Politique et société civile — 25 février 2011
Wisconsin : le gouverneur républicain Scott Walker décidé à tenir

Déterminé à ne pas céder à la pression des syndicats de la fonction publique aux Etats-Unis, le gouverneur républicain veut faire voter, dès que possible, son projet de loi en faveur d’une réduction drastique des dépenses publiques.

Ni les slogans injurieux, ni la charge d’Obama à son encontre ne semblent l’atteindre. Scott Walker, gouverneur républicain du Wisconsin et proche du Tea Party, se dit « serein » quant à l’issue de la bataille qu’il mène contre les syndicats de la fonction publique dans cet Etat du Middle West américain. Il faut dire que ce n’est pas la première fois qu’ils s’affrontent. Déjà, en septembre 2003, Scott Walker, représentant du comté de Milwaukee, s’était attiré les foudres des syndicats en annonçant des suppressions de postes dans les administrations publiques pour rééquilibrer le budget et éviter d’augmenter les impôts.

« Scott Walker est l’Obama républicain. Il est charismatique et sympa. C’est ce côté que voient ses électeurs plutôt que l’idéologie républicaine », affirme Mordecai Lee, professeur de sciences politiques au sein de l’Université de Wisconsin-Milwaukee. Le gouverneur était presque membre du Tea Party avant même que ce mouvement n’émerge. Et s’il y’a une chose qu’il se refuse absolument à faire : augmenter les taxes. Une position dont il n’a « jamais douté », explique l’universitaire.

La semaine dernière, le gouverneur, fraichement élu en novembre dernier, a provoqué un nouveau tollé en déclarant vouloir imiter le gouverneur du New Jersey, Chris Christie, qui a adopté un programme de réduction des dépenses et de rigueur fiscale. Scott Walker a notamment proposé d’aligner le régime de retraite et de sécurité sociale des travailleurs publics sur celui du privé. Actuellement, la plupart des employés des administrations publiques versent 1% de leur salaire pour la retraite et 6% pour financer la sécurité sociale mise en place par Barack Obama. La loi en discussion prévoit de faire passer ces contributions, respectivement, à 5,8% et 12,6%, ce qui placerait le Wisconsin dans la moyenne des Etats de l’Union. Scott Walker a également affirmé que le droit des fonctionnaires aux conventions collectives étaient le principal obstacle à l’équilibrage du budget et il a accusé les syndicats de n’être prêts à aucun compromis, en raison de la prépondérance de leurs revendications dans les choix d’arbitrage.

3,6 milliards de déficit en 2013

La bataille qui oppose le gouverneur aux manifestants a pris, ces derniers jours, un caractère symbolique. Peut-être parce que le Wisconsin est l’un des berceaux du mouvement progressiste. Peut-être, aussi, parce que d’autres Etats sont sur le point de lui emboîter le pas sur le chemin de la réduction des dépenses. Ou peut-être encore, parce que les manifestations du Wisconsin ne sont pas sans rappeler la situation de la Grèce. L’État, comme tant d’autres, est confronté à un déficit budgétaire de 137 millions de dollars qui devrait grimper à 3,6 milliards en 2013, selon les estimations du gouverneur républicain. Une situation qui s’explique par les effets de la crise, mais aussi par les baisses d’impôt engagées par Scott Walker, qui ne cache pas son admiration pour une grande figure du mouvement conservateur américain : Ronald Reagan. « Je ne laisserai pas quelques dizaines de milliers de protestataires couvrir la voix des millions de citoyens du Wisconsin, les contribuables de l’Etat, qui veulent que nous faisions des efforts pour équilibrer le budget », a déclaré le gouverneur républicain sur le blog de Heritage Foundation.

Et la réponse n’a pas tardé à venir après l’annonce de la fuite de 14 sénateurs démocrates, refusant de prendre part au vote qui tournerait à l’avantage des républicains, selon toute vraisemblance. Le gouverneur Scott Walker a lancé la police de l’État sur la piste des sénateurs démocrates, pour les forcer à « faire leur job », a-t-il lancé. Au moins un sénateur démocrate doit participer au vote pour permettre l’adoption du projet de loi controversé qui fait l’objet de manifestations depuis trois jours à Madison, capitale du Wisconsin. Actuellement, les 14 sénateurs démocrates de l’État seraient en Illinois.

Des fonctionnaires trop avantagés par rapport aux salariés du privé

Très critique vis-à-vis du mouvement syndical, le commentateur conservateur John F. Di Leoironise, sur le site American Thinker, sur le discours des protestataires qui veut « convaincre un public, déjà surtaxé, que les fonctionnaires, grassement payés, devraient être protégés des coupes budgétaires que la plupart d’entre nous doivent supporter en raison de l’évolution du monde ». Et John F. Di leo rappelle que les employés du service public ont acquis, au cours du XXe siècle, toujours plus d’avantages et ont réussi à obtenir des salaires en moyenne plus élevés que ne pourraient l’espérer ceux du privé. Pendant que le secteur privé a du faire face à un gel des salaires, voire des diminutions, et a vu ses bénéfices diminuer, le secteur public a trop souvent bénéficié d’augmentation régulière du traitement des fonctionnaires, sans réduction aucune de leurs avantages sociaux.

Les républicains y voient une chance de prouver qu’ils sont capables de prendre des décisions courageuses en faveur des coupes budgétaires et de s’attaquer au pouvoir des puissants syndicats qui comptent parmi les principaux soutiens du parti démocrate lors des campagnes politiques. L’Union devra faire face à un déficit cumulé de 175 milliards de dollars en 2013. Et nombreux sont les experts qui estiment que les revenus fiscaux ne seront pas suffisants pour revenir à l’équilibre, avant que l’économie américaine ne renoue avec la croissance et l’emploi. Raison de plus pour diminuer les dépenses de l’Etat fédéral.

A propos de l'auteur

Benoît Toussaint

Journaliste en formation au Centre de formation des journalistes (CFJ, promotion 2012). Diplômé d’une Grande Ecole en commerce international, Benoît Toussaint est blogger et auteur pour de nombreux sites et webzines sur la toile. Intéressé par la politique américaine, ainsi que par l'évolution de l'histoire des idées aux Etats-Unis.

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(9) Commentaires

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  2. Est-il vrai que dans cette affaire, les républicains veulent interdire les syndicats? Ce sont des affirmations sur les commentaires postés sur mon blog traitant du même sujet.

    D.J

    • Bonjour D.J.

      Je vous remercie pour ce commentaire.

      Les républicains dénoncent les « collective bargaining », dans lesquels les syndicats ont une voix prépondérante, ce qui leur a permis, au fil des années, de faire passer de nombreux avantages que n’ont pas les salariés du privé. Scott Walker et ses collègues veulent donc limiter ces négociations, mais ils ne se sont jamais prononcés, à ma connaissance, pour interdire les syndicats. Toutefois, il est vrai qu’une remise en cause des droits de négociation des travailleurs publics viendrait considérablement affaiblir les syndicats…

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