Alors que de nombreux gouverneurs républicains sont prêts à faire des coupes budgétaires importantes pour réduire le déficit des Etats de l’Union, l’administration Obama se place à gauche en soutenant les mouvements d’opposition organisés par les syndicats du secteur public.
Le président Barack Obama a décidé de sortir du statu quo et de s’engager dans la bataille qui fait rage, actuellement, dans le Wisconsin. Depuis une semaine, cet important Etat du Middle West est en proie à de virulentes manifestations de la part des syndicats de fonctionnaires qui protestent contre la politique de réduction budgétaire du gouverneur républicain Scott Walker. Ce dernier a récemment annoncé une loi visant à supprimer des postes dans les administrations publiques ainsi qu’à aligner les régimes de retraite et de santé des fonctionnaires sur ceux du privé, soit une augmentation de 8% des cotisations dans le public. Mais surtout, il a déclaré vouloir mettre fin au « collective bargaining », ces négociations qui permettent aux syndicats de négocier et d’obtenir nombre d’avantages sociaux dans les administrations fédérales.
« Ce que j’ai entendu dans de Milwaukee, où l’on est en train de rendre plus difficile l’accès des employés public à aux négociations colletives, ressemble bien plus à un assaut contre les syndicats », a déclaré Barack Obama sur une chaine de télévision locale. Le président américain a également accusé le gouverneur Scott Walker de déchainer une législation punitive contre les fonctionnaires de l’Etat. Ce revirement spectaculaire à gauche rompt avec l’offre de collaboration faite par le président américain aux conservateurs après leur écrasante victoire lors des élections de mi-mandat en novembre dernier.
Dans les rues de Madison, capitale de l’Etat du Wisconsin, quelque 68000 manifestants scandaient, jeudi 17 février, des slogans vengeurs sous les vitres du Congrès, accusant le « gouverneur fasciste » de vouloir « détruire leurs droits humains », ou criant « un dictateur au tapis, un autre à abattre », en référence à la situation en Egypte. Le millionnaire Michael Moore s’est associé au mouvement, lui aussi, en postant sur twitter : « Madison est le nouveau Caire, (…) toute l’Amérique qui travaille est avec nous ». Le guitariste du groupe Rage against the machine Tom Morello s’est même offert un concert improvisé et a déclaré : « peu importe ce que fait Scott Walker, le Moubarak du Wisconsin, ce pays est le nôtre ».
Un amalgame absurde ? Pas tant que cela, répond, Paul Krugman, le célèbre commentateur du New York Times, qui avait pourtant dénoncé la verve guerrière du Tea Party après de la tuerie de Tucson. Il verrait des similarités entre les deux révoltes. Ce qui se passe dans le Wisconsin ne serait pas une histoire de rigueur fiscale mais de « pouvoir », a-t-il expliqué. Walker et ceux qui le soutiennent essaieraient de faire du Wisconsin, et à terme de l’Amérique, « moins une démocratie qui fonctionne qu’une oligarchie du tiers monde ». En attaquant les syndicats, on menacerait ainsi l’un des derniers « contrepouvoirs » aux milliardaires et l’un des derniers défenseurs de la classe moyenne, a-t-il ajouté.
Ces analogies sont devenues monnaie courante ces derniers jours, note Alana Goodman sur Contentions, le blog de la revue Commentary, depuis qu’une pizzeria a accepté des dons de personnes extérieures au Wisconsin qui souhaitaient soutenir les manifestants en leur faisant parvenir des pizzas. Selon le restaurant, ces dons seraient venus du monde entier, Egypte y comprise. Et c’est sur cette information que les médias ont écrit la légende d’une convergence entre la révolte égyptienne et le mouvement syndical du Wisconsin, analyse Anala Goodman.
Jeudi dernier, 14 représentants démocrates au sénat local ont même décidé de s’enfuir du Wisconsin pour ne pas avoir à prendre part au vote qui aurait de grandes chances de pencher en faveur des républicains. La loi exigeant un minimum de 20 sénateurs pour que le scrutin puisse se tenir, les démocrates cachés, qui se font déjà appelé « Wisconsin 14 », ont indiqué qu’ils ne reviendraient pas tant que le gouverneur ne proposerait pas un compromis. Cette bataille est d’autant plus sérieuse qu’elle est en passe de s’étendre à d’autres Etats américains, dans lesquels les gouverneurs républicains souhaitent mettre en place des mesures similaires, comme en Ohio ou en Floride. L’équipe du président Obama travaillerait actuellement en collaboration étroite avec les syndicats nationaux et fédéraux du public pour organiser des mouvements de protestations dans d’autres Etats de l’Union, affirmait vendredi dernier le Washington Post. Les efforts des démocrates ont permis à des défilés de travailleurs publics de se tenir également en Indiana et en Ohio. Certains membres de syndicats prédisent déjà d’autres manifestations dans le New Jersey, le Missouri et la Pennsylvanie.
