A la une Politique économique — 06 octobre 2011
Le testament de Steve Jobs

Par Emmanuel Martin* — Steve Jobs, fondateur d’Apple, est décédé ce 5 octobre d’un cancer du pancréas à l’âge de 56 ans. Ce jour restera d’une grande tristesse pour l’humanité entière.

« Il changeait la vie »

Bien sûr certains y verront là une exagération d’économiste, fasciné par les innovations de marché et la créativité du système capitaliste. Pourtant Steve Jobs a changé la vie de milliards de personnes, directement ou indirectement. D’abord en lançant le premier Apple en 1976, mais surtout le Macintosh en 1984, qui proposera un format compact d’ordinateur, facile à transporter et avec la première souris et le premier lecteur de disquettes 3 pouces. Avec un système d’exploitation qui ne nécessite pas la connaissance de codes et un langage particulier, le grand public a, pour la première fois, eu un accès facile aux fonctionnalités de tableurs ou de traitement de texte. Les jours de la vielle machine à écrire ont été comptés, le traitement statistique a été mis à la portée de tous, faisant économiser des heures ou des jours de calculs.

On croit Apple mort et enterré avec l’explosion des PC dans les années 90, mais en 1998 l’Imac révolutionne le marché. Un an plus tard Jobs se sert du tremplin du numérique et notamment du MP3 pour lancer l’Ipod et définitivement enterrer le « walkman » et autre « discman ». Le MacBook représentera un progrès inestimable en matière d’ordinateur portable, permettant à des millions d’utilisateurs une portabilité et une autonomie incroyables : l’ordinateur devient un gros « cahier », dont se dotent rapidement les étudiants sur les campus. C’est ensuite bien sûr l’Iphone en 2007 qui va ici encore révolutionner le marché, de la téléphonie cette fois-ci, lançant la vague des Smartphones. Et c’est avec l’Ipad, qui combine les tablettes du genre Kindle avec les innovations d’Apple pour proposer un service entre le livre numérique et l’ordinateur portable.

Nous ne pourrions nous passer de toutes ces innovations aujourd’hui tant elles génèrent des milliers de services qui nous facilitent la vie, nous font gagner du temps, de l’énergie, et constituent un instrument essentiel pour créer de la valeur. Elles sont à la source d’un pourcentage incroyable de la richesse créée dans l’économie. Mais elles ont aussi été le vecteur de propagation des révolutions du printemps arabe : aurait-on eu Facebook sans le développement des ordinateurs que l’ont doit à Steve Jobs ? Ainsi, comme dans la chanson de Jean-Jacques Goldman « à sa tâche chaque jour, on pouvait dire de lui qu’il changeait la vie. »

Une « autre histoire »

Steve Davies, un historien britannique, a expliqué comment notre éducation scolaire nous a habitués à envisager l’histoire comme une série de dates d’évènements politiques (prises de pouvoir, guerres, morts de roi ou d’empereur, révolutions etc.), mais comment une « autre histoire » est possible, et en réalité, fort nécessaire : l’histoire des innovations et découvertes d’entrepreneurs, comme l’invention du télégraphe, du container, du transatlantique, ou du microprocesseur. Bien sûr l’histoire des Attila et autres Napoléon a déterminé l’histoire de l’humanité – pas toujours pour le meilleur. Mais c’est aussi l’histoire des Steve Jobs et autre Nikola Tesla ou James Watts qu’il faut saisir, celle des entrepreneurs qui sont les « Atlas », si bien dépeints par la philosophe russo-américaine Ayn Rand, qui font véritablement bouger le monde.

La créativité entrepreneuriale dépend des institutions de la liberté

La mort de Steve Jobs nous invite par ailleurs à réfléchir aux conditions qui ont permis à ce « cadeau », que l’inventeur américain a représenté, d’avoir pu laisser s’épanouir sa créativité. Combien de centaines, combien de milliers de Steve Jobs empêche-t-on de créer, d’innover, de rendre service, de « changer la vie », dans de si nombreux pays, notamment en Afrique ? C’est ici le concept de terreau institutionnel qui est crucial pour le développement, fondé essentiellement sur l’activité entrepreneuriale : sans les institutions promouvant la liberté économique, le potentiel entrepreneurial de créativité d’un Steve Jobs ne pourrait s’exprimer. Nous prenons trop souvent la créativité et l’innovation de nos entrepreneurs pour acquises. Nous oublions trop facilement que c’est bien l’environnement institutionnel favorable à cet esprit d’entreprise qui nous a permis d’avoir un Iphone dans la poche ou d’enregistrer nos compositions musicales dans « GarageBand » sur un MacBook.

Ces réflexions pourraient inspirer les manifestants qui défilent devant Wall Street en demandant la fin du capitalisme et le retour du socialisme, en confondant malheureusement le capitalisme de copinage (le crony capitalism qui n’est autre qu’un « socialisme pour les riches » comme l’a bien décrit le cinéaste Michael Moore), qu’il faut bien sûr combattre, avec le vrai capitalisme de marché libre et responsable, fondé sur les institutions de liberté, et qui nous a donné des Steve Jobs. Faut-il rappeler que le socialisme réel a toujours supprimé non seulement les libertés politiques mais aussi économiques, et donc supprimé la démocratie comme la créativité du marché, générant oppression et misère ?

En cette période de crise, durant laquelle les dangereuses tendances nationalistes et collectivistes se manifestent toujours davantage, il est sans doute salutaire de se rappeler les avantages de ce qu’Adam Smith appelait « le système de liberté », qui nous a donné Apple et tant d’autres miracles.

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A lire, Steve Jobs, un héros Moderne? par BenoîtToussaint, sur InEcoVeritas.

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*Emmanuel Martin dirige Un Monde Libre, le projet francophone de l’Atlas Foundation. Il est docteur en Economie.

A propos de l'auteur

Emmanuel Martin

Docteur en Economie, Emmanuel Martin est analyste pour unmondelibre.org, le projet francophone de l'Atlas Foundation.

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