Réflexions sur le féminisme
Aristide a achevé une longue réflexion sur le féminisme par la traduction d’une conférence prononcée par le Professeur Harvey Mansfield* devant les étudiants de Hillsdale College, il y a quelques années. Le texte a été reproduit dans Imprimis, June 2006, volume 35, number 6.

Par Harvey Mansfield* — Parce que j’ai récemment écrit un livre sur la virilité, on m’a demandé si j’avais quelque chose à dire sur la féminité. J’ai quelque chose à dire, mais sous la forme de suggestions. Je ne veux pas parler pour les femmes, car je crois que chaque sexe a besoin de parler pour lui-même. Il est assez naturel pour chaque sexe de prendre son propre parti, et les femmes n’accepteront jamais simplement le point de vue d’un homme – en particulier de nos jours, alors qu’elles ont pris l’habitude de parler pour elles-mêmes. Mais je pense qu’elles écouteront, en juges attentives qu’elles sont, les suggestions d’un ami.

Comment un homme pourrait-il être l’ami des femmes ? Je remarque que les hommes qui parlent au nom du féminisme actuel – qui je l’espère deviendra l’ancien féminisme -  sont tolérés bien qu’ils aient la prétention de dire à la place des femmes ce qu’elles pensent. Ces hommes sont de virils défenseurs des femmes qui, disent-ils, n’ont pas besoin d’être défendues par les hommes. Bien qu’ils agissent de manière virile pour protéger les femmes, ils renient la virilité qui les rend enclins à accomplir ce devoir. Par leurs actes, ils contredisent leurs paroles.

Pendant trop longtemps, la virilité n’a pas pris la parole pour se défendre, pendant trop longtemps elle a été réduite au silence par la voix du féminisme. Pourtant le féminisme, durant la phase qui a commencé en 1963 avec le livre de Betty Friedman, La femme mystifiée (The Feminine Mystique), était dirigé contre la féminité, pas contre la virilité. La féminité était cette mystique qui avait été imposée aux femmes par les hommes afin de mettre les femmes en position subalterne, et même afin de les asservir. Selon Betty Friedman, l’idéal de la féminité mettait les femmes sur un piédestal où elles étaient admirées et adorées par les hommes. Dans cette position les femmes n’étaient pas des maitres ou des maitresses de maison mais des servantes qui faisaient rarement ce qu’elles auraient voulu faire. Amoindries et passives, elles vivaient pour leurs familles et leurs maris. Apparemment admirées par les hommes, elles étaient en fait contrôlées par les hommes.

Les féministes des années soixante et soixante-dix étaient opposées à la virilité, davantage à cause de son nom, qui semblait exclure les femmes, qu’à cause de ses qualités. Elles attaquaient les phallocrates (male chauvinist pigs) qui voulaient garder la virilité pour eux-mêmes ; ces hommes étaient des sexistes – une appellation nouvelle à cette époque – car ils croyaient que seuls les mâles pouvaient être des hommes. Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe, un livre plus ancien et plus fondamental que celui de Friedman, avait affirmé que les femmes ne différaient pas des hommes par nature, mais uniquement du fait de l’histoire. C’est l’oppression historique des femmes par les hommes qui empêchait les femmes d’être aussi agressives et de s’affirmer autant que les hommes. Par le titre de son livre, Beauvoir sous-entend que les hommes ont une vie meilleure que celle des femmes, que la virilité est préférable à la féminité. Dans la mesure où les femmes sont parfaitement capables d’être viriles, cette qualité ne devrait plus recevoir un nom qui la rattache à l’un des deux sexes. Beauvoir la rebaptisa « transcendance », un terme sexuellement neutre. La société sexuellement neutre était née et la virilité, en tant que qualité propre à un sexe, fut rabaissée au rang de la masculinité, un terme qui désigne des caractéristiques aussi terre à terre que les poils que vous avez sur la poitrine ou sur le visage.

