Par Benoît Toussaint – Le Président Barack Obama devrait sortir vainqueur du bras de fer qui l’oppose aux Républicains concernant le relèvement du plafond de dette américaine. Alliant avec habileté obstruction lors des négociations et condamnation du jusqu’au-boutisme républicain, il gagne désormais la bataille de l’opinion publique.
Les dernières semaines ont été éprouvantes pour les secrétaires du Capitole. Depuis le début de la semaine, les représentants du Congrès ont reçu près de 40.000 appels de citoyens américains, deux fois plus qu’habituellement, pour tenter d’infléchir la position de tel ou tel représentant sur le relèvement du plafond de la dette américaine. Certains appellent les élus à ne pas fléchir ou, au contraire, à accepter un compromis. D’autres encore s’inquiètent quant au versement de leurs prestations de sécurité sociale. Les discussions sont entrées dans la dernière ligne droite et nul n’ignore que c’est autant l’avenir économique des Etats-Unis que le résultat des prochaines élections présidentielles qui est en train de se jouer à Washington. « Il faut baisser les dépenses », assènent les Républicains. « Il faut augmenter les taxes », rétorquent les démocrates. Rencontre après rencontre, les discussions s’enlisent et sont actuellement au point mort.
« J’ai fait une offre extraordinairement juste aux républicains », déclarait le président américain, peu après que John Boehner patron des républicains à la chambre a claqué la porte des négociations, le 23 juillet dernier. Et pour cause, après un accord préalable sur une augmentation d’impôts de 1000 milliards de dollars en échange de coupes budgétaires et d’un relèvement du plafond de la dette, le président Obama a exigé d’augmenter cette limite de 400 millions de plus. Quant aux 3000 milliards de dollars de baisse des dépenses sur 10 ans demandés par les républicains, la Maison blanche n’a consenti que 1650 milliards de réduction. Et pour Jonathan S. Tobin, de la revue Commentary, cette proposition ne doit rien au hasard : « en dépit de sa posture modérée, le président Obama a adopté une stratégie d’obstruction depuis le début de la crise de la dette. »
« Il vous faut un document écrit ? »
« Inacceptable », a estimé John Boehner, qui a préféré se retirer de la table des négociations pour proposer son propre plan. Mais ce retrait s’est traduit par une victoire médiatique pour le camp démocrate. L’idée s’est finalement imposée dans les médias : les négociations ont échoué en raison du jusqu’au-boutisme du GOP. Pourtant, il est manifeste que bien des représentants démocrates sont prêts, eux aussi, à risquer un défaut pour sauver les programmes de sécurité sociale, Medicaid et Medicare. Des mesures sur lesquelles ils comptent bien fonder leur réélection, mais qui grèvent lourdement les finances publiques américaines. Quant à l’équipe du président Obama, elle était encore bien incapable d’expliquer en quoi consiste exactement son « projet » pour sortir de l’ornière. « Il vous faut un document écrit ? », s’est exclamé Jay Carney, le porte-parole du président, en réponse aux questions insistantes du journaliste Chuck Todd à ce sujet. C’est dire.
Mais au milieu de ce pugilat, c’est sans doute le président Obama, habile tacticien politique, qui est en train de gagner le combat. Non pas qu’il ait raison sur le fond : le problème des Etats-Unis n’est pas lié aux recettes, mais aux dépenses. Une hausse d’impôts pour les plus riches, mesure relativement démagogique dans la situation actuelle, ne résoudra en rien la situation financière des Etats-Unis. Au mieux aura-t-elle pour effet de repousser sine die le problème. Barack Obama est pourtant en train de gagner une bataille décisive : celle de l’opinion américaine et mondiale. Comment ? En distillant l’idée selon laquelle le blocage serait le seul fait des républicains, irresponsables et fanatiques, engoncés dans les postures politiciennes.
Ronald Reagan récupéré par le camp… démocrate
Dernière récupération politique en date, le camp démocrate s’est réclamé de… l’ancien président Ronald Reagan, toujours aussi populaire auprès des Américains, pour justifier un programme de hausse des dépenses et des impôts : « je me retrouve ces jours-ci à devoir citer Ronald Reagan, déclarait récemment la sénatrice démocrate Barbara Boxer (Calif.), les pleines conséquences d’un défaut ou même d’un risque sérieux de défaut des Etats-Unis sont impossibles à prédire et catastrophiques à imaginer, […] la nation ne peut guère se permettre un tel résultat. » Le commentateur de la chaine MSNBC, Chris Matthews, est même allé jusqu’à se demander si « Ronald Reagan serait encore républicain aujourd’hui. », au regard d’un accord que l’ancien président a consenti avec la majorité démocrate lors de son mandat, lequel prévoyait 3$ de réduction de dépenses contre 1$ de nouveaux revenus. « Le congrès n’a jamais réalisé un centime de coupes budgétaires », se serait lamenté Reagan plus tard. Une anecdote pourrait n’être pas sans lien avec l’intransigeance républicaine actuelle.
