A la une Politique économique — 11 juillet 2011
Déficit commercial et emploi, par Daniel Griswold

Pour l’analyste du CATO Institute, le déficit commercial, qui pour certains porte atteinte à la création d’emplois, ne devrait pas être l’objet d’inquiétudes. Article publié par le Washington Times et traduit de l’Anglais par Philippe Deswel pour Le Bulletin d’Amérique avec l’aimable autorisation de Daniel Griswold*. Titre original: Truth about Trade Deficits and Jobs.

De manière aussi prévisible que la pleine lune, la publication mensuelle des chiffres gouvernementaux sur le commerce extérieur américain provoque invariablement une réponse uniforme de la part des commentateurs économiques:

Si les importations décroissent et que le déficit commercial se réduit, ils l’annoncent comme de bonnes nouvelles pour la croissance et l’emploi. Si les importations et le déficit augmentent, ils considèrent que ce sont de mauvaises nouvelles – il s’agirait d’«un frein à la croissance.» Le commentaire de Peter Morici, de l’Université du Maryland, la semaine dernière, est symptomatique. Celui-ci écrivait que les derniers chiffres publiés montrent qu’« un déficit commercial en augmentation ralentit la croissance ainsi que la création d’emplois. »

L’opinion qui prévaut sur les déficits commerciaux et la croissance se construit sur la logique keynésienne, simple mais très imparfaite, selon laquelle les importations représentent une fuite de la demande à l’étranger. Selon ce point de vue, chaque voiture, table ou chemise que nous importons est un élément de moins que nous devons produire pour satisfaire la demande intérieure… mettant des Américains au chômage et réduisant la production globale.

La vision critique de ces commentateurs souffre d’une conception trop étroite de la balance commerciale. Un déficit ne signifie pas que les fonds versés à l’étranger ont tout simplement vocation à disparaître. Ils vont, de fait, rapidement retourner aux Etats-Unis. S’ils ne sont pas utilisés pour acheter nos produits et services à l’exportation, ils sont utilisés pour acheter des actifs américains – bons du Trésor, actions d’entreprises ou obligations, immobilier ou dépôts bancaires…

De cette façon, le déficit commercial américain est toujours et presque exactement compensé par un excédent d’investissement étranger. L’excédent net des investissements étrangers aux États-Unis chaque année maintient les taux d’intérêt à long-terme bas, empêche l’éviction de l’investissement privé par l’emprunt public et favorise la création d’emplois par des investissements directs dans les usines américaines et les entreprises.

Au sens large, nos échanges commerciaux avec le reste du monde sont toujours équilibrés. En 2010, les Américains ont acheté pour 4 milliards de dollars de biens, services et biens de l’étranger, tandis que les étrangers ont acheté 4 milliards de dollars de biens, de services et d’actifs des États-Unis

Les rapports réguliers de l’Economie Policy Institute (EPI), – qui bénéficie du soutien des syndicats, – montrant d’importantes pertes d’emplois en raison des déficits commerciaux se fondent sur cette mauvaise compréhension keynésienne du commerce. Les modèles élaborés par l’EPI ignorent les emplois créés par les flux d’investissements étrangers, et par les économies de coûts engendrées par le fait que les ménages américains et les entreprises sont en mesure d’acheter des biens et services sur les marchés mondiaux à des prix plus compétitifs.

Dans une étude récente du Cato Institute, intitulée « Le Credo de la balance commerciale», j’ai examiné le résultat des 30 dernières années de performance économique aux États-Unis. Il s’agissait de tester cette sagesse conventionnelle, portée par le courant keynésien, par rapport à la question des déficits commerciaux et de la croissance. L’étude a comparé la manière dont l’économie américaine s’est comportée durant les périodes où le déficit commercial en biens et services était en hausse en pourcentage du produit intérieur brut (1982-1984, 1992-1995, 1997-1900, 2001-06 et 2009-10) par rapport aux périodes où il se contractait (1987-1992, 2000-01 et 2006-09). Les résultats montrent que la sagesse conventionnelle se trompe systématiquement.

Depuis 1980, le PIB réel américain a augmenté à un taux annualisé de 3,6% pendant les périodes où le déficit commercial était en hausse, comparé à un lent 1.0% pendant les périodes où ce déficit diminuait. Alors que les déficits commerciaux, perçus comme un frein à la croissance, faisaient l’objet d’une vaste protestation!

Malgré les préoccupations au sujet de la base industrielle américaine, la production manufacturière au cours des périodes d’expansion des déficits commerciaux a augmenté d’une croissance saine de 5,2% par an. Pendant les périodes de baisse des déficits commerciaux, la production manufacturière se contractait à taux annualisé de 2,0%.

Les déficits commerciaux ne sont pas, non plus, un frein à l’activité sur les marchés financiers. Pendant les périodes de hausse de ces déficits, l’indice Standard & Poor 500 a augmenté à un taux annualisé de 11,3%. Au moment où ces déficits diminuaient, le marché boursier était coincé en position neutre, avançant à une moyenne dérisoire de 0,3% par année !

Quant à la question politiquement sensible de l’emploi, on observe que, pendant les périodes de déficit commercial en hausse, l’emploi a augmenté à une moyenne annualisée de 1,4%. Ce chiffre est à comparer à une croissance nulle en moyenne au cours des périodes où ce déficit était à la baisse. Le taux de chômage a baissé en moyenne de 0,4% par an pendant les périodes de hausse des déficits, comparativement à 1 point par an quant déficit déclinait – soit juste le résultat inverse de ce que prévoit la modélisation de l’EPI !

Conclusion : nos politiciens doivent cesser de se préoccuper du déficit commercial. Au lieu de cela, ils doivent tourner leur attention vers la réduction des déficits publics, tout en maximisant la liberté des Américains à acheter et vendre des biens, des services et des actifs sur les marchés mondiaux, dans une logique de gain mutuel.

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*Daniel Griswold est Directeur du centre d’études Herbert A. Stiefel pour la politique commerciale du CATO Institute. Il est l’auteur d’un nouvel ouvrage, Mad about Trade: Why Main Street America Should Embrace Globalization. Il est diplômé en journalisme de l’université du Wisconsin et en Politique économique de la London School of Economics.

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A lire:

Dette: les négociations dans l’impasse, par Benoit Toussaint;

Ron Paul est-il crédible? par Philippe Deswel;

Quel Républicain face à Obama? Par Kenneth R. Weinstein (Président du Hudson Institute)

A propos de l'auteur

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(1) Commentaire

  1. Une pensée inspirée du keynésianisme, ou, plus simplement, du mercantilisme.