Ainsi le féminisme, dans son ardeur à revendiquer la virilité pour les femmes, détruisit la féminité. Nous commençâmes à voir des films de gangsters dans lesquels de charmantes actrices jouaient des rôles de tueurs à gages. Certaines féministes dénonçaient la passion virile pour la compétition ou pour la guerre, mais ce faisant elles devaient faire bien attention à ne pas laisser entendre que les femmes sont impropres à travailler dans l’armée ou dans le monde des affaires. Depuis les années soixante nous nous sommes accoutumés à voir des femmes occuper des emplois masculins. Pourtant, la société sexuellement neutre créée par le féminisme actuel n’est pas en réalité aussi neutre qu’elle le prétend. En dépit du fait qu’elle n’aime pas le terme de virilité, elle est dans l’ensemble plutôt bienveillante pour la qualité, qui porte maintenant un nom plus neutre et plus prosaïque, comme par exemple « leadership ». D’un côté le monde semble s’être féminisé et cependant, d’un autre côté, il s’agit toujours d’un monde d’hommes et même, étrangement, plus encore qu’avant, parce que les deux sexes sont engagés dans des professions qui récompensent les qualités viriles que sont l’agression et l’affirmation de soi.

Au total les femmes se sont montrées capables d’exercer des métiers qui leur étaient auparavant fermés, mais elles semblent avoir perdu les plaisirs qui vont avec le fait d’être une femme. Elles savent comment imiter les hommes mais ont des idées confuses sur la manière de rester des femmes tout en imitant les hommes. Ayant commencé par le rejet de la féminité, l’identité féminine devient inévitablement une quête sans repères pour vous guider. Pour voir la confusion à l’œuvre il vous suffit de regarder la série télévisée Desperate Housewives.

Dans cette série vous voyez que les femmes n’ont pas réellement été libérées par la société sexuellement neutre. Les hommes et les femmes ne sont pas identiques, contrairement à ce qu’affirme la société sexuellement neutre du féminisme. Mais ils ne sont pas non plus simplement différents. Ils sont à la fois identiques et différents. Auparavant, la société reconnaissait les différences entre les sexes et, par la loi et la coutume, accentuait ces différences. Maintenant la société fait le contraire : elle reconnait les similarités et elle les accentue. Il n’existe pas de société sans pression sociale dans un sens ou dans l’autre. Alors qu’auparavant les femmes étaient retenues sur le chemin des carrières qu’elles auraient pu avoir,  elles sont maintenant poussées plus loin qu’elles désireraient peut-être aller. Dans cette situation nouvelle les femmes ont besoin d’une identité ; elles ont besoin d’un féminisme pour remplacer la tradition dans laquelle nous vivions. Mais elles ont besoin d’un nouveau féminisme, un féminisme qui rende justice à la fois aux différences et aux similarités entre les sexes.

Ma première suggestion est d’abandonner Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir comme livre faisant autorité pour les femmes. Beauvoir a appris aux femmes à rechercher l’indépendance ou l’autonomie. Ce sont des mots qui sonnent bien, mais en pratique cela signifie l’indépendance par rapport à son mari et à ses enfants. Quelques femmes seront peut-être capables de bien utiliser une telle indépendance, mais pour la plupart cela n’a pas de sens d’être privé d’un mari aimant et d’éviter ou de mépriser la maternité.

Les prescriptions radicales de Simone de Beauvoir en matière d’autonomie mettent les femmes mal à l’aise ; elles sont responsables de ce qu’aujourd’hui un si grand nombre de femmes rejettent le label féministe, en dépit des bénéfices qu’elles croient devoir au féminisme. Beauvoir pensait que les femmes ne pourraient devenir les égales des hommes qu’en devenant autonomes, comme elle croyait que les hommes l’étaient. Elle a été poussée, par conséquent, à nier qu’il existe une différence naturelle ou essentielle entre les hommes et les femmes. Et pour être bien sûrs de ce point, ses disciples ont insisté sur le fait qu’il n’existe aucune différence essentielle d’aucune sorte ; croire qu’il existe des différences essentielles est se rendre coupable du pêché nommé essentialisme. Mais le rejet féministe des essences devrait lui aussi être abandonné, comme étant contraire au sens commun et comme étant cause de méfaits. Vous pouvez dire que les hommes et les femmes ne sont pas différents, mais si vous essayez de mener votre vie en fonction de cette croyance vous commettrez beaucoup d’erreurs inutiles.

Etre pour l’autonomie et contre l’essentialisme est une théorie théâtrale, indigne du solide bon sens des femmes. Il n’est pas non plus au-delà des capacités des femmes à l’esprit philosophique de dire pourquoi cette théorie est fausse.