Pour ne rien arranger, John Boehner doit faire face à l’opposition de son propre camp vis-à-vis d’un plan qu’il a préparé, retoqué par le Congressional budget Office (CBO) qui a estimé que les baisses de dépenses de ce plan seraient moindres que prévues. « Si ce plan atteint mon bureau, j’y mettrais mon veto », a déclaré le président Obama. Pour Marc Thiessen, analyste pour the American Entreprise Institute, cette menace a peu de chances d’être mise à exécution, mais elle sert la communication de la Maison blanche. Comme quoi, on peut avoir tort économiquement, mais être gagnant politiquement. A long terme, hélas, il n’est pas certain que la situation financière des Etats-Unis en sorte grandie.


















Jiggs
Nul, nul à chier comme raisonnement de quelqu’un qui ne comprend rien à l’économie et qui met l’argent au-dessus des gens et non à leur service. Pitoyable! Que les vieux meurent, que les programmes sociaux disparaissent? Qui dans ce cas achéterait ce que les riches américains ont à vendre? Mauvais journalisme quand tu nous tiens!
Benoît Toussaint
Bonjour,
merci pour ce commentaire.
Manifestement, quelques logiques économiques semblent vous échapper également : pour donner de l’argent aux « vieux » et aux nécessiteux, encore faut-il en avoir (de l’argent). Je doute qu’une politique de dépenses à tout va soit soutenable, surtout au vu de l’état d’endettement des Etats-Unis. Sans coupes budgétaires massives, il n’y aura bientôt plus rien à donner.
Il n’est pas souhaitable que les programmes sociaux disparaissent. En revanche, il est souhaitable qu’ils ne soient plus exercés par des organismes publics, mal adaptés à la grande disparité des situations de ceux qui sont dans le besoin, très souvent mal gérés et donc extrêmement gaspilleurs de l’argent public (collecté sur les ressources des contribuables qui auraient sans doute pu l’utiliser à meilleur escient).
Il y aurait donc beaucoup plus de personnes susceptibles d’acheter « ce que les riches américains ont à vendre », si le montant des impôts était moins élevé. Il y aurait également plus d’argent dans les circuits économiques pour investir, créer de la croissance et des emplois.
Comme toujours en économie, il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. (cf. Frédéric Bastiat)
au plaisir de vous lire,
gwann
Votre avis sur la gestion des programmes sociaux est l’exact opposé de celle de Paul Krugman qui donne des chiffres et ne se limitent pas à l’idée vague -et jamais démontrée car indémontrable et souvent fausse, du privé qui se débrouille mieux. Je vous conseille très fortement de lire (si ce n’est pas fait, il est évident qu’un commentaire dans un blog limite la possibilité de tenir un raisonnement construit et complet) « L’Amérique que nous voulons » (Conscience of a Liberal), et tout particulièrement la partie sur l’assurance maladie. Vous y verriez, chiffres à l’appui, que la gestion privée est bien moins efficiente, bien plus coûteuse qu’une gestion publique. Les raisons en sont simples, le privée devant faire des bénéfices, il dépense des sommes extrêmement importantes pour ne pas assurer les personnes à risques. Ces frais n’existent pas dans un système de sécu publique.
Je n’entends pas utilisé un argument d’autorité mais vous permettre, si besoin est, de compléter votre argumentaire. Comme vous le dites, l’économie ne se limite pas a des a-priori idéologiques quels qu’ils soient.
Benoît Toussaint
Bonjour,
merci à vous aussi d’avoir pris le temps de commenter.
Je vous avoue que je ne suis pas très surpris que mon avis sur les programmes sociaux soient en totale opposition avec celui de P. Krugman.
