Par Peter Wehner*. Cet article a été initialement publié pour Contentions. Il a été traduit pour Le Bulletin d’Amérique avec l’aimable autorisation de l’auteur.
La révolution actuelle en Egypte a provoqué un débat plus large sur ce qu’on a appelé le «programme de la Liberté». Au cœur de ce débat est la question de savoir si les États-Unis doivent supporter les idéaux démocratiques. Certaines personnes, y compris de nombreux conservateurs, sont profondément sceptiques quant à la sagesse d’une telle action, faisant valoir que certains pays (surtout dans le monde arabe et islamique) ne sont pas préparés à la Liberté. Faire de la démocratie et des droits de l’homme la pierre angulaire de la politique étrangère américaine serait donc peu judicieux et, dans bien des cas, préjudiciable aux intérêts nationaux de l’Amérique.
Dans cet esprit, il faut prendre la peine de relire les mots de la figure conservatrice la plus importante du XXème siècle, Ronald Reagan. Le président Reagan a beaucoup dit sur la démocratie – notamment lors de son discours du 8 juin 1982 à Westminster. Il est intéressant de citer celui-ci, puisque Reagan y a dévoilé une argumentation pleine d’intelligence et de rigueur.
« La démocratie n’est pas une fleur fragile », a-t-il dit. « Néanmoins, elle doit être cultivée. Si le reste de ce siècle sera le témoin de la croissance progressive de la Liberté et des idéaux démocratiques, nous devons agir afin d’accompagner cette campagne en faveur de la démocratie. »
Le 40ème Président de l’Amérique a poursuivi en disant ceci:
« Alors que nous devons être prudents sur le fait de forcer le rythme du changement, nous ne devons pas hésiter à déclarer nos objectifs ultimes et à prendre des mesures concrètes pour faire avancer vers ceux-ci. Nous devons être fidèles à notre conviction que la liberté n’est pas l’apanage de quelques privilégiés, mais bel et bien le droit inaliénable et universel de tous les êtres humains. C’est là le propos de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui, entre autres, garantit des élections libres. L’objectif que je propose est très simple à énoncer: favoriser l’infrastructure de la démocratie, une presse libre, des syndicats, des partis politiques, des universités, ce qui permet à un peuple de choisir leur propre voie pour développer leur propre culture, de concilier leurs propres différends par des moyens pacifiques. Ce n’est pas de l’impérialisme culturel, c’est fournir les moyens d’une véritable auto-détermination et de la protection du pluralisme. La démocratie se développe déjà dans des pays aux cultures et aux expériences historiques très différentes. Ce serait de la condescendance culturelle, ou pire, de dire que tous certains peuples préfèrent la dictature à la démocratie. »
Dans la pratique, Reagan n’a pas accordé de pouvoirs surnaturels à la démocratie, et il n’était pas stupide dans l’application des principes qu’il avait énoncés. Il n’était pas favorable à la déstabilisation de régimes autoritaires pro-américains s’ils étaient sur le point d’être remplacés par des régimes totalitaires anti-américains. Le fait d’être un homme d’Etat implique l’application de la prudence à des situations particulières et à des moments particuliers dans le temps, quelque chose où Reagan excellait.
Pourtant, on ne peut nier le rôle central que la liberté et les droits de l’homme ont joué dans la politique étrangère américaine durant les années Reagan. Et ceux qui sont toujours sceptiques quant à la proclamation des droits inaliénables et universels de tous les êtres humains –qui ne parlent de l’action de promotion de la démocratie qu’en des termes le plus souvent critiques – sont aujourd’hui associés non pas à Ronald Reagan mais à Henry Kissinger.
Celui-ci, après tout, a minimisé le rôle de la morale en politique étrangère. Il a estimé que les États-Unis devraient largement ignorer les violations des droits humains des autres Nations. La promotion de la démocratie était pour lui une préoccupation secondaire, et parfois même moins encore.
Oh, et le Dr Kissinger a été (en 1976, lors du duel contre Gerald Ford) la bête noire [1] de Reagan, et la présidence de celui-ci fut à bien des égards une répudiation de la realpolitik de Kissinger.
J’admire beaucoup Henry Kissinger. Mais sur ce point comme sur tant d’autres, Ronald Reagan avait raison.
[1] En Français dans le texte.
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*Peter Wehner est Senior Fellow au Center for Ethics and Public Policy. Il a servi dans les administrations Reagan et Bush père et fils. Il a notamment dirigé le Bureau des initiatives stratégiques en 2002.Il est l’auteur de City of Man: Religion and Politics in a New Era.
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A l’occasion du centième anniversaire de Ronald Reagan, Le Bulletin d’Amérique a traduit plusieurs articles d’auteurs et analystes américains:
Ronald Reagan et la promotion de la Démocratie, par Peter Wehner (Ethics and Public Policy Center);
Jean-Paul II et Ronald Reagan, par George Weigel (Théologien, Ethics and Public Policy Center);
Déficit et politique fiscale sous Ronald Reagan, par Chris Edwards (Economiste, CATO Institute);
Le leadership moral de Reagan, vainqueur de la guerre froide, par Leon Aron (Directeur des études sur la Russie, American Enterprise Institute);
Il y a trente ans, Ronald Reagan, par Damien Theillier (Philosophe, Président de l’Institut Coppet);
Entretien pour Nouvelles-de-France: « L’Amérique s’est réconciliée avec l’héritage reaganien« , Edouard Chanot.
L’Amérique célèbre le centenaire de Ronald Reagan, par Benoît Toussaint.


















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