_________
A lire: La polarisation de l’Amérique, par Stanley Kurtz, de l’Ethics and Public Policy Center.


















Pingback: Etats-Unis : Obama se recentre à gauche dans la bataille du budget @ Librement vôtre
jeanbarre
c’est comme chez nous en France.
Dès que vous touchez aux privilèges des fonctionnaires, ceux ci descendent dans la rue pour contester.
Mais il se trouve que dans cet Etat américian au bord de la faillite, la nouvelle majorité républiciane élue veut tout simplement appliquer son programme de réduction des coûts.
Ceux qui sont dans la rue sont minoritaires et refusent le principe de base de la démocratie , à savoir laisser la nouvelle majorité appliquer son programme
aux States c’est comme en France les fonctionnaires ont des avantages que n’ont pas les salariés du privé
Le Bulletin d'Amérique
Merci de votre commentaire. On trouve en effet des constantes de part et d’autre de l’Atlantique. La situation politique américaine diffère cependant de celle dans l’Hexagone, du fait du mouvement Tea Party.
Vous trouverez ici un article de Stanley Kurtz qui permet de comprendre que celle-ci devrait atteindre un nouveau paroxysme dans les mois ou années à venir. On peut douter de la capacité du seul Obama à piloter un mouvement populiste-progressiste mais ses remarques sur l’émergence de celui-ci et ses conclusions sur le durcissement de la politique américaine sont indéniablement à retenir:
http://lebulletindamerique.com/2011/02/21/la-polarisation-de-lamerique-par-stanley-kurz/
poular
ras le bol d’entendre ces arguments ringards qui consistent à attaquer les soit- disant avantages des fonctionnaires par rapport au privé, pour qui roulez vous ???
Diviser pour mieux regner, c’est vieux comme le monde, en affaiblissant les services publics, c’est toute la classe des travailleurs que vous affaiblissez, ouvrez les yeux, il suffit de regarder le monde dans lequel nous vivons pour comprendre que c’est « le monde du fric sale », qui dirige le monde, les immenses fortunes continuents de s’enrichir, et les autres creves, mais les temps changent messieurs, car cette idéologie néfaste est allé trop loin, action= reaction !!!! the time are changing….
NON AUX GAZ DE SHISTE….ET A L ECONOMISME TOTALITARISTE……Vos arguments sont ringards et fallacieux !!!!
Casper
Vous accusez la division salariés du privé/fonctionnaires mais trouvez normal de diviser la société en fonction de la lutte de classe. Très cohérent.
Ouvrez vous-même les yeux: les salariés du public ont une différence majeure avec ceux du privé: ils sont payés avec l’argent public, c’est à dire celui du contribuables. La majeure partie de cet argent public provient des entrepreneurs de PME, qui créent les emplois et ne sont pour rien dans la situation actuelle.
Alors que l’état du Wisconsin s’approche dangereusement de la faillite (donc du non-paiement des fonctionnaires), il faut cibler des économies.
Si vous aviez une culture qui dépassait le manifeste du parti communiste (mais c’est sans doute trop vous demander) vous sauriez que les services publics n’ont pas nécessairement à être réalisés par des fonctionnaires jouissant de prérogatives contre incitatives à la bonne réalisation de ce même service public.
Mais on connaît la méthode: beugler, faire des fautes d’orthographe et multiplier les arguments simplistes. Comme en Russie en 1917.
Pingback: Wisconsin : le gouverneur républicain Scott Walker décidé à tenir « Le Bulletin d'Amérique
Pingback: Wisconsin: un nouveau modèle syndical? « Le Bulletin d'Amérique
Pingback: Etats-Unis : Obama se recentre à gauche dans la bataille du budget : In Eco Veritas