Une seconde suggestion qui découle de l’acceptation des différences entre les sexes est de respecter la virilité des hommes. La virilité est cette caractéristique des hommes qui les pousse à vouloir absolument être des hommes, à se distinguer des femmes et aussi des hommes efféminés. Les hommes virils réprouvent les hommes efféminés mais ils se contentent de regarder de haut les femmes, qui sont excusées de ne pas être viriles. Après tout, elles sont des femmes. Accepter les différences entre les sexes c’est accepter ce préjugé masculin apparemment irrationnel. « Un homme a besoin sentir qu’il est important ». Je suis tombé, dans le livre d’un professeur, sur cette phrase prononcée par une femme sans instruction à propos de son mari ; dans la gêne qu’elle éprouvait pour lui elle généralisait la faute à tous les hommes. Mais cela est vrai de la plupart des hommes et il se pourrait que ce ne soit pas une faute.

Les êtres humains ont besoin de se sentir importants, afin de croire que ce qu’ils font en bien ou en mal compte dans l’ordre des choses. Les hommes virils qui défendent un pays, une cause, ou un principe nous aident tous à nous sentir importants. Les femmes aussi veulent se sentir importantes, mais habituellement d’une manière différente ; elles veulent être importantes pour quelqu’un – pour leurs enfants, pour l’homme qui partage leur vie. Les hommes, les pauvres chéris, ont un sens de l’importance plus abstrait que celui des femmes, et aussi plus égoïste. Les femmes peuvent être vaines, mais les hommes sont prétentieux.

Les femmes ont une intuition de cette différence, mais le féminisme actuel leur interdit d’y réfléchir. Un nouveau féminisme encouragerait les femmes à considérer en quoi elles diffèrent des hommes et ce que cela signifie pour leurs vies. Un chose que cela ne signifie pas c’est que les femmes devraient abandonner leurs carrières et simplement retourner à la cuisine. Les carrières féminines sont un fait bien établi. Beaucoup de femmes seraient certainement soulagées d’apprendre qu’elles n’ont pas l’obligation, par devoir envers leur sexe, de prendre un métier d’homme et de travailler autant d’heures qu’un homme pour avoir la paye d’un homme. Mais les carrières devraient être également ouvertes aux hommes et aux femmes. La partie relative aux carrières de la société sexuellement neutre a plutôt bien fonctionné, et à la satisfaction des deux sexes. Elle fonctionnerait mieux s’il y avait moins de pression sur les femmes pour prouver qu’elles sont les égales des hommes en imitant les hommes. Les femmes n’ont pas à avoir les mêmes carrières que les hommes, ou à être aussi carriéristes qu’eux.

Accepter cette idée ne fait pas des femmes le deuxième sexe, subordonné aux hommes. Car l’importance que revendique la virilité, et l’arrogance que les hommes virils développent facilement, ne reçoit pas ou ne mérite pas un respect automatique de la part des femmes. Les femmes peuvent juger ; elles sont de grands critiques des autres et d’elles-mêmes. Les hommes virils peuvent bien être à l’origine des grandes entreprises, en politique, et des plus petites, dans les affaires, ils peuvent bien prendre l’initiative en matière de drague – il faut bien que quelqu’un fasse le premier pas si l’espèce humaine doit se perpétuer – mais les femmes sont les meilleurs juges des hommes, particulièrement en privé. Les femmes jugent et critiquent leurs hommes, ceux qu’elles aiment. Un juge n’est pas à l’origine d’un procès, mais en jugeant le juge est placé au-dessus des parties au procès. Par conséquent venir en second peut signifier avoir une position supérieure.

Ensuite, un nouveau féminisme voudra peut-être abandonner l’obsession de la sexualité qui est une caractéristique si contestable du féminisme actuel, qu’il soit modéré ou radical. Le mouvement de libération des femmes est apparu sur la scène américaine juste après la révolution sexuelle des années soixante. En tant que membres de cette révolution les femmes furent assurément traitées de manière irrespectueuse, enrôlées, par exemple, comme groupies des groupes de rock de cette époque. Cependant, pour des raisons qui lui étaient propres, le féminisme fit alliance avec la libération sexuelle. Beauvoir et ses disciples radicales croyaient que pour être autonomes les femmes devaient être aussi cavaleuses que les hommes, et même que les hommes les plus prédateurs.

