mal et vous devriez en tenir compte si, quand vous le prétendez, vous vous refusez à penser que « tout est la faute de ceux qui sont en haut de l’échelle ».

      L’article que vous critiquez tant n’a pas pour objectif de prétendre que les « pauvres » n’ont que ce qu’ils méritent: l’auteur fait simplement remarquer que Barack Obama a totalement écarté le dépassement de soi.

  4. Allons ne faites pas celui qui ne sait pas lire.

    • Comme dirait Cyrano, « c’est un peu court jeune homme » !!!