Philippe Herlin est analyste en Finance, chargé de cours au CNAM. Il l’auteur de deux ouvrages, France, la faillite? et Finance, le nouveau paradigme. Il tient le blog la dette de la France.
Le Bulletin d’Amérique: Philippe Herlin, vous analysez les mécanismes de la dette. Où en sont les Etats-Unis?
Philippe Herlin: Le déficit budgétaire est en train d’exploser. En 2009, les recettes du budget fédéral se sont élevées à 2.105 milliards de dollars, les dépenses à 3.518 milliards, soit un déficit de 1.413 milliards de dollars. Les recettes couvrent seulement 60 % des dépenses ! 40 % de déficit ! Le budget fédéral est hors de contrôle et, alors que les Etats-Unis entrent en période électorale, ni les Démocrates ni les Républicains ne veulent trancher dans les dépenses publiques. Résultat, la dette fédérale enfle et la limite actuellement fixée à 14.300 milliards de dollars sera bientôt atteinte obligeant ainsi le Congrès à la relever, occasion d’un nouveau bras de fer entre les deux partis…
Comment percevez-vous l’avenir économique à court et moyen terme de ce pays?
Si l’on compare à la France, l’économie américaine est beaucoup plus dynamique et les recettes fiscales également (sous Clinton le budget a été plusieurs fois en excédent, alors qu’en France cela ne s’est pas produit depuis 1975). Les décideurs américains se sont dits qu’après la crise de 2008 la croissance reviendrait et les rentrées fiscales avec, ce qui rétablirait les comptes fédéraux. Le problème c’est qu’il n’y a pas de reprise. La crise est beaucoup plus profonde et durable. Les médias, le gouvernement, la Fed tentent de nous vendre un retour de la croissance alors qu’il n’y a qu’un timide rebond du PIB. Mais le chômage continue d’augmenter (malgré les manipulations statistiques), le secteur immobilier reste sinistré, nombre d’Etats sont en grande difficulté et le marché des Muni Bonds bat de l’aile… Les occasions de rechute (« Double Dip ») sont nombreuses.
Quelles seraient donc les solutions à envisager?
Pour l’instant la Fed sauve les meubles en monétisant à tour de bras (Quantitative Easing 2 de 600 milliards de dollars, consistant à acquérir des bons du Trésor), ce qui permet de « placer » la dette américaine et de maintenir les taux longs à un bas niveau. Mais cela a pour contrepartie un accroissement de la masse monétaire en dollars, auquel les producteurs de matières premières et alimentaires (toutes libellées en dollars) répondent en augmentant leurs prix (voici une des causes des révolutions dans les pays arabes !). Cette création monétaire se retrouve également sur les marchés boursiers, dont les hausses apparaissent largement exagérées. Ca ne peut pas continuer ainsi. So What ? Deuxième krach financier ? Inflation puis hyperinflation ? Crise de la dette souveraine (aux Etats-Unis, au Japon ou en Europe) ? Tout cela à la fois si ça arrive. Que faire ? Revenir à des choses simples, à la source du problème : un budget doit être équilibré, point. La « relance » ne sert à rien, les économies oui. C’est un problème politique, pas économique. La volonté politique existe-t-elle? C’est toute la question.


















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