In memoriam, John Hospers
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Par Damien Theillier.

John Hospers est décédé le 12 juin 2011 à l’âge de 93 ans. Avec Robert Nozick, Murray Rothbard ou Tibor Machan, il fut de ces universitaires américains qui ont travaillé à donner une crédibilité académique à la philosophie libertarienne. En mars 2011, l’Institut Coppet avait traduit pour la première fois en français l’un de ses articles : De l’égalité.

Hospers est né et a grandi à Pella, une ville située près de la capitale de l’État de l’Iowa, Des Moines, principalement habitée par les descendants des émigrés hollandais du début du XIXe siècle. Son grand-père, a été l’un des fondateurs de Pella en 1847. John est diplômé de l’école publique Pella en 1935, il obtient sa maîtrise en littérature à l’Université de l’Iowa et son doctorat en philosophie à l’Université Columbia. Il enseigne ensuite la philosophie et les sciences humaines à Columbia puis à l’Université de Caroline du Nord et à l’Université du Minnesota.

Sa thèse de doctorat, Meaning and Truth in the Arts, fut son premier livre publié. Son deuxième livre, An Introduction to Philosophical Analysis, a connu quatre éditions et fut un vrai succès grand public. Ce dernier a été suivi par son livre sur l’éthique, Human Conduct, et par un nombre considérable d’articles sur l’esthétique et l’épistémologie dans diverses revues.

En 1972, John Hospers a été le premier candidat du Parti libertarien pour la campagne présidentielle. A cette occasion, il a rédigé un manifeste politique destiné à populariser la philosophie libertarienne : Libertarianism, a political philosophy for tomorrow.

Ses nombreux essais philosophiques sont connus aux Etats-Unis pour leur style clair et élégant. Comme rédacteur en chef de la revue The personalist, John Hospers a initié à la philosophie libertarienne toute une génération de jeunes penseurs intéressés par les questions touchant l’éthique et la politique.

John Hospers et Ayn Rand

Dans les années soixante, John Hospers, était un spécialiste éminent de l’esthétique. Lorsque Hospers a rencontré Rand, en 1960, il était professeur au Collège de Brooklyn et jouissait d’une notoriété déjà importante en tant que philosophe universitaire. John Hospers fut accepté par Ayn Rand comme interlocuteur valable pour dialoguer avec elle sur l’art, l’esthétique et les fondements épistémologiques de l’objectivisme. Pendant deux ans et demi, Hospers et Rand poursuivirent des discussions approfondies. Plusieurs articles évoquant ces discussions philosophiques sont disponibles sur le site de John Hospers.

Dans sa biographie de Rand, Barbara Branden cite le témoignage de Hospers :

« Ayn Rand est l’un des penseurs les plus originaux que j’ai jamais rencontré. On ne peut échapper aux questions qu’elle a soulevées (…) À une époque de ma vie où je pensais avoir appris l’essentiel de la plupart des points de vue philosophiques, le fait d’avoir été confronté à elle, et d’avoir eu le privilège de longues discussions avec elle, a soudainement changé toute la direction de ma vie intellectuelle et placé tous les autres penseurs dans une perspective nouvelle. Quel que soit l’objet dont on discute désormais, on doit toujours tenir compte d’Ayn Rand » (B. Branden, Passion of Ayn Rand, 1986, p. 413 ; voir aussi p. 323-24).

Branden ajoute que « dans les revues savantes que Hospers a édité au cours des vingt dernières années, il a publié et fait publier de nombreux articles sur les aspects de la philosophie de Rand, afin de populariser son nom dans la littérature philosophique ».

Ils étaient néanmoins en désaccord sur certaines questions d’épistémologie et un incident mit fin brutalement à ce dialogue amical. Ayn Rand lui reprocha en effet de l’avoir contredite publiquement lors d’une conférence donnée à Harvard sur le thème « Art as Sense of Life » et rompit tout lien avec lui.

Campagne présidentielle

En 1968 Hospers est président du département de philosophie de l’Université de Californie du Sud. En 1972, il devient le premier candidat du Parti libertarien à la présidence des États-Unis. Le Parti libertarien venait d’être fondé en 1970 par David Nolan, un dissident de YAF (Young Americans for Freedom). Le programme du ticket Hospers-Nathan est simple : moins de gouvernement et plus de respect des droits des individus. Dans le décompte final, Nixon obtient 520 votes, suivi par le candidat démocrate, le sénateur George McGovern du Dakota du Sud, 17 votes, et un vote pour Hospers.

Traversant le pays de long en large pour sa campagne politique, il n’était guère préparé à cet exercice de style et fut soulagé de réintégrer l’université pour reprendre sa carrière universitaire après les élections. En 2004 il affirme :

« Les électeurs américains ne sont pas encore psychologiquement préparés à une société complètement libertarienne. Une transition vers une telle société prend du temps, des efforts et suppose la modification de l’état d’esprit de la plupart des Américains qui sont encore victimes d’une pléthore de sophismes économiques et de malentendus politiques. Il faut envisager la restructuration quasi-totale du système éducatif qui sert aujourd’hui les intérêts de la bureaucratie et du Parti démocrate, au lieu de servir les intérêts de l’élève ou des parents. Il faudra faire un exposé impitoyable de la partialité des grands médias »

Idées

Dans son livre, Libertarianism, a political philosophy for tomorrow, il écrit :

« Les hommes ont toujours essayé de conquérir la nature par la production. Et toujours, d’autres hommes ont essayé d’élargir le champ du pouvoir politique afin de saisir pour eux-mêmes les fruits de cette conquête. Le pouvoir politique est le pouvoir de l’homme sur l’homme, c’est pourquoi nous devrions le minimiser et le réduire à rien, si possible, tandis que le pouvoir économique est le pouvoir de l’homme sur la nature. (…) L’histoire est une compétition entre ces deux types de pouvoir. La puissance du capitalisme et du libre marché réside dans la croissance du niveau de vie résultant de la conquête de la nature. Le pouvoir de l’homme sur l’homme, le pouvoir politique, est ce qui nous réduit au niveau des sauvages ».

Hospers est un libertarien randien. Il plaide pour l’État minimal et la défense nationale. Il est très critique à l’égard des libertariens anarchistes et pacifistes.  Par exemple, il a écrit une lettre ouverte aux libertariens dans laquelle il affirme :

« La défense nationale est toujours coûteuse, et Bush a été largement fustigé pour ces dépenses. Mais comme Ayn Rand le disait lors d’une soirée à laquelle j’ai assisté en 1962, en réponse à ceux qui disent que les impôts sont trop élevés : Payez 80% de votre salaire si nécessaire pour votre défense. Ce n’est pas la quantité mais la finalité qui décide de ce qu’il faut payer. Et le but ici c’est la continuation de la civilisation sur terre face à des menaces considérables pour sa survie. »

Hospers s’est exprimé également contre la construction d’une mosquée à Ground Zero :

« le fondamentalisme islamique menace de plus en plus le monde comme le nazisme, le fascisme et le communisme soviétique l’ont fait il y a plusieurs décennies. Les islamo-fascistes seraient heureux d’éliminer tous les non-musulmans, sans un soupçon de regret. Beaucoup d’Américains continuent encore de s’aveugler sur cette question ».

Enfin, concernant l’immigration, Hospers formulait une objection à l’ouverture des frontières : beaucoup de gens entrent aux États-Unis pour bénéficier d’avantages sans rien offrir en contrepartie. Lorsque les nouveaux immigrants seront devenus la majorité de la population américaine, y aura-t-il autant d’ardeur pour la défense des droits individuels et du gouvernement limité ? Est-ce que les nouveaux immigrants contribueront à endiguer le flot des taxes et des réglementations qui aujourd’hui mettent la république américaine à genoux ? Hospers en doutait fortement.

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A écouter : une conversation avec John Hospers (Entretiens en 2001 entre Tibor Machan et John Hospers sur la philosophie morale, l’esthétique, la nature de la liberté et sur sa candidature aux présidentielles en 1972 pour le Parti libertarien. Tibor R. Machan est professeur émérite au département de philosophie de l’Université d’Auburn, en Alabama).

A voir : Video.

Principales œuvres :

Meaning and Truth in the Arts (1967),

Introductory Readings in Aesthetics (1969),

Artistic Expression (1971),

Understanding the Arts (1982),

Law and the Market (1985),

Human Conduct : Problems of Ethics (1995),

An Introduction to Philosophical Analysis, Fourth Edition (1996).

A propos de l'auteur

Damien Theillier

Damien Theillier est Président fondateur de l’Institut Coppet et enseigne la Philosophie.

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