Je serai moins catégorique que vous concernant l’impossibilité de prouver la plus grande efficacité du privé sur le public. Force est de constater que tous les pays qui ont tenté d’abolir l’initiative privée : URSS, Chine, Corée du Nord, Cuba, Vietnam, Cambodge, Allemagne de l’Est, Pologne, Ukraine, Biélorussie, etc. n’ont pas été de franches réussites… Il est même notable que pour survivre, ils ont été obligés de revenir vers des formes d’initiatives privés.
Plus près de nous, prenez l’exemple de l’aviation civile, les prix des billets d’avion n’ont jamais été aussi bon marché que depuis que le ciel est ouvert à la concurrence. Fausse réussite ? Je ne crois pas, pourvoir faire un aller/retour en Indonésie pour moins de 600 euros (avec Air Asia notamment) est quelque chose de fabuleux.
Je crois qu’il ne faut pas confondre : coût et prix. La gestion du privé n’est pas plus coûteuse que celle du public. C’est tout le contraire. Le public n’étant pas en situation de concurrence, il n’a aucune obligation de réduire ses coûts, et bien souvent, il n’y songe même pas. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder le résultat de 40 années de gestion publique aux Etats-Unis : http://www.wtfnoway.com/
Le prix des services assurés par le public nous semblent moins chers, mais c’est un leurre. Quand je paye un service public 10 euros, il faut avoir en tête que j’ai déjà payé une partie de ce service lorsque j’ai réglé mes impôts. J’ai payé deux fois finalement. Le service coûte en réalité 80, 90 voire 100 euros. Alors que, lorsque je paye un service privé 40 euros, j’ai l’impression de payer plus au moment de mettre ma carte bleue dans la machine, mais en réalité, ce service coûte moins cher.
Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, encore et toujours.
gwann
Si démontrer c’est prendre des exemples, je m’incline. Je n’ai pas vraiment envie de discuter avec quelqu’un qui confonds sophisme et logique. Nous discutions de la place respective du public et du privé dans nos économie, ce n’était surement pas une comparaison entre les systèmes qui mélangent public et privé (nos économies) avec les économies dirigistes planificatrices socialistes.
De toute manière, l’économie ne sert qu’à soutenir un projet politique, son efficacité ne peut être jugé qu’à la réussite de la politique souhaitée. Il est dommage que cette idée soit toujours oubliée, mais c’est grâce à cet oubli que des politiques économiques anti-populaires peuvent s’imposer en démocratie.
Benoît Toussaint
Re-bonjour,
Vous estimiez dans votre premier commentaire que mes propos étaient « vagues », mes exemples visaient simplement à les relier à la réalité. Du reste, je n’ai jamais entendu dire qu’il était interdit de s’appuyer sur des cas concrets pour étayer une argumentation.
« De toute manière, l’économie ne sert qu’à soutenir un projet politique, son efficacité ne peut être jugé qu’à la réussite de la politique souhaitée. » Est-ce à dire, selon vous, que la fin justifie les moyens ?
gwann
- Pour le premier point, je vous l’accorde, veuillez m’en excuser.
- Non je suis en train de dire qu’une même politique économique doit être jugé différemment selon la raison pour laquelle a été mise en oeuvre. Si l’on oublie les interactions pour se limiter à un modèle simpliste, diminuer le temps de travail en diminuant le salaire est une bonne chose si la politique a fixé comme objectif de diminuer le taux de chômage, mais une mauvaise chose s’il est d’augmenter le niveau de vie des salariés, et sans doute neutre s’il est d’augmenter le niveau de vie pour l’ensemble de la population.
L’idée selon laquelle la priorité est d’avoir la plus forte croissance du PIB n’implique pas la même politique économique que celle qui fixe comme priorité la meilleure répartition de cette croissance. Pour une grande majorité de la population, il est certainement préférable que le PIB n’ait qu’une croissance que de 2% (et pour eux seulement 1% d’augmentation du revenu) plutôt qu’une croissance de 4% mais sans augmentation de leur revenu, cette richesse créée ne profitant qu’à une minorité (pas forcement petite je précise). Mais en ne présentant que la 1ère possibilité comme souhaitable (en ne mentionnant même pas l’autre), on parvient à faire voter contre ses intérêts une partie de l’électorat.
romain
Très bon article.
Si les républicains ne gagnent pas en 2012 les USA sont foutus. Le problème c’est que le GOP est en train de perdre la bataille médiatique, a perdu la bataille des financements alors que la bataille des idées était sensée avoir été gagnée par les pères fondateurs…
Le seul espoir serait que les frères Koch et autres riches partisans de la liberté ouvrent le robinet à fric au niveau fédéral car c’est malheureux à dire mais les élections se gagnent à coup de dollar et non d’idées.
