Idées & théorie politique — 06 février 2011
Ronald Reagan et Jean-Paul II, par George Weigel
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Par George Weigel*. Cette chronique a été publiée le 12 janvier 2011 par le Denver Catholic Register et a été reproduite avec permission.

Le 6 février est le jour du centenaire de la naissance de Ronald Wilson Reagan, l’une des figures les plus intrigantes de l’époque contemporaine.

Clark Clifford, familier des couloirs de Washington, le qualifia d’« idiot sympathique. » Pourtant, son journal intime et ses notes de discours, publiés à titre posthume, révélèrent un homme plein de clairvoyance et d’intelligence, qui fut assez perspicace pour comprendre que le mépris des élites à l’égard du peuple était un atout politique en mesure de lui garantir la loyauté de l’électorat et obtenir ce qu’il voulait du Congrès et de la bureaucratie fédérale.

Il était craint par les industriels de la défense et l’establishment qui concevait la politique étrangère, qui le percevaient comme un homme susceptible de commettre une maladresse si un Armageddon nucléaire devait advenir. Pourtant, des études récentes, menées par Martin et Annelise Anderson, ont démontré que, prenant le contrepied des théories libérales[1] de la dissuasion, Reagan n’a jamais voulu apprendre à vivre avec la bombe. Il fit tous les efforts pour débarrasser le monde des armes nucléaires, à la fois par le désarmement et le développement d’une stratégie de défense stratégique.

Son anti-communisme a été tourné en dérision. Il fut décrit comme primaire, simpliste et dangereux pour la paix dans le monde. Pourtant, l’Histoire nous montre que son désir «simpliste» de mettre fin à la guerre froide – « Nous gagnons, ils perdent,» disait-il – s’est avéré être la clé de la victoire des démocraties imparfaites sur une tyrannie plus-que-parfaite.

Peu de grandes figures publiques de la modernité tardive ont été si mal comprises dans leur vie ou vénérés à leur mort –  à l’exception d’un autre homme qui n’était pas destiné à devenir la figure titanesque qu’il devint: le Pape Jean Paul II. Et, comme j’ai essayé de le montrer dans La fin et le commencement, ces deux géants inattendus de la fin du XXème siècle menèrent deux existences étonnamment parallèles, malgré les différences évidentes de leurs milieux et intérêts.

Ils furent tous deux orphelins jeunes: le futur Pape, littéralement, tandis que le futur président le fut virtuellement, du fait de l’alcoolisme de son père.

Ils étaient tous deux hommes de théâtre. Leur vaste expérience de comédien leur a donné deux compétences essentielles et une conviction: que la vérité, prononcée avec clarté et suffisamment de force, pouvait briser les mensonges du mal et rallier les cœurs et les âmes.

Leur compréhension et leur dégoût pour le communisme se sont exprimés très tôt : Reagan, à travers ses batailles avec les communistes à Hollywood pour le contrôle de la Screen Actors Guild, Jean-Paul II, à travers son expérience de la période ô combien brutale du communisme polonais après la Seconde Guerre mondiale. Tous deux savaient que la bataille décisive avec le communisme eut lieu dans le domaine de l’esprit humain, alors que le communisme avait proposé une vision fausse et pourtant si séductrice, de l’avenir de l’homme. Ils savaient que cette vision ne pourrait être compensée que par une vision encore plus noble  de la liberté humaine.

Ils ont été rejetés comme «conservateurs» par des pontifes pour qui un tel lexème était une formule policée désignant les «réactionnaire». Pourtant, la vérité de l’affaire a été que les deux étaient des radicaux: Reagan, par sa volonté de débarrasser le monde des armes nucléaires; Jean-Paul II par la profondeur de sa foi chrétienne.

Il n’y avait aucune « sainte alliance » entre eux, comme certains journalistes à l’imagination débordante l’ont prétendu. Mais un profond respect mutuel les liait. Peu avant Noël 2001, Jean-Paul II m’a demandé, «Comment se porte le président Reagan? ». Je venais tout juste de croiser l’ancien procureur général Edwin Meese, qui m’avait raconté une histoire que je pus partager avec le Pape. Meese s’était rendu au baptême du navire U.S.S. Ronald Reagan plus tôt cette année, et avait apporté à l’ancien président, qui n’avait pu se rendre à la cérémonie du fait de sa maladie, une casquette de baseball, typique, blasonnée « USS Ronald Reagan CV-76», qui avait été offerte à l’occasion. Reagan, qui était au fond un gentleman, répondit ; «Merci, Ed. C’est très gentil. Mais pourquoi voudrait-on baptiser un navire en mon nom? ». Douze ans après avoir quitté ses fonctions, le Président le plus important depuis Franklin Roosevelt n’avait aucun souvenir d’avoir conduit pendant huit ans son pays et le monde libre.

Jean-Paul II fut profondément attristé par mon récit, et me demanda de transmettre à Mme Reagan qu’il portait son époux dans ses prières.

Aujourd’hui, il est agréable d’imaginer ces deux combattants ayant chacun connu la victoire dans leur domaine, être maintenant au-delà de la portée de l’incompréhension ou de la tristesse.

[1] Au sens américain du terme.

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* George Weigel est Senior Fellow de l’Ethics and Public Policy Center. Théologien réputé, il a récemment fait paraître The End and The Beginning, une biographie de Jean-Paul II.

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A l’occasion du centième anniversaire de Ronald Reagan, Le Bulletin d’Amérique a traduit plusieurs articles d’auteurs et analystes américains:

Ronald Reagan et la promotion de la Démocratie, par Peter Wehner (Ethics and Public Policy Center);

Jean-Paul II et Ronald Reagan, par George Weigel (Théologien, Ethics and Public Policy Center);

Déficit et politique fiscale sous Ronald Reagan, par Chris Edwards (Economiste, CATO Institute);

Le leadership moral de Reagan, vainqueur de la guerre froide, par Leon Aron (Directeur des études sur la Russie, American Enterprise Institute);

Il y a trente ans, Ronald Reagan, par Damien Theillier (Philosophe, Président de l’Institut Coppet);

Entretien pour Nouvelles-de-France: « L’Amérique s’est réconciliée avec l’héritage reaganien« , Edouard Chanot.

L’Amérique célèbre le centenaire de Ronald Reagan, par Benoît Toussaint.

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