Le traditionnel deux poids deux mesures en matière de moralité sexuelle était plus contraignant pour les femmes que pour les hommes, mais les féministes affirmaient que pour les hommes tout était permis. Plutôt que d’essayer d’élever la norme pour la sexualité des hommes au niveau de celle des femmes, comme l’avaient proposé les féministes du 19ème siècle et du début du 20ème siècle, les féministes à la Simone de Beauvoir proposèrent d’abaisser la norme pour les femmes au niveau de celle des hommes. La conséquence de l’abolition du deux poids deux mesures a été la suppression de toute norme. Les féministes modérées, telle que Naomi Wolf, ont commencé à reconsidérer ce résultat.

Nous savons, bien sûr, que la pratique n’est pas aussi mauvaise que la théorie, car la plupart des femmes américaines sont plus pudiques, et la plupart des hommes moins audacieux, que ce qu’ils auraient le droit d’être selon les féministes. Un nouveau féminisme voudra peut-être tenir compte de ce fait. Il pourrait souligner que multiplier les partenaires sexuels est un jeu masculin dans lequel par nature les femmes ne peuvent pas lutter à armes égales. Les femmes ont trois désavantages : elles tombent enceintes, elles contractent plus facilement et plus gravement des maladies sexuellement transmissibles et, plus important, elles ont plus facilement le cœur brisé que les hommes. Les hommes, avec leur capacité d’abstraction, leur capacité à oublier, leur indifférence ont, pour s’échapper après une relation sexuelle, un équipement mental que n’ont pas les femmes.

Le deux poids deux mesures s’adapte à cette réalité et mérite d’être réexaminé.

De manière plus positive, il est peut-être temps de retrouver la pudeur comme une vertu féminine. Pourquoi les deux sexes devraient-ils être avides de conquête ? L’autorité morale des femmes est un puissant contrepoids à la supériorité physique des hommes. Avec cette autorité les femmes ont le droit de dire non à toute proposition ou toute demande venant de la part d’un homme (généralement plus fort) qui ne leur convient pas, et d’être obéies. Mais la disposition des hommes à obéir dépend du fait que les femmes sont tenues à des normes de moralité, et particulièrement de moralité sexuelle, plus élevées que celles des hommes. Si une femme ne peut pas dire à un homme « comment osez-vous ! » ses défenses sont affaiblies car, en l’absence d’une objection morale, elle n’a plus que son caprice à opposer. En réponse, un homme pensera et dira, « pourquoi pas ? Nous sommes égaux et donc mes désirs valent autant que les tiens. » Les féministes, dans leur désir d’une inaccessible, égalité ont rejeté cet avantage possédé par les femmes alors même qu’elles en faisaient usage. Car le moyen qu’elles utilisaient pour atteindre cette égalité – la sensibilisation (consciousness raising)- était destiné à faire honte aux hommes, pas à les convaincre. C’était un usage de l’autorité morale des femmes plus efficace que l’argumentation.

La notion d’autonomie du féminisme actuel ne tient aucun compte de l’attachement des femmes à la vie de famille. Si les femmes étaient autonomes elles ne désireraient pas vivre dans un foyer. Ne soyons pas trop romantiques à propos du foyer – une bonne part des tâches ménagères sont une corvée – mais ne le réduisons pas non plus à un mal nécessaire. Pour une femme le foyer est là où vit votre mari et là où vos enfants apprennent. Dans le meilleur des cas, qui est aussi le cas normal, il est empreint d’amour. Pour la grande majorité des êtres humains, le bonheur se trouve au sein d’un foyer heureux. Diriger un foyer est l’ambition modérée et accessible de la plupart des femmes ; c’est à cet endroit qu’elles trouvent l’honneur et la joie. C’est à cet endroit qu’elle trouvent le plus aisément la « reconnaissance », si nous devons employer ce mot. Le mari doit apporter sa contribution au foyer et il y a des tâches qui, par nature et par convention, sont les siennes ; nous pouvons ajouter ou retrancher à ces tâches, dans chaque cas après négociation entre les parties intéressées. Le résultat est que chaque foyer sera unique. Cependant la femme devrait vouloir diriger et être responsable du foyer, car donner à son mari une égale responsabilité signifierait perdre sa souveraineté sur l’ensemble. Une femme avisée voudra-t-elle laisser son mari décider quand la maison est propre ?

Le problème pour un nouveau féminisme est de parvenir à combiner le foyer et une carrière professionnelle. Ceci est évident, mais le féminisme actuel, dans son empressement à abandonner la féminité, n’aborde pas ce qui est évident au sujet des femmes. Sa seule idée est d’avoir des garderies financées par le gouvernement. Nous avons effectivement besoin de garderies d’une certaine sorte, mais la prémisse sur laquelle reposent les garderies financées par le gouvernement est que le travail passe en premier. Mais qu’en est-il si le travail et la famille sont tous les deux prioritaires ? C’est, me semble-t-il, ce que les femmes veulent dire lorsqu’elles disent qu’elles « veulent tout à la fois ». La difficulté pour combiner le travail et la famille n’est pas seulement qu’ils se disputent le temps dont dispose une femme, même si c’est bien évidemment le cas. C’est qu’ils requièrent deux attitudes complètement différentes.

Pour réussir dans son travail, une femme doit avoir quelque chose de la capacité masculine à se concentrer et à mettre de côté les sollicitations. Pour être une bonne mère, en revanche, une femme doit être toujours ouverte aux sollicitations et même accueillir avec plaisir les interruptions d’un enfant qui, au moins dans les premières années de sa vie, pense toujours qu’il a droit à 100% de son temps. Comment ces deux attitudes opposées peuvent-elles être transformées en un rythme de vie, dans lequel chacune vient soulager de l’autre, au lieu de se contrarier mutuellement ?

Pour retrouver le bonheur, les femmes doivent tenir leur égalité pour acquise et cesser d’en faire un objet de préoccupation immédiate. Peut-être est-ce ainsi que vivent la plupart des femmes aujourd’hui, mais elles sont sans cesse poussées par le féminisme actuel à désirer une impossible, une utopique égalité entre les sexes dans laquelle aucune différence n’est tolérée. Nous avons besoin de revenir aux rôles sexuels d’antan, mais pas complètement. Ce dont nous avons besoin c’est de certaines attentes – c’est ainsi que je les appellerais – pour les hommes et les femmes, de certaines conventions sociales qui nous guident en général mais qui permettent les exceptions et qui encouragent la négociation lorsque les circonstances changent. Dans la vie privée tout particulièrement nous avons besoin de faire en sorte qu’il soit à nouveau honorable pour une femme d’être une femme, et pour un homme d’être un homme. Laissons l’Etat être sexuellement neutre, mais la société a besoin de la responsabilité qui va avec le fait de savoir ce qui est attendu de votre sexe.

Ma dernière suggestion pour un nouveau féminisme est que celui-ci n’a pas besoin d’être aussi politique que le féminisme que nous avons actuellement, le féminisme dont le slogan est que ce qui est personnel est politique. Il serait préférable que ce qui est personnel ne soit pas politique, il serait préférable que les femmes, de nos jours, n’aient pas l’obligation de faire avancer la cause de la femme. La « guerre des sexes » ne s’éteindra jamais, car les hommes et les femmes ont des points de vue différents et ne verront jamais les choses tout à fait de la même façon. L’ancien féminisme essaye de surmonter cette vérité fondamentale en nous contraignant à vivre sous l’égide de la neutralité sexuelle. Cela ressemble à une libération mais ce n’en est pas une. Un nouveau féminisme accepterait cette différence et en tirerait le meilleur parti. Un nouveau féminisme aurait ses propres problèmes, mais je crois qu’il apporterait un grand soulagement.

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A lire:

Virilité et morale, par Harvey Mansfield,
La révolution sexuelle, par Harvey Mansfield,
Le véritable Allan Bloom, par Kenneth R. Weinstein,
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*Harvey C. Mansfield est Professeur de Philosophie politique à Harvard et Senior Fellow de la Hoover Institution de l’Université de Stanford, où il dirige le groupe de réflexion sur la vertu et la Liberté. Il a écrit sur Edmund Burke et la nature des partis politiques, sur Machiavel et l’invention du gouvernement indirect, sur la découverte et le développement de la théorie du pouvoir exécutif. Il a traduit trois ouvrages de Machiavel et De la Démocratie en Amérique de Tocqueville. Dans son dernier livre, Manliness, il s’interroge sur la question de la virilité, dans une société qui promeut la neutralité des genres. Il a reçu en 2004 la médaille nationale des Humanités par le Président des Etats-Unis. Entré à Harvard en 1949, il y enseigne depuis 1962.

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