Quant à la référence de Reagan par le président Hussein Obama c’est juste un énorme foutage de gueule, sans parler de l’attitude pitoyable des démocrates dans cette affaire avec un premier celle de Steve Cohen.
C’est étrange,…. les commentaires stupides d’anti républicains ne me surprennent pas. Quand on est dans un pays où la survie de 80% de la presse dépend de subventions, c’est-à dire du produit de la spoliation légale il n’est pas surprenant que les citoyens de ce même pays soient complètement à côté de la plaque.
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D.J
Si les démocrates cite Reagan pour les dépenses publiques, faut savoir aussi que ce fut en bonne partie pour couler l’URSS. De plus il a sorti les USA de la léthargie économique. On peut pas en dire autant pour Obama pour l’instant.
@ Gwan,
Un PIB de 4% hausse de salaire ou non profitent à presque tout le monde. Baisse du chômage, hausse du taux d’activité de la population et augmentation des recettes publiques pour pouvoir financer les infrastructures et les aides sociales.
Il est vrai aussi qu’il peut y avoir de la croissance sans emploi. C’est un peu ce qui se passe actuellement aux USA. Cela dépend aussi de la politique économique d’un pays. Plus le système économique est libéré, plus la croissance est bénéfique pour le plus grand nombre.
Adrien
Il est curieux qu’on se questionne encore surdu pourqoi et non strictement sur le comment faire.
Le sentiment patriotique américain ( prière le matin, hymne national au levée, pistolet bien en poche, gueres par dessus guerre) me semble plutôt écarté lorsqu’il s’agit de supporter l’économie. On dirait que le sentiment collectif disparaît!
Juste une petite question aux grands savants et penseurs de l’économie, que je ne suis pas, évidemment: Combien y-a-t-il eu de déclarations d’impôt faites au fédéral USA en 2010? Pourquoi la question? Pour se livrer à peiti calcul, juste pour voir, en prenant la dette fédérale totale largement le résultat des politiques républicaines sous BUSH, au nom du mensonge (IRAK entre autres) et qu’on la divisait par le nombre de cotisants, quel serait la moyenne?
Si ensuite on pondérait la cotisation moyenne spéciale par niveau du revenu de chacun et qu’on affectait à chacun un montant de leur contribution, n’est-ce pas que la dette serait totalement remboursée? Si c’est trop cher par par personne, pourquoi alors ne pas allongé la période de remboursement, 1 à 2 ou 3 ans par exemple, ou ne pas au moins rembourser une partie significative de la dette?
Anisi, tous les américains, surtout ceux qui profitent largement du rêve américain en empochant des fortunes sur le dos de moins riches, généralement ceux qu’on envoie se battre et qu’on oublie ensuite, sauf lors de cérémonies commératives…, démontreraient leur patriotisme et contribueraient à remettre à la norme des pays véritablement riches, leur pays si chéri.
N’est-ce pas qu’avec un tel effort collectif et à la mesure de chacun, que les USA redeviendraient un pays en position de force économique sans dette ou peu endetté face à l’ensemble mondial plutôt que la prochaine victime de la pression mondiale économique, particulièrement chinoise, indienne ou russe, tiersmondiale en développement, pour ne nommer que ceux-là?
Est-ce si ridicule, illogique ou d’un réel patriotisme?
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? Cela n’entraîne que le manque de responsabilité collective et surtout, de courage politique, dont Obama faisait pourtant image il y a peu de temps.
Une véritable décision encadrée d’obligations strictes imposées au monde financier serait une partie du règlement de la dette américaine et de la perte constante de leur position au niveau mondial, à tous égards. On le voit bien, l’absence de règlementation ou la dérèglementation, au nom de la liberté, ont pourtant fait leur preuve d’inscuccès et de banditisme à cravate! Une banque n’a-t-elle pas récemment supprimer 30,000 emplois dans le monde en fermant des réseraux d’affaires dans des pays, au motif qu’il y a trop de règlementation. Pourquoi croyez-vous?
À « Meet the press » récemment, quelqu’un disait que les améracians devaient comprendre que le retour à la normale ou à la richese ne pourra se faire sans sacrifices. La question est donc celle-ci: Qui souffrira, tous ou juste les moins bien nantis, et cela de plusieurs façons?
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