L’Amérique vit-elle une crise de l’autorité politique?

Journalistes et commentateurs s’alarment devant l’incapacité politique américaine en cette période difficile. Pourtant, cette obstruction à l’interventionnisme avait été rationnellement pensée lors de la Fondation de l’Amérique. L’élection présidentielle de novembre, qui opposera Barack Obama à Mitt Romney, sera cruciale.

Par Aurélien Baillot — « L’Amérique a-t-elle besoin d’un printemps Arabe ? » s’interroge Thomas Friedman dans un éditorial récent du New York Times. Friedman réagit ainsi avec exaspération à la soit-disant incapacité du congrès américain à mettre en place de nouvelles législations d’envergure. A l’en croire, l’Amérique pourrait bien être devenue une « vétocratie », c’est-à-dire un système dans lequel « personne ne peut amasser suffisamment de pouvoir afin de prendre la moindre décision importante ».

Le Congrès américain est accusé d’obstructionnisme, notamment depuis qu’il a failli manquer d’élever le plafond de la dette à l’été 2011; ce qui aurait pu provoquer un défaut de paiement. Les critiques ont plu dès la victoire des Républicains aux élections de mi-mandat en 2010. Elles sont notamment dues aux méthodes des élus du mouvement Tea Party considérées comme expéditives: ceux-ci n’hésitent pas à recourir à des subterfuges parlementaires permettant à une minorité d’empêcher la majorité de légiférer. Dans son éditorial, Friedman en appelle à Francis Fukuyama — « néoconservateur repenti » et auteur de La Fin de l’Histoire et le dernier homme (1992) — qui explique que la culture politique américaine a toujours été fondée par la volonté d’établir des obstacles au pouvoir. Désormais, l’Amérique aurait oublié que l’essence du Gouvernement était aussi « d’agir et de prendre des décisions ».

Ce constat est évidemment dans l’air du temps. Mais les commentateurs se trompent en jouant sur les idées d’action et d’inaction.

Sans doute est-il impossible de saisir l’Amérique sans le système des checks and balances, dont l’instigateur le plus direct est Montesquieu, qui avait observé le régime britannique et théorisé la séparation des pouvoirs en opposant pouvoir et liberté. Ses mots sont aujourd’hui fameux: il faut que, “par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir” (“… c’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser”, De l’Esprit des Lois, I, 2 et XI, 4).

Dans leur sagesse, les pères fondateurs des Etats-Unis ont conçu un système politique qui s’est premièrement préoccupé d’empêcher que l’Etat devienne un Léviathan, en opposant les états à l’Etat fédéral et les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire les uns aux autres.

Si elle ne semble pas souhaitable, l’apparence de paralysie du Congrès pourrait refléter l’extraordinaire division des Américains sur les politiques à suivre. Le débat sur la réforme du système d’assurance santé souligne les profonds désaccords qui séparent les camps républicain et démocrate. Dès lors, en l’absence d’un consensus, serait-il juste qu’une législation aussi ambitieuse soit appliquée sur la simple initiative du président ? Puisque le mouvement Tea Party représente la volonté d’un grand nombre d’Américains, favorables à une puissance publique restreinte, l’incapacité de Barack Obama à faire accepter ses réformes par le Congrès reflète au contraire la justesse d’un système politique qui réussit à limiter l’ambition de l’exécutif s’il ne bénéficie pas d’un soutien populaire.

Dans ces circonstances, la paralysie du Congrès permet d’attendre que la délibération prenne fin, quand un des deux partis recevra un mandat clair du peuple américain en novembre prochain. L’enjeu sera ainsi considérable.

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Aurelien Baillot

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