Barack Obama s’est adressé mardi 24 janvier au Congrès américain, annonçant plus de redistribution pour 2012.
Par Estelle Devisme — Mardi 24 janvier, le président Obama a adressé au Congrès son discours annuel sur l’état de l’Union. En d’autres termes, le bilan provisoire de sa présidence et son programme pour 2012. Ce programme a le mérite d’être simple, et ambitieux. L’État fédéral est là, et il sera toujours plus présent auprès des citoyens américains. Sous forme de subventions, comme sous forme de taxes.
Le président a été exhaustif : les troupes en mission et sur le retour, l’emploi, le logement, la nourriture, l’éducation, les énergies vertes, l’industrie automobile, l’industrie pétrolière, l’immigration. L’an dernier, le président avait tout mentionné : il est temps de voir des résultats, clament les candidats Républicains, qui s’entendent au moins sur ce constat.
Barack Obama a commencé son discours en rendant hommage aux troupes américaines, qui ont renforcé la sécurité du pays et lui ont permis d’être plus respecté sur la scène internationale. Il n’y a plus de soldats américains en Irak, Ben Laden est mort et les troupes se retirent progressivement d’Afghanistan. Mais son objectif de retrait d’ici la fin 2013 est-il tenable ? Toujours en politique étrangère, réaffirmant son opposition à l’obtention de l’arme nucléaire par l’Iran, il a cependant estimé qu’en cas de respect de ses sanctions et d’efforts significatifs, l’Iran pourrait «rejoindre le concert des nations». Il reste à voir si l’Iran est intéressé.
Sur le plan interne, il a présenté son projet pour une économie prospère («blueprint for an economy to last»), qui serait effectif à travers un renouveau de l’industrie, une amélioration des compétences des Américains (par l’éducation), l’utilisation de l’«énergie américaine» pour la production, et la réaffirmation des valeurs des États-Unis.
General Motors est redevenu le premier producteur automobile mondial, et d’autres comme Chrysler illustrent la force de l’industrie du pays. Ce qui se passe à Détroit (Michigan) devrait se produire partout ailleurs. Son allégation selon laquelle 160.000 emplois ont ainsi été créés depuis 2009 est cependant discutée : Lachlan Markay, analyste pour l’Heritage Foundation, abaisse ce nombre à 63.100.
Barack Obama s’est félicité que le forage de pétrole et de gaz se développe de plus en plus aux États-Unis, mais si les importations ont baissé, c’est simplement que la demande a baissé ; sur les terres fédérales, la production a baissé de 40% depuis dix ans, et c’est sur des terres privées qu’elle est relancée (Dakota du Nord, Texas, Alaska). Il a pourtant déclaré la fin des exonérations d’impôts pour cette industrie, et annoncé des crédits d’impôts pour les énergies vertes ; on se souvient du fabricant de panneaux solaires Solyndra, qu’un prêt fédéral de 535 millions de dollars n’a pas sauvé de la faillite.
Oubliant que les établissement de crédit obéissaient au Community Reinvestment Act (la loi de 1977 obligeant les organismes financiers à accorder des crédits à des ménages ou entreprises de zones à faibles revenus) en finançant des foyers insolvables, il a fustigé l’absence de réglementation qu’il considère avoir grandement contribué à la crise de 2008. Barack Obama a donc annoncé un nouveau plan de financement des crédits immobiliers pour les «propriétaires responsables» ; une taxe sur les plus grands établissements financiers éviterait le creusement du déficit de l’Agence fédérale pour le logement (Federal Housing Administration), qui n’est pas financée par l’argent public. Peu de nouveauté au final.
En matière fiscale, les plus riches devront verser leur «fair share» à la société. Il semble que Warren Buffet paye ses impôts selon un taux moins élevé que celui de sa secrétaire. Ce qui est faux, comme l’explique Curtis Dubay, analyste politique pour l’Heritage Foundation: l’impôt est hautement progressif et la «règle Buffet» est déjà concrètement en vigueur, en démontrent les taux d’imposition publiés par le Congressional Budget Office. Un pas vers la flat tax serait donc, en effet, le bienvenu.
Barack Obama avait déjà dit qu’il voulait faire des États-Unis le meilleur pays pour le business. Il a donc exprimé son intention de baisser les taxes des entreprises qui restent aux États-Unis, d’aider financièrement les entreprises à relocaliser, et, à l’inverse, de taxer les revenus des entreprises américaines qui les gagnent à l’étranger. Cette dernière proposition est contradictoire avec l’ambition du président de maintenir et accroître la compétitivité américaine sur les marchés internationaux.
Cet État de l’Union a également été pour Barack Obama l’occasion de réaffirmer son attachement à l’éducation, rappelant que la compétition (programme Race to the top) instaurée pour que les projets éducatifs en primaire les plus innovants soient financés, a déjà bénéficié à 22 millions d’élèves dans 19 États. Parce que «chaque entrepreneur aspirant à devenir le prochain Steve Jobs» doit être soutenu, il a incité le Congrès à préserver un taux d’intérêt bas pour les emprunts finançant le cursus universitaire des Américains. Il a aussi émis le souhait qu’un élève ne puisse abandonner le lycée avant d’obtenir son diplôme ou d’avoir 18 ans ; les voix qui s’élèvent demandent que l’éducation relève exclusivement de la compétence des États.
Enfin, Barack Obama a tout au long de son discours reproché aux Républicains leur manque de coopération, et demandé à ce que l’«obstruction» laisse la place à l’action. Il a rappelé, par le storytelling si cher aux hommes politiques Américains, les valeurs qui animaient ses grands-parents et tous les hommes qui ont forgé la puissance américaine: «when we act together, there’s nothing the United-States of America can’t achieve». En somme, lorsqu’on agit ensemble, tout devient possible. Tout.
Barack Obama a raison d’être confiant. Après tout, les États-Unis s’en sortent plutôt mieux que la vieille Europe, dont les prévisions de croissance pour 2012 sont négatives (et atteignent 1,8% outre-Atlantique). Sa côte de popularité progresse alors que les affrontements entre Newt Gingrich et Mitt Romney tournent au ridicule. Citer Abraham Lincoln et assurer que l’État fédéral «devrait seulement faire ce que les gens ne peuvent pas faire eux-mêmes» est très juste. Mais inattendu de la part d’un président qui en quatre ans a gonflé la dette publique de 4.600 milliards de dollars.
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