Geopolitique & geoeconomie — 01 avril 2011
Sarkozy obtient ce qu’il souhaite d’Obama, par Leon Hadar

Par Leon Hadar*. Publié par The National Interest et traduit avec l’aimable autorisation de l’auteur par Le Bulletin d’Amérique.

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Le Président Barack Obama a insisté sur l’idée que les frappes militaires américaines en Libye faisaient partie d’une opération « multilatérale ». Elle contrasterait ainsi avec l’invasion unilatérale de l’Irak, lancée par son prédécesseur.

Il est vrai que l’administration Bush n’avait pas réussi à gagner le soutien du Conseil de sécurité des Nations unies pour renverser Saddam Hussein, tandis que l’administration Obama a persuadé la Russie et la Chine de ne pas opposer leur veto à la résolution du Conseil approuvant les mesures coercitives contre Mouammar Kadhafi. En outre, au moins certains membres de « la vieille Europe », qui a rejeté l’aventure militaire de Bush en Mésopotamie, ont soutenu l’action en Libye – la France étant l’un de ses principaux soutiens.

Aussi, les responsables de l’administration soulignent le feu vert (ou du moins orangé) accordé par la Ligue arabe à l’application de la zone d’exclusion aérienne. Il serait la preuve que l’action militaire contre la Libye (contrairement à l’attaque contre l’Irak) est soutenue par le monde arabe. En mettant en évidence la nature multilatérale supposée de la campagne militaire en Libye, Obama et ses conseillers ont créé l’impression que Washington avait simplement joué le rôle de catalyseur ponctuel et favorable, au sein d’un processus plus vaste.

Mais plusieurs problèmes peuvent être soulevés devant cette posture « multilatérale ». Premièrement, les institutions multilatérales ne fonctionnent pas sous l’autorité d’une «communauté internationale» imaginaire. En réalité, les politiques mises en œuvre par une institution multilatérale sont la somme des décisions stratégiques prises par ses États membres.

Quand il s’agit de projets militaires multilatéraux, l’action exige un accord entre les membres les plus puissants de cette organisation multilatérale – les nations disposant des moyens militaires nécessaires pour gagner une guerre. Ces gouvernements doivent décider si l’action militaire peut s’accorder avec leurs intérêts nationaux respectifs. En nous excusant pour le slogan de la National Rifle Association : « les institutions multilatérales ne vont pas en guerre; les gouvernements membres vont en guerre. »

Durant la plus grande partie de l’ère post-Seconde Guerre mondiale, ce fut l’Amérique, en tant que puissance hégémonique, qui permit de mettre sur pied le type d’action militaire collective dans laquelle de plus petits alliés étaient prêts à contribuer en troupes et en ressources financières. La première guerre du Golfe a été,  dans l’ère post-guerre froide, la démonstration la plus spectaculaire de la conduite d’opérations militaires multilatérales menées par les États-Unis. Le président George H.W. Bush a construit une coalition internationale qui comprenait non seulement les membres de l’OTAN et le Japon, mais aussi plusieurs gouvernements arabes.

Les critiques ont, à juste titre, contesté l’hypothèse selon laquelle la guerre du Golfe et d’autres opérations militaires menées par États-Unis ont contribué à faire avancer les intérêts nationaux américains. Mais il y a peu de doute sur le fait que c’est le leadership des États-Unis et la machine militaire américaine qui ont fait la différence durant l’opération Tempête du désert et les campagnes militaires contre la Serbie lors de la guerre des Balkans. Pour le meilleur comme pour le pire, le multilatéralisme a, dans tous ces cas, été un simple bonus, très pratique, à la puissance américaine.

La France et d’autres gouvernements ont refusé de soutenir la guerre en Irak parce qu’ils ont reconnu que l’invasion serait contraire à leurs intérêts nationaux respectifs. Pour des raisons stratégiques, économiques et démographiques, ils ont adopté un point de vue différent concernant les troubles en Libye.

L’idée que la France, l’Italie et les autres gouvernements du sud de l’Europe (ainsi que la Grande-Bretagne) devraient prendre les devants pour faire face aux bouleversements en Libye est logique. Au regard de leurs intérêts stratégiques, l’instabilité en Libye et dans le reste du Moyen-Orient devrait créer une incitation à une action collective de leur part. Après tout, la Libye est dans leur arrière cour, occupant la même position que le Mexique vis-à-vis des États-Unis. Et ces gouvernements ont les moyens militaires et financiers pour protéger leurs intérêts en Libye. Inversement, la Libye devrait être au fond – ou près du fond – du programme stratégique mondial des Etats-Unis.

La réticence initiale du président Obama d’impliquer l’armée américaine en Libye avait un sens stratégique. S’il avait persisté dans cette attitude, il aurait pu fournir les incitations pour la France et la Grande-Bretagne de développer et de mettre en œuvre une opération dirigée par les Européens en Libye, les États-Unis ne fournissant qu’un appui logistique très limité.

Au lieu de cela, sous la pression des «interventionnistes humanitaires » de son administration, Obama a décidé que Washington prendrait les mesures initiales – et le rôle de leadership initial – du lancement de l’action militaire en Libye, en espérant que la France et les autres gouvernements finiraient par prendre le leadership de l’opération.

Obama a joué directement le jeu du Président français Nicolas Sarkozy, qui a réussi à attirer les États-Unis dans une campagne militaire visant à protéger l’intérêt général français et européen. Dans le récit français qui émerge, la France est celle qui dirige la campagne en Libye. En réalité, les Français et les autres alliés européens continuent d’être les passagers clandestins [les free riders] des efforts de l’armée américaine.

Alors même que l’OTAN prend officiellement le contrôle des opérations en Libye, c’est l’Amérique qui continuera d’assumer, comme leader de l’OTAN, les principales dépenses militaires et financières, comme elle l’a fait en Afghanistan. Il y a là un danger évident d’être entraîné dans un nouveau bourbier – bien que celui-ci aura cette fois une apparence multilatérale.

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* Leon T. Hadar est analyste en relations internationales au CATO Institute. Il a enseigné à l’American University, a été Directeur des études internationales au Mount Vernon College, et au Centre pour le Dévoloppement international et le management des conflits à l’Université du Maryland. Il a étudié à la Hebrew University de Jésusalem, a été diplômé d’un master en journalisme et affaires internationales à Columbia et d’un Ph.D. en relations internationales à l’American University.

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