Dette : les négociations dans l’impasse

Par Benoît Toussaint — Alors que les craintes d’un défaut de paiement de l’État américain se renforcent,  John Boehner, patron de la Chambre des représentants a annoncé hier soir renoncer à un accord global sur le relèvement du plafond de la dette. À Washington, la pression s’accroît sur les deux camps sur fond d’arrières-pensées électorales. Mis à jour le 10/07/2011

Les couloirs de Washington sont en ébullition depuis hier soir. Alors qu’une solution semblait se profiler concernant l’épineux dossier du relèvement du plafond de dette américaine, John Boehner, président de la Chambre des représentants, a annoncé qu’il renonce à un accord global sur cette question. « En dépit des efforts de bonne foi pour trouver un socle commun, la Maison blanche ne cherchera pas à obtenir un accord plus grand sur la réduction de la dette sans des hausses d’impôts. Je crois que la meilleure approche pourrait être de se concentrer sur une mesure plus réduite », a-t-il déclaré. Un plafond qui s’élève à 14.300 milliards de dollars et que les Etats-Unis ont désormais atteint. Sans un relèvement de cette limite avant le 2 août, le Trésor américain serait alors en incapacité de contracter des emprunts supplémentaires sur les marchés pour financer le déficit budgétaire. Les Républicains refusent toujours d’augmenter ce plafond sans un engagement de réduction des dépenses de l’Etat. A l’inverse, pour les Démocrates, pas question de réduire les dépenses: il faut d’abord augmenter la fiscalité.

Lors d’une rencontre secrète avec le président Barack Obama, la semaine dernière, le patron de la Chambre des représentants John Boehner avait pourtant émis l’idée d’une refonte générale du code fiscal, permettant d’augmenter les revenus. En échange, l’administration présidentielle devait procéder à  des coupes sévères dans les dispendieuses dépenses du Medicare, Medicaid et de la Sécurité sociale. Mais pour les Républicains, dont les faits et gestes sont scrutés de près par les militants du Tea Party, il est toujours hors de question d’envisager une nouvelle hausse généralisée des impôts. Alors que faire ?  Barack Obama va sans doute continuer à faire pression pour un large accord visant à stabiliser la flambée de la dette nationale. Sans un tel plan, les législateurs des deux partis ont dit qu’ils refuseraient d’accorder à l’autorité du Trésor américain la possibilité de contracter des emprunts supplémentaires.

2012 dans le viseur

Dans le camp présidentiel, le temps presse. La prochaine élection arrive à grands pas et l’on commence sérieusement à se creuser la tête pour remplir la besace de campagne du futur candidat Obama. Et de toute évidence, les éléments positifs solides à mettre au crédit du président ne sont pas légion. Enterrée la promesse de fermeture de la prison Guantanamo, ratée la réforme emblématique de l’Obamacare, désenchanté le renouvellement des relations internationales avec le monde arabe. Certes, il y a la suppression du chef d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden. Une mission dont le mérite revient sans conteste à Barack Obama. Mais les accusations de « manque de leadership » qui ont suivi, avec l’annonce d’un retrait rapide d’Afghanistan, ont sérieusement entaché ce succès.

Pour couronner le tout, un rapport du Bureau des statistiques du marché de l’emploi, paru hier, a une nouvelle fois assombri le bilan économique du Président. Ces données montrent que le taux de chômage a augmenté, passant de 9,1 à 9,2% alors même que le nombre de travailleurs a diminué. Une nouvelle alarmante qui a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans la classe politique américaine. Comme le relève Peter Wehner dans les colonnes de la revue Commentary, les adjectifs décrivant ces nouveaux résultats ont déjà été épuisés : sombres, horribles, affreux, lamentables, terribles, absolument plats.

Les Démocrates inquiets et mécontents

Barack Obama a donc une marge de manœuvre réduite s’il veut prétendre à un deuxième mandat et l’échec d’un accord sur le relèvement du plafond de la dette pourrait sérieusement compromettre ses chances. Mais en cédant aux exigences des Républicains, le Président pourrait bien tomber de Charybde en Scylla. Il prendrait, en effet, le risque de mécontenter son propre camp.

« Selon ce qu’ils décident, ils pourraient ne pas avoir le soutien des Démocrates », déclarait le sénateur Sheldon Whitehouse, élu démocrate de Rhode Island, lors d’une interview récente. « Je pense que c’est une chose risquée pour la Maison Blanche que de parier sur le fait que nous allons accepter un accord présenté à la dernière minutes ». Force est de constater que les négociations entre le Président et le chef des Républicains à la Chambre ont fortement inquiété les représentants démocrates, qui restent persuadés que Medicare et Medicaid restent leurs meilleurs atouts pour reconquérir une majorité au Congrès, lors des prochaines élections l’année prochaine. Certains démocrates pourraient retirer leur soutien au projet, estimant que les conquêtes législatives dans le domaine de la santé doivent être défendues, vaille que vaille.

L’absence de consensus chez les Républicains

Les observateurs sont donc suspendus à cette question : Barack Obama va-t-il accepter une proposition d’accord ? Rien n’est encore joué. Le journal Politico recense cinq raisons qui devraient inciter les différentes parties à conclure rapidement un arrangement : les mauvais résultats du Président américain dans les sondages, la peur pour le GOP d’être jugé responsable d’un effondrement économique, une disposition récente à plus de flexibilité sur le relèvement de certains impôts, les inquiétudes de Wall Street et l’effet apaisant qu’entraînerait un vote au Congrès.

Mais quand bien même les termes de l’accord seraient dictés par John Boehner, il n’est pas certain qu’il trouve une majorité à la chambre . Certains représentants républicains, à l’instar de Michele Bachmann, égérie du Tea Party, ont promis de ne jamais voter en faveur d’un relèvement du plafond de la dette. Ils craignent en effet qu’un relèvement ne constitue rien d’autre qu’un nouvel encouragement à encore plus de dépenses.

L’annonce du patron de la Chambre plante donc une épine supplémentaire dans le pied de l’équipe présidentielle. C’est Barack Obama qui a le plus à perdre dans toute cette affaire. La Maison blanche pourrait donc préférer une mauvaise transaction à l’absence de transaction.

Article mis à jour le 10/07/2011

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A lire, sur l’élection présidentielle américaine:

Quel Républicain face à Obama? Les chances de Pawlenty, par Kenneth R. Weinstein;

Ron Paul est-il crédible? par Philippe Deswel;

Quels atouts pour Mitt Romney? par Philippe Deswel.

A propos de l'auteur

Benoît Toussaint

Journaliste en formation au Centre de formation des journalistes (CFJ, promotion 2012). Diplômé d’une Grande Ecole en commerce international, Benoît Toussaint est blogger et auteur pour de nombreux sites et webzines sur la toile. Intéressé par la politique américaine, ainsi que par l'évolution de l'histoire des idées aux Etats-